BERNA.DILLE
Tant y a qu'il est venu hier cheux nous avec not'propiétaire.
NOÉMI
Pourquoi faire ?
BERNADILLE,
Attendez donc. . . comment qu'il appelle ça ? une manifacture de pomme de sucre.
MICHEL
Oui, ma femme, de supre!
BERNADILLE.
Et il est question d'nous donner congé drès aujourd'hui.
Pas plus tard.
BERNADILLE.
Ça s'rait bien disgracieux tout d'même; mais c' n'est pas seulement ea qui nous a bouleversés.
MICHEL
Y gn'y a ben autre chose encore.
BERNADILLE.
En allant et venant dans not' chaumière , qui n'est pas trop grande, comme vous savez —
MICHEL
J'n'ons qu'une chambre.
BERNADILLE.
Il s'est arrêté auprès du berceau d' vot'fieu.
NOÉMI
Oh mon Dieu !
BERNADILLE.
Il a soulevé le rideau. J'ons eu beau l'y dire qu'y dormait, et qu'y n' fallait pas l' reveiller, il a regardé tout d' même. V'ià un bel enfant, qu'y s'est mis à dire.
MICHEL
C'est vrai qu'il est beau.
BERNADILLE.
A qui donc qu'il est c't'enfant ?
Qu'y s'est mis à dire.
NOÉMI
Je suis perdue ! . . .
BERNADILLE.
J'aurions ben répondu qu' c'était not' fieu. . .
MICHEL
Mais l'propiétaire était là. . . .
BERNADILLE.
Et il sait ben que j'n'en avons plus. Dam! j'ons rougi tous les deux. J'ons dit comme ça, en baissant les yeux , qu' c'était not' neveu.
MICHEL
Mais quand on n'a pas l'habitude d'mentir. . .
BERNADILLE.
Ça partrouble tout plein.
MICHEL
Y n'a pas eu l'air de nous croire.
BERNADILLE.
Y s'est en allé en ricanant, et en disant qu'y faudrait ben qu'ça s'découvre.
MICHEL
Et qu'il en parlerait au 'maire de Prades.
KOÉMI.
A mon père !
BERNABILLE.
Pour lors^ j'ons tenu conseil.
MICHEL
A nous deux, s'entend.
BERNADILLE.
Enfin finale, j'ons pensé qu'y fallait vous rapporter vol' fieu, pour à c'te fin qu'vous l'mettiez en lieu sûr.
MICHEL
Car il est sûr et certain. . . .
BERNADILLE.
Qu'y n'est pas en sûreté cheux nous; et v'ii.
NOÉMI
Quel parti prendre ? Si vous saviez tout ce qui m'accable à-la-fois! Cher enfant !. . . oui, je dois te cacher à tous les yeux. . . . Mais à qui le confier? comment dérober i\ mon père la connaissance de ce fatal secret? Oh! je n'ai plus de force pour tant de malheurs!
VOIX en dehors, d droite.
Vive M. Dupont!
NOEMI.
Oh ! mon dieu ! . . . et mon fils , qui est là. . . . dans ma chambre !. . . Emporlez-îe.
UN PAYSAN en dehors, à gauche.
Vive M. Dupont !
MICHEL , qui allait sortir.
Impossible; v' là P jardinier.
NOÉMÎ.
Tout est perdu !
( Elle va fermer la porte de sa chambre , dont elle retire la clé. ) BERNADILLE.
Pauvre petite femme! elle me fend le cœur.
NEOMI.
Partez vite, vite! que l'on ne vous voie pas. {Ils sortent par le jardin.) 0 mon Dieu ! je me soutiens à peine.