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gratuite, loca gratuita, comme dit Suétone *. Il est vrai qu'il s'en trouvait un grand nombre dans chaque théâtre, mais les spectateurs qui pouvaient se les disputer étaient encore plus nombreux: de là des querelles et des rixes à l'entrée, comme à nos jours de spectacles gratis; de là aussi tout un service de gens, appelés locarii, qui venaient, moyennant une mince rétribution, attendre à la porte, faire queue pour d'autres. Leur commerce n'allait bien que lorsqu'on donnait quelque pièce en vogue ou lorsqu'un gladiateur en renom de • vait combattre dans Tarène. Martial,, ayîmt à citer l'un des plus fameux de son temps» l'appelle pour cela diviliœ locariorum, la fortune des vendeurs de place ".
* Càlig.t cap. xxxvi.
' Lib. V, epigr. xxv, v. 9. — Ce n'était paa le seul commerce qui se Ht dans les théâtres antiques. Aris tote n'a pas dédaigné de nous apprendre que pendant les représentations scéniques données à Athènes, des pâtissiers allaient de gradin en gradin, offrant leurs menues marchandises. Une pièce intéressaitelle vivement le spectateur, la vente était nulle; l'intérêt au contraire languissait-il, l'appétit prenait le dessus, et friandises entraient en jeu. Les mauvaises pièces faisaient ainsi la fortune de la pâtisserie. {Etich, lib. X, cap, v.)
Nous ne savons comment étaient disposées les places réservées, si elles étaient rembourrées de coussins et de tapis, ou bien, ce qui est moins probable , si on les laissait , pour le riche comme pour le pauvre, dans leur premier état de siège de marbre ou de banc de pierre *. Nous ignorons aussi de quelle forme étaient ces sortes de compartiments ou loges que nous avons désignés tout à Theure par le nom de cunei. Combien pouvait-on y placer de personnes à la fois? Nous ne le savons pas davantage. Ce qui est seulement certain, c'est qu'elles occupaient au moins tout un rang ou tout un côté de Tamphithéâtre. Le nom de la personne à qui la principale était louée servait à désigner toute la rangée où elle se trouvait. Ainsi, on lit encore gravé sur la paroi 'du podium de Syracuse le nom de la reine Philistis du côté où devait être la loge réservée à cette reine, parmi les neuf compartiments principaux (cunei) que Ton comptait dans la vaste enceinte K « On disait donc à Syracuse, écrit M. Gh. Magnin, le coin de la reine Philistis, comme à Paris, du temps des gluckistes, le coin du roi*, »
Osann. DeReginâ Philistide.
s Revue des Deux-Mondes, V nov. 1840, p. 433.
Ces loges devaient élre cerlaineinent ornées de riches tentures, mais je doute fort qu'on eût dêjà*inventé à leur usage ces claires-voies mobiles qui se baissent comme un rempart à la fois transparent et impénétrable devant le spectateur timoré qui recherche le mystère des loges grillées, où il peut être in* visible et présent *. A Rome, où l'excès d'une fausse pudeur n'avait pas encore fait inventer toutes les nuances d'hypocrisie, on n'avait pas besoin de ces subterfuges clandestins, et partant, l'on ne dut pas les connaître.
A Paris, au contraire, on y recourut dès les premiers temps du théâtre. La loge confortable, avec rideaux soveux et fauteuils de velouis^ n'était pas encore inventée que la loge grillée existait déjà. Le P. Sanlecque, dans sa Ilire sur h Fausse direction, nous montre les
rétres de son temps venant en secret s'y rentre des joies du théâtre, ce fruit défendu :
Xt derrière an treillis, pour n*ètre pas conna, L» Moine scmpuleax roit toat et n*est point ru '.
ftS*il fallait pourtant en croire Malte-Brun (.Ve7afif«t, i, III, p. 219), il T aurait eu de ces loges dans les théâtres d'Athènes, afin que les matrones pusse at «ssisler aux représentations.
