AU. MAGAZIN. ROYAL. RVE. SAINT-MARTIN
Rien n'y manque, pas même le mot magasin, se prélassant à la place de boutique, mot déjà vulgaire et suranné.
Nierez-vous, après cela, que la réclame, avec la plupart de ses ressources et de ses
avait, comme les autres, son enseigne imprimée. (V. VEsprit des autres, 3« édit.. p. 53).
rallinements, n'est pas d'invention moderne*. Pour en finir avec elle, je dois dire qu elle fut bien près, en 1732, de mettre les filles à marier sous sa dépendance, comme plus d'un industriel s'est avisé de le faire de nos jours*. Cette année-là, il se trouva à Hambourg
1 L'affiche littéraire existait déjà. Gabriel Gueret parle, dans son Parnasse réformé, 1681, in-W, p. 58, decelles dont les vendeurs de beau langage, tels que le sieur de Ricbesource, tapissaient les carrefoaiv, mais qui ne prouvaient qu'une chose, « l'extrayagance de ces orateurs en chambre. > Suit la citation de Tune de ces curieuses affiches. Sur certaines autres, que celles de M. Charles Alb^ert n'ont que trop longtemps rappelées et qui se trouvaient à tous les coins de rues de Paris, sous Louis XIII et Louis XIV, V. le Francion de Sorel. 1663, in-8, p. 574, et les fragments du Voyage de Locke à Paris {Revue de Part*, t. XIV, p. 78.. Locke reproduit le texte de l'une de ces affiches comme l'ayant copié sur le mur. — Les oculistes romains, de peur que l'on ne contrefit leurs remèdes, avaient des cachets en pierres gravées, qu'ils apposaient snr le vase contenant le colXyre» On conserve plusieurs de ces pierres. V. Gazette littéraire, 1764, in-8, t. III, p. 184, et la brochure de M. Sichel : Cin(i cachets inédits de médecins ocuUstes romains, Paris, 1815, in-8.
• Même en 1732, l'idée était bien loin d'être neuve: « Plato, lisons-nous dans la 3« série de G. Bouchet, vouloit qu'il y cust des brasseurs de mariage qui sceussent, par art, cognoistre les qualitez des per-
un Villiaume anticipé qui émit très-plaisamment ridée d'un bureau d'adresses pour ces sortes d'affaires ^ Dans Tespèce de Petites Affiches matrimoniales qu'il dresse à cet effet, et que reproduisirent un livre allemand et un recueil français de cette époque*, on lit entre autres articles :
« Un homme qui vit de ses rentes et qui a plus de dix mille rixdalers de bien, n'auroit point d'éloignement pour épouser une veuve point trop vieille et sans enfants. Mais il faudroit qu'elle eût au moins 60,000 marcs,
sonnes qui se marient pour donner à chascun la femme qui luy seroit convenable. »
1 Furetière imagine de dire que de son temps il fui fait « un tariffe pour l'évaluation des partis sortables pour faire facilement les mariages.» Il donne ce trèscurieux tarif. (Roman bourgeois, édit.Elzév., p. 53-54.)
' Lettres sérieuses et ladines. La Haye, 1732, in-8o, t. VI , 1" part., p. 289-294.— Rétif de la Bretonne, dans son livre M. Nicolas, dont les dix-neuf parties mirent trois ans à paraître, et qui fut pour lui comme une sorte de journal autobiographique, avec annonces, demandes et réclames, se fît liji-méme son propre Villiaume : « J'ai soixante-trois ans, dit-il , je vis seul, isolé...., il me faudroit une compagne de quarante à soixante ans , assez aisée pour me nourrir. » 11 était franc au moins, et ne dorait pas la pilule conjugale, y. iionseleif Rétif de la Bretonne^ 1854, in-12, p. 64.
qu'elle fût bonne ménagère, qu'elle eût l'œil sur la cuisine, qu'elle sût écrire, compter, coudre , piquer, enfin qu elle ne prétendît point avoir une couturière chez elle. »
« tJn épicier fraîchement établi, qui par le secours de ses amis a une boutique bien garnie et qui a fort bon air, cherche une demoiselle qui n'ait pas passé les vingt ans, qui ait les cheveux noirs, les yeux bruns, ime belle taille, qui parle bon françois et qui sache dessiner, broder et jouer du clavecin. »
« Une dame âgée de 59 ans , qui a eu le malheur, depuis trois semaines , de devenir veuve pour la quatrième fois , cherche un homme de 26 ans, sain, vigoureux. Il vivra avec elle en grand seigneur, et elle lui fera un magnifique équipage. D'ailleurs, il n'aura que faire de s'embarrasser d'aiicim soin. Il sera son légataire universel ^ »
* A Londres, dans la première partie du xvin«siècle, le fameux