‹ Le vieux mari; comédie-vaudeville en deux actesChapitre 24 sur 367 · MATHILDE, ALPHONSE · texte numérisé non relu

MATHILDE, ALPHONSE

MATHILDE , à part , un peu inquiète.

Ah ! mon Dieu. . . on nous laisse seuls.

DUO

AiPi. : Di piacere mi balza il cor.

ALPHONSE , à part.

Près de ma femme Me voici donc . . . pour mon cœur doux instans ! . . . Ah ! qu'à ma flamme Il tarde, helas! de n'avoir déjà plus soixante ans, MATHILDE , à part.

Mon trouble augmente.

ALPHONSE

<^u'avez-vous donc ? . . . quel effroi Près de moi ? ...

MATHILDE

?fon ! . . . mais ma tante ...

Je la ci'oyais en ces lieux.

ALPHONSE

J'exaucerai, vos vœux.

ENSEMBLE

MATHILDE

Non, plus d'effroi!

Et, près de inoi, Que mon mari Soit mon meilleur ami.

Oui, sans effroi Begardez-moi ; Votre mari N'est-il pas votre aï

{Alphonse conduit Mathilde a la tahle, la fait asseoir, et s'assied auprès d'elle à sa gauche.)

ALPHONSE

Permettez que je vous serve... (// verse le thé, et hd offre des fruits,) Ces petits soins ont tant de charmes : c'est un si grand bonheur. . d'être là. . . dans son ménage. . . de pouvoir s'occuper uniquement de celle qu'on aime. ... et qui vous appartient pour toujours. ( Mathilde soupire involontairement.^ (^A part.) Ah ! mon Dieu ! ce mot la fait soupirer. {Haut et inquiet.) Qu'est-ce que c'est, chère amie:*., quelle inquiétude, quel chagrin vous tourmente?

MATHILDE

Moi , monsieur?

ALPHONSE

Auriez- vous déjà des regrets? ou peut-être quel-

qu'aulre souvenir ? . . .

MATHILDE

Quoi , vous pourriez penser?. . .

ALPHONSE

Qaaîid ce serait vrai , il n'y aurait rien d'étonnant ! et je pardonne d'avance. . .

MATHILDE

Bien vrai! cela ne vous fâchera pas?

ALPHONSE, à part.

Ah ! mon Dieu! [Haut a^ec trouble.) Il y a donc quelque chose ?

MATHILDE , timidement.

Je conviens que je m'étais fait d'avance du mariage. . . et surtout de mon mari, une idée. . . un portrait. . .

ALPHONSE

Qui me ressemble ?. . .

1VIATHH.de , de même.

Très-peu ! . . . Je me figurais quelqu'un qui aurait à peu près vos traits, vos manières, toutes les bonnes qualités que j'aime en vous , mais toutes ces qualités là j'aurais voulu. . .

ALPHONSE

Eh bien . . .

MATHILDE

Qu'il les eût depuis moins long-lems.

(Ils ([uillcnl la laide, cl vieniicfil sur le devant <lo la scène. Mathilde se trouve droite du spectateur.)

ALPHONSE

Je comprends, qu'il fût plus jeune.

MATHILDE, vivement.

Oui , qu'il eût mon âge î et des yeux si expressifs . . une voix si tendre. . .

ALPHONSE , souriant.

Enfin , un portrait de fantaisie . . . qui ne ressemblât à rien ...

MATHILDE

Si. . . je crois que cela ressemblait à quelqu'un. ALPHONSE, à part.

O ciel !

MATHILDE

Quelqu'un que j'ai rencontré, avant mon mariage.

ALPHONSE, vivement.

Et VOUS osez ! . . .

MATHILDE, effrayée.

Non. . . monsieur. . . non, je n'ose pas! c'est parce que

vous m'avez dit que cela vous ferait plaisir car, sans

cela. . .

ALPHONSE

En effet, vous avez raison. {A part.) Maudite curiosité! [Haut.) Achevez, je vous en prie!.. . . Vous disiez que ce jeune homme . . .

MATHILDE

Ai-je dit un jeune homme? je n'en sais rien, car je l'ai si peu vu . . . trois ou quatre fois , à un bal que donnait un de nos voisins , un banquier de Dusseldorf . . .

ALPHONSE, avec joie.