* Les salles de spectacle, au xviie siècle, étaient
d'une grande magnificence, surtout en Italie. N'estce pas alors que fut construit le grand théâtre Farnëse, à Parme, lequel, propre à tous les spectacles, tournois ou comédies, pouvait contenir 50,000 personnes au moins? On sait que ce n'est plus qu'une ruine. Y. sur la magnificence et l'immensité de ces salles de l'ancien temps, C. Blaze, Molière musicient t. I, p. 25. — Sous Louis XYI fut construite au château de Versailles, par Arnault, ancien machiniste de rOpéra, la merveilleuse salle de spectacle qui pouvait, se transformant en un clin d'oeil, servir pour un banquet, puis pour un bal. (C. Blaze, Hist, de V Académie impériale de musique j t. I, p. 274.)— Les anciens avaient eu des théâtres de verdure, dont les coulisses étaient faites de treillis couverts do plantes grimpantes ; où l'on jouait en plein jour.' (Ovide, De Arte amandi» lib. I, v. 106.) On en construisit un semblable aux Tuileries, du côté de la Petite-Provence. (De Graaf, Aventures secrètes^ 1696, in-I2, p. 188.) Il ne fut détruit qu'au commencement du règne de Louis XV. (Ed. et J. de Goncourt, Pôrtraits intimes duxvni stècle, 2« série. Paris, E. Dentu, 1858, in-18, p. 12.)
Les loges, au xvii* siècle comme de nos jours, se louaient à l'année ou par représentation. On avait toujours le droit de les retenir d'avance, quoi qu'en ait dit un homme fort compétent en ces sortes de choses, M. Castil-Blaze, qui ne fait remonter qu'à Tannée 1790 la location des loges pour une représentation. « Avant cette époque, dit-il *, les personnes qui n'avaient pas une loge à Tannée étaient obligées d'envoyer leurs laquais à la porte du théâtre; ils y restaient en faction jusqu'à Theure de Touverture des bureaux. Leurs maîtres devaient être exacts au rendez-vous , afin d'aller prendre place dans la salle. » Tout cela, par malheur, est en contradiction avec le témoignage des écrivains du temps, et je parle des plus con-
1 Mémorial du grand Opérât p. 62.
nuB, Molière, par exemple, et M"« Aïssé, qui prouvent que pour cette sorte de location à l'avance tout se passait comme aujourd'hui.
Écoutons Molière dans la Critique de VÉcoh des femmes ^ :
« LYSiDAS. Je pense, madame, que vous retiendrez aussi une loge pour ce jour-là.
« DRANiE. Nous verrons....
t LYSIDAS. Je vous dounc avis, madame, qu'elles sont presque toutes retenues. »
Ce que dit MW« Aïssé dans sa onzième lettre est encore plus formel : « Nous avons, écritelle, une pièce à la Comédie-Française intitulée le Philosophe marié, qui est très-jolie, et qui a eu une réussite prodigieuse ; toutes les loges sont louées pour la onzième représentation. »
Quand il y avait grande solennité dramatique, le prix de ces loges et des autres places était augmenté, et, comme aujourd'hui, souvent porté très-haut. Seulement, le public, celui de province surtout, se montrait moins endurant que nous ne le sommes, à propos de ces spectacles extraordinaires qui le privaient, sans dire gare, d'un plaisir à prix ordinaire. MWe Dumesnil étant allée donner des
i Scène vu.
représentations à Marseille, et ayant fait augmenter les places d'une façon par trop exorbitante, fut cause d'ime émeute gui la força de quitter la ville ^
Le public d'alors connaissait ses droits, et mieux que celui d'à présent, sans aucun doute. Le clerc dont parle Boileau, qui fût allé, pour quinze sous, siffler YAttila de Corneille, représente bien le parterre de 1667. Représenterait-il de même celui de 1858? S'il sifflait en toute indépendance, ce public d'autrefois, il savait aussi en revanche applaudir quand il le fallait, et même redemander acteurs et auteurs, avec toute la sincérité de Tenthousiasme. C'était la plus grande preuve d'un franc succès, de même que les salves de sifflets accueillant le nom de l'auteur quand l'acteur principal venait le jeter au parterre étaient le certificat le plus sûr d'une chute dans les règles, selon l'expression du temps.
