NOÉMI, ESTELLE , DOUCET
( Doucet porte deux grands sacs de papier ficelés. ) ESTELLE.
Soyez le bien venu , Monsieur Doucet.
DOUCET , avec an empressement ridicule.
Salut, Mesdemoiselles. Monsieur votre père. ., . notre respectable maire, n'est pas encore arrivé ?
ESTELLE
Nous l'attendons aujourd'hui.
DOUCET
Je le sais. C'est pour cela que je viens Je voulais
être un des prenriiers à le saluer.
ESTELLE
Mais, dites-moi donc, Monsieur Doiicet. . . . vous qui êtes un homme d'esprit depuis votre voyage de Paris. . .. vous qui savez tout, pourriez-vous nous dire quel est le régiment qui vient de passer sous nos fenêtres?
DOUCET
Permettez, charmante espiègle; d'abord, ce n'est pas là un régiment ; c'est tout simplement une petite colonne de soldats blessés qui reviennent de Russie.
woÉMi, avec empressement et intérêt.
De Russie î
DOUCET
Des glaces du Nord! oui, Mademoiselle. Il y faisait
chaud ! J'en sais quelque chose moi qui lisais tous
les bulletins. Faits prisonniers dans la fatale retraite de l'année dernière, ces soldats ont été rendus à la liberté après leur guérison, et ils retournent k Mont-Louis, où est le dépôt de leur régiment. Hé parbleu, c'est celui où servait M. Gustave.
NOÉMI
Gustave!
ESTELLE
Ce jeune officier si aimable, dont tu m'as tant parlé depuis deux ans?
lîoÉMi , baissant tes yeux.
Estelle !
DOUCET
Ne VOUS en défendez pas, charmante Noémi. . , ne vous en défendez pas. C'était un fort joli garçon, aimable, brave , bien fait pour plaire assurément. Je me suis laissé dire dans le temps que la femme du Sous-Préfet ne le voyait pas d'un œil indifférent.
NOÉMl , avec un dépit caché.
Quelle idée !
ESTELLE
C'est vrai , je l'ai entendu dire au parloir.
DOUCET
Vous voyez! cela est arrivé jusqu'au couvent! après cela ce n'était peut-être pas vrai. On est si bavard , si médisantl La province. . . , c'est si petite ville ! D'abord, ce qui me ferait croire que ça n'était pas. . . . c'est que je connais une autre personne. . . de ma connaissance intime. . . ( relevant sa cravate ) qui avait quelque raison de penser que Mad. la Sous-Préfète. . . hum !.. Du reste, ça ne fait aucun tort à M. Gustave, qui était un fort aimable jeune homme.
NOÉMi , qui a paru souffrir beaucoup.
Qui était, dites-vous.... Est-ce que vous penseriez?....
DOtJCET, secouant ta tête.
Ma foi, Mademoiselle, cette campagne a été si désastreuse, qu'il y a lieu de craindre que ceux qui n'ont pas rejoint leurs drapeaux ou leurs foyers...
ESTELLE
Hé bien, Noémi, qu'as-tu donc? comme le voilà pâle ! NOÉMI, troublée.
Rien... rien. La vue de ces pauvres gens... le souvenir de nos malheurs... Permettez-moi de me retirer un moment.
ESTELLE
Oui, va, le grand air te remettra. Veux-tu que je t'accompagne?
NoisMi.
C'est inutile. Pardon, Monsieur. ( Elle sort d gauche» )
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