‹ Le vieux mari; comédie-vaudeville en deux actesChapitre 169 sur 367 · BRIGITTE, NOÉMI · texte numérisé non relu

BRIGITTE, NOÉMI

NOÉMi 5 sait sa sœur et ferme la porte au verrou. Lisez, ma tante. ( Elle couvre sa figure avec ses mains , se laisse tomber sur un fauteuil et pleure amèrement. )

BBIGITTE.

Hé mon Dieu ! qu 'est-il donc arrivé ?. . . Tu me glaces d'effroi ! calme-toi , chère enfant ! tu vas te faire du mal. Qu'est-ce que c'est doflc que cela ?

NOÉMI

Lisez , ma tante. . . Lisez !. . . BRIGITTE, va s'asseoir sur une chaise à gauche et Ut des yeux seulement jusqu'à la fin en élevant ses regards au ciel.

Bonté divine ! qu'est-ce que j'apprends lù?

NOÉMI , vient se jetter aux pieds de Brigitte.

Oh! ne me faites point de reproches , ma tante, je suis trop malheureuse.

BRIGITTE , la relève et la fait asseoir près d'elle.

Ce n'est pas mon intention, à Dieu ne plaise ! la religion me le défend. Mets-toi là. . . auprès de moi. Tant que ma pauvre sœur a vécu , je conçois que l'on n'ait pas cru devoir m'initier à ce mystère, mais depuis un an qu'elle' nous a quittés pour aller dans un monde meilleur, pourquoi ne m'as tu pas jugée digne de recevoir tes confidences? tu as du bien souffrir. Quoique retirée du monde, j'ai vu de loin ses écueils , et lu aurais puisé de sage» conseils dans ma tendre et prévoyante amitié.

NOÉMI

J'ai eu tort, sans doute; mais pardonnez-moi, je n'ai pas osé.

BRIGITTE

Vraiment! c^ci m'explique bien des choses; je comprends maintenant ton éloignement pour la ville, ton goût prononcé pour cette maison de campagne un peu isolée, et le but de tes longues promenades dans les montagnes. Je ne m'étonne plus de l'enthousiasme avec lequel ma sœur m'entretenait si souvent des qualités et du mérite du jeune Guslave : il paraît que tout le monde l'aimait; quand j'aurais voulu me choisir un neveu, je n'aurais pas mieux fait. Mais puisque cette alliance était sortable , pourquoi en avoir caché le projet à ton père ?

NOÉMI

Vous connaissez son caractère inflexible. Il m'adore, et a toujours craint qu'un militaire ne me rendît point heureuse : de là une injuste prévention que nous espérions surmonter avec îe temps, lorsque Gustave, parvenu à un grade supérieur..; mais, hélas! s'il n'est plus..., que vaisje devenir?

BRIGITTE

Ton cœur est pur, cher enfant, ta conscience exempte de reproches. . .

NoÉMi, à part,

Plût-au-ciel!

BRIGITTE

Réfugie-toi dans le sein de la divinité, elle ne t'abandonnera pas.

NOÉMI

Je dois partir, n'est-ce pas ? aller rejoindre Gustave?

BRIGITTE

Partir! le rejoindre! .... y songes-tu, mon enfant? Comment pourras-tu, seule, entreprendre un voyage aussi

pénible, aux extrémités de la terre, sous un ciel aussi rigoureux? Quel prétexte ? que dira ton père ? comment obtenir son consentement?

NOÉMI

Vous avez raison. Hé bien! dût sa colère m'accabler, je lui dirai tout. Yous serez là, ma tante, vous m'aiderez dans ce terrible aveu.

BRIGITTE

A la bonne heure. Cependant ne précipitons rien, ma fille.

Mais Gustave! il se meurt, et loin de moi! {Elle sanglotte, )

BRIGITTE

Allons, allons, du courage! [Elle pleure aussi.) Pauvre enfant!

NOÉMI

Si vous voulez que j'en aie, donnez-moi donc l'exemple.

BRIGITTE

C'est vrai.

NOÉMI

Si vous saviez, ma tante , quel lien m'attache à Gustave.

BRIGITTE

Aurais-tu quelque faute à te reprocher?

NOÉMI, se cache la figure.

Ah! ma tante.

RRIGITTE.

Ne cherche point à me dérober ta rougeur, mon enfant; elle fait ton éloge. Parle, dis-moi tout; regardemoi tout-i\-fait comme ta mère; j'en ai la tendresse et le dévouement. Parle, chère enfant, ne me cache rien.

ESTELLE , en dehors, et frappant à coups redoublés à la porte du fond.

Noémil Ma tante I venez, venez, voici papa. Je viens de voir sa voiture, il descend la montagne, et sera ici dans un quart d'heure.

BRIGITTE, i

Suffit, nous y allons.

NOÉMI

Dispensez-moi de vous suivre, ma tante, et faites ensorte d'arrêter mon père à la ferme ; cela me laissera le temps de me remettre.

BRIGITTE

Oui, mon enfant, sois tranquille. Embrasse-moi, et compte ù tout jamais sur le cœur de ta meilleure amie. ESTELLE, frappant toujours.

Mais venez donc.

BRIGITTE

On y va, petite fille, on y va. {A Noémi, en allant ouvrir la porte) Je reviendrai demain ou après; nous reprendrons cette conversation.

NOÉMl,

Oui, ma tante.

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