‹ Le vieux mari; comédie-vaudeville en deux actesChapitre 349 sur 367 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les mêmes, LOUISE.

LOUISE

OÙ donc , M. Paternick ?

PATERNICK.

A la campagne... je vais prendre l'air...

Il nous abandonne ! . . .

LOUISE

Au moment où nous triomphons !...

PATERNICK , s'arretant.

Hein!... plaît-il?... Est-ce que nous triomphons?... ah! ça, tâchons de nous entendre !... voilà une heure que vous me rompez la tête de vingt mille rations....

LOUISE

C'est pour eux... ce sont leurs provisions de voyage !

BISCHOFF

Tudieu ! . . . quel appétit î

PATERNICK, grassement.

Le froid produit cet efïet-là. Et le conseil de guerre... le maréchal?...

LOUISE

Autant de mensonges !... Tout-à-l'heure, sous prétexte de donner à manger au cheval de celui qui est ici... Vous savez... le plus gentil...

«ISCHOFF.

Le hussard!

PATERNICK.

Vous le trouvez gentil?...

Il n'est pas mal!...

PATERNICK.

Je ne trouve pas, moi!... mais enfin, c'est égal... ça ne me regarde pas.

LOUISE

Je me suis glisse'e dans le hangard... où on en a logé sept ou huit... Ils ne pouvaient pas me voir, mais je les entendais causer entre eux à voix basse...

Air : Seigneur soldat, mon camarade (d'Amédée de Beauplan). Pauvres soldats , mes camarades , Leur disait tout bas le premier...

Sans la ruse du vieux Meunier, Nous étions vraiment bien malades, [bis.) Mais, dit 1' second, not' général Leur a fait peur du maréchal!...

— C'est un bon tour ! — Ça n'e.st pas mal.

— Quel est ce bruit.''... D' la sentinelle

Ce sont les pas...

Parlons tout bas !

Fortune , sois-nous moins cruelle , Et protège les vieux soldats! [bis.)

(Fortune , sois-nous moins cruelle .

Et protège , etc.

Mu^-,^^x,jLx^j^^. > BISCflOFF ET PATERNICK.

I Quelle est leur espéranc' nouvelle ?

\ Ah ! surveillons bien tous leurs pas !

DEUXIÈME COUPLET

LOUISE

Bon courage, mes camarades.

Disait un autre. — Oui , mes amis j Le ciel de notre beau pays Reverra nos vieilles grenades, [bis.) Nous reverrons la France enfin...

Et puis ils s'embrassaient soudain, Et pleuraient en s' tendant la main.

— Au premier bruit, vite à nos armes!

N'oublions pas Qu'on suit nos pas ! . . .

( D'une voix attendrie.)

Et moi , j' sentais couler mes larmes ,

En voyant pleurer d' vieux soldats. ( bis, ]

ENSEMBLE

f Et moi, j* sentais couler mes larmes^ En voyant , etc.

BISCHOFF ET PATERNICK.

Pour eux la fuite aurait des charmes j Mais nous surveillons tous leurs pas.

PÀTERWICK.

Pleurer! fi donc!... mais vous me faites plaisir de me donner ces détails... non pas pour moi, mais pour ce pauvre BischofF.

BISCHOFF

Ah! bien... je vous conseille...

Qui songeait déjà à battre en retraite .

BISCHOFF

Oui... c'est moi qui allais prendre l'air... à la campa-» gne , n'est ce pas?

PATERNICK.

C'était pour voir ce que vous diriez... girouette! la preuve que je n'ai jamais douté de l'opération , c'est que j'ai préparé d'avance le bulletin.

(/Z tire un papier de sa poche.)

LOUISE

Un bulletin?... pourquoi faire?...

PATERNICK.

Pour constater notre victoire!... sans cela et les Te Deum, on ne saurait jamais à quoi s'en tenir!... et puis pour les récompenses ! . . .

BISCHOFF

Ah ! oui... voyons un peu... {Il lit. ) Mon général, ayant été informés

PATERNICK, regardant.

J'ai mis ayant été informés ?. . ça ne vaut rien. . . on a l'air d'avoir été prévenus... Ayant eu connaissance !