Combien, et des plus fameux, redoutèrent cette épreuve 1 Richelieu est du nombre ; et quiconque a lu sa Mirame, son Europe^ etc., comprendra de reste la raison de cette terreur. Jamais il n'osa courir le risque d'être
1 Journal de Barbier, t. III, p^ 479; Matter, Lettres et Pièces rares ou inédites. 1816, in-S», p. 394-399.
nommé; c'est Chapelain qui l'affronta pour lui, et il fut bien payé pour ce service, qu'il lui rendit notamment à propos de la comédie des Tuileries, Le prologue porte son nom au lieu de celui du ministre-poëte. « Richelieu, lisons-nous quelque part, le fit prier de lui prêter son nom en cette occasion, ajoutant qu'en récompense il lui prêterait sa bourse dans quelque autre. » Chapelain, en acceptant, ne prouva jamais mieux que par cette abnégation littéraire combien il était avare et vénal *,
^ Cette pièce des Thuileries {sic) était d'aiUeurs moins de Richelieu, que des cinq auteurs sous ses ordres, Corneille . Rotrou, Lestoile, Boisrobert et Colletet. A ce moment, où tout était à l'espagnole, cette multiple collaboration, devenue si fréquente de nos jours, n'était qu'une mode de plus empruntée à l'Espagne. Après Lope de Véga, on avait vu paraître des pièces dues à deux, trois ou même huit auteurs, dos o très, ou même ocho ingénias. «Que les faiseurs modernes en prennent acte, > dit M. de Puibusqué. {Hist. comparée des littératures espagnole et française, t. I, p. 545. Paris, G. Dentu, 1843.) — On avait voulu, à la fin du xvie siècle, faire des pièces en sept actes : ainsi, la Cammate, qui se trouve à la suite des Premières Pensées de Jean Hays. {Rouen^ Théod. Reinssart, 1598, in-12. ; En 1507, on avait fait plus encore : il avait paru à Venise une comédie
La publicité, gui est aujourd'hui Tobjet de si vives convoitises, ne soulevait donc alors, au contraire, qu'une véritable terreur. Elle était même poussée si loin que les auteurs n'osaient faire iraprimer leur nom sur les affiches.
Enfin, quelques-uns^ moins modestes ou mieux encouragés par le succès, se hasardèrent, et les autres suivirent l'exemple tentateur. « Depuis, dit Sorel \ que Théophile eut fait jouer sa Thisbé et Mairet sa Sylvie^ M. de Racan ses Bergeries et M. de Gombaud son
géogrûfhique en douze actes ; et ce n^'était pas trop, car tous les peuples de la terre y jouaient un rôle ! {Catal. Lihn, 1847, in-8, p. 304, no 1883.)— H y avait dans les théâtres, au xviii* siècle, un arrangeur gagé dont le service consistait à remettre sur pied les pièces boiteuses , à charpenter (sic) celles dont les parties se tenaient mal, etc. Ce manœuvre, à qui Ton donnait mission tatllandi et rognandi, comme dirait Molière, s'appelait unrehouteury nom fort bien trouvé, puisqu'il s'agissait de membres à remettre à des pièces estropiées. Anseaume fut longtemps le rebouteur de la Comédie-Italienne. (Mém. secrets, t. xxvi, p. 126.) Le Tableau parlant f qui était sorti assez mal conformé des mains du duc de Nivernais, fut une des pièces qu'il mit en état de marcher. En récompense on lui accorda le droit d'en être le parrain, si bien qu'il passe pour en être le père.
i BihUoth. franc, f p. 185.
Amaranthe, le théâtre fat plus célèbre, et plusieurs s'efforcèrent de lui donner un nouvel entretien. Les poëtes ne firent plus de difficulté de laisser mettre leur nom aux affiches des comédiens ; car auparavant on n'y en avoit vu aucun. On y mettoit seulement que leur auteur donnoit ime comédie d'un tel nom. » Ce premier pas fait, on ne s'y tint pas. Les auteurs ne se contentèrent plus d'avoir leur nom affiché, ils lui voulurent plus de relief; on l'imprima en gros caractères et même en lettres rouges, tandis que le titre de la pièce s'étalait modestement en lettres noires. Fait-on mieux aujourd'hui sur nos affiches bariolées ?