‹ Le vieux mari; comédie-vaudeville en deux actesChapitre 161 sur 367 · DOUCET, ESTELLE · texte numérisé non relu

DOUCET, ESTELLE

DOUCET

Des vapeurs!... je connais çi\... j'en ai vu beaucoup dans mon voyage à Paris.

£STBLLE.

Oui... chez les grandes dames.

DOrCET.

Chez les petites aussi ça gagne. L'industrie a fait

tant de progrès I J'avais mCme inventé un spécifique....

ESTELLE

Ahl vous inventez donc toujours, monsieur Doucet ?

DOUCET

Toujours. Plus que jamais , Mademoiselle. Les idées nouvelles... le progrès des lumières.... Je ne sors pas de là. Je veux, avant dix ans, que le département des Pyrénées- Orientales ne soit pas reconnaissable. Je le couvrirai de fabriques, d'ateliers; je l'enrichirai de procédés nouveaux; on ne pourra plus s'y reconnaître. J'en invente tous les jours.

ESTELLE

Oui, mais on dit que vous avez le malheur d'inventer toujours ce que les autres ont trouvé depuis long-temps.

DOUCET

Ce n'est pas ma faute, ils vont trop vite.

ESTELLE, riant.

Ou vous allez trop lentement.

DOUCET

Du tout; demandez à votre papa qui, comme Maire et Président de la Société d'Agriculture, estmonjuge naturel, et qui m'honore de son amitié. J'ai manqué le sucre de betterave.... de six mois seulement. Eh bien, je me suis retourné. J'en ai fait avec des pommes de terre. Ils me l'ont encore soufflé. Mais cette fois je les tiens. Deux inventions auxquelles ils ne pensent pas... et que j'ai là... sous mon bras...

ESTELLE

Deux inventions!... dans ces sacs de papier?

DOUCET

Oui , Mademoiselle , deux inventions.

ESTELLE

Qu'est-ce que c'est donc?

DOTTCET.

Du sucre de lentilles et ên café de pommes de pin. ESTELLE, riant.

Ah! ah! ah!

DOUCET. -u

'fi '

Je vous ferai goûter mon sucre et mon café.

Merci.

DOrCET.

Le café est délicieux, un peu amer; mais avec beaucoup de sucre!... Quand le papa sera arrivé demain, nous en prendrons tous à déjeûner.

ESTELLE, faisant une révérence profonde.

Je vous demande bien des pardons. Monsieur l'inventeur, mais je ne serai pas des vôtres. Les vacances sont finies; ma tante Brigitte, Supérieure du couvent, va venir me chercher ; ainsi je ne goûterai ni votre café de pommes de pin, ni votre sucre de lentilles. [Elle jette en l'air ies deux sacs que lui présentait Doucet, et se sauve en riant, parla porte du fond à droite. )

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