BISCHOFF

C'est mieux. ( Lisant, ) Qu'une colonne , forte de cent cinquante hommes !

LOUISE

11 n'y en a que soixante-trois.

Ma foi î des Français , ça peut compter double..

PATERNICK.

C'est évident!...

BISCHOFF , lisant.

V oulait s'eni. . . s'em. . .

PÀTERNICK , lui prenant le papier.

Vous ne savez donc pas lire, goronidchi? {Il lit.) Voulait s'emparer de notre ville ; nous nous sommes armés spontanément, et après un combat opiniâtre. . ,

LOUISE

Ah ! vous mentez. . .

PÀTERNICK.

Puisque c'est un bulletin I... Et après un combat opiniâ" tre, nous les aidons vaincus.

BISCHOFF

Sans coup férir î...

PATERNICK.

Oli I ça veut dire sans tirer un coup de fusil. . .

LOUISE

Eh bieni ça serait vrai!

PATERNICK,

Mais il n'y aurait plus de gloire !.. . et comment voulezvous que je fasse valoir mes blessures!... (// lit. ) Quatrevingt-dix hommes sont restés sur la place... cent vingt-cinq ont été faits prisonniers , et le reste a pris la fuite.

Très-bien I

LOUISE

Attendez donc... Quatre-vingt-dix morts et cent ^ingt-cinq prisonniers , ça fait deux cent quinze y et vous avez dit une colonne de cent cinquante hommes...

BISCHOFF

Ah! oui... ne mettez que vingt-cinq morts...

PATERNICK.

Bah! des morts... on peut en mettre tant qu'on veut... ils ne réclameront pas... j'arrangerai cela... Parmi les per- .WTuies qui se sont distinguées. . . .

BISCHOFF

Voyons... qui est-ce qui se sera distingué?

PATERNICK.

Moi d'abord , mes enfans...

LOUISE , ai^ec ironie.

C'est juste... puisque vous faites le bulletin...

PATERNICK.

Et puis... Voulez-vous vous être distingué, vous , Bischoff? Allons ! sans façons...

BISCHOFF

Certainement. . . les autorités se distinguent toujours. . .

PATEKNICK.

La petite Louise , ma future. . .

LOUISE

Oh î je n*y tiens pas I..

PATEB.IîfcK.

Ça peut amener une dot. . . enfin tous les habitans généralement quelconque...

BISCHOFF , prêtant l'oreille.

Taisez-vous... j'ai cru entendre...

PATERWICK, serrant son papier.

Quoi?...

LOUISE, regardant par la fenêtre.

Non. . . ils boivent , et causent en riant. . .

PÂTERNICK.

Riez, riez... mes amis. Rira bien... {A Louise.) Savezvous l'heure précise du|départ?

LOUISE

Mon Dieu , non I

BISCHOFF

Si vous pouviez saisir ce papier dont vous n'avez lu que quelques mots... je suis sûr que l'heure y est marquée...

LOUISE

C'est le plus jeune qui l'a ; je tâcherai de m'en emparer. . .

PATERNICK.

Vous, ^oromV/c/iï , dès qu'ils seront endormis... allez réveiller tous les courages disponibles de l'endroit... j'ai envoyé un exprès à Orcka , pour demander du secours ; {à Louise) et dès que vous saurez l'heure, venez vite m'en instruire.

LOUISE

Où serez-vous ?

pAternick.

Partout , jeune héroïne !

Am : Restez, restez troupe jolie.

Mais pour que vous puissiez, mn ehère , Aller, v'nir et les épier, L'mot (l'ordre vous est nécessaire. . .

Joli soldat , j'vais te l' coiilier.

( // lui parle h l'oreille . ]

LOUISE, se fâchant.

Finissez donc... Ah ! c'est indigne.

Oser m'embrassser. . . {Elle s'éloigne.)

vkiT.wmcv. , a^'ec fatuité.

Pourquoi fuir?...

Du dieu d'amour, c'est la consigne , Et le mot d'ordre du plaisir.

BiSCHOFF , au fond.

En voici un qui monte...

PATEllNICK.

Silence! et redoublons de politesses!...

[lisse mettent ix ranger quelques meubles.)

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