Qu'entends-je ! et son nom?

MATHILDE

Ah! mon Dieu, monsieur, vous devez le connaître.. . car, d'après quelques mots qui lui sont échappés, j'ai toujours pensé depuis qu'il devait être un de vos parens , et sans doute votre neveu.

ALPHONSE

Ah ! que je suis heureux !

MATHILDE

Et de quoi donc ?

LE VIEtX MA^II ,

ALPHONSE

AiR : A soixante tins.

Je peux trembler qu'un autre ne vous aime; Mais un neveu! ... je le vois sans chagrin ; Car mon neveu, c'est un autre moi-même, Ce qui me plaît, 11 le trouve divin, Et ce que j'aime, il l'adore soudain!. . . Aussi , mes biens et mes tre'sors , ma chfere , Tout ce que j'ai de mieux en ce moment. Tout, après moi , lui revient. . . il le prend;

Et je vois sans trop de colère

Qu'il commence de mon vivant.

MATHILDE

Vraiment I si je l'avais su ! moi qui craignais de vous en parler.

ALPHONSE

Au contraire. . . ne me laissez rien ignorer... Racontezmoi tous les détails. . . dites-moi ce que vous pensez de lui.

MATHILDE

Beaucoup de bien . . . d'abord , 11 vous ressemble beaucoup ... et un jour que nous causions en dansant. . . car on danse pour causer , il me dit qu'il s'appelait Alphonse de Bruchsal. . . qu'il habitait ordinairement Berlin, mais qu'il serait heureux de se fixer à Dusseldorf, de m'y revoir. . .

Voilà tout.?

MATHILDË*

Oui , monsieur.

ALPHONSE , lentement et la regardant.

C'est singulier. . . je croyais qu'il vous avait pris la main et qu'il l'avait serrée. . .

WIATHILDE, troublée.

Comment r*... c'est vrai, monsieur, je l'avais oublié, (/i parl.^ Ah! mon i)i(îu , comme il faut prendre garde avec les maris. {llauL) (^)ui donc a pu vous apprendre T

ALPHONSE

Voyez, JVJalhilde, conunc il faut toujours dire la vérit(; \\ son époux. . . Tout ce que vous venez de irie raconter, je le savais d'avance et de mon neveu lui-mtîme.

COMÉDIE-VAUDEVJLLE. 3(J

MATHÏLDE.

Ah ! c'est bien mal à lui . . . c'est bien indiscret. . . je ne l'aurais pas cru. ... et je n'avais pas besoin de cela pour l'oublier. . . . car>, je vous l'ai dit, monsieur, j'y pensais si peu, si peu , que cela ne valait pas la peine d'en parler. . . seulement , et d'après ce qu'il m'avait dit de lui , de sa famille, il me semblait que cela annonçait des intentions, et j'attendais toujours qu'il se fît présenter chez nous ; lorsqu'un soir on annonce M. de Bruchsal. Ce nom fit battre mon cœur. . . je levai la tête. . . mais ce n'était point lui. (Baissant les yez/^c.) C'était vous, monsieur... l'accueil que •je vous fis d'abord, vous ne le dûtes, j'en conviens, qu'à mes souvenirs. . . à cette ressemblance. . . mais plus tard, vos bontés seules ont appelé ma confiance.... mon affection.... vous savez le tqsI^.. {Vivement.) Voilà la vérité, monsieur ; vous connaissez le fond de ma pensée, et je vous jure désormais de n'en plus avoir une seule qui ne soit pour vous.

Ah ! ma chère Mathilde ! . . .

Air de Délia.

A ton bonheur je consacre ma vie.

MATHILDE

De ses bonte's que mon cœur est e'mu!

ALPHONSE

Par tes attraits mon a me est rajeunie.

MATHILDE

D'où vient ce trouble à mes sens inconnu ?

ALPHONSE

Et toi, Mathilde? et toi, m'aimeras-tu?

MATHILDE

Oui, je crois que je vous aime Comme... un mari,..

ALPHONSE. '

C'est bien peu î

MATHILDE

Prenez garde? je vais même Vous aimer comme un neveu.

ALPHONSE, à ses genoux.

Ah! je n'y résiste'plus... Mathilde... ma bien aimé^. ^ipprends donc ...

4o LE VIEUX MARI ,

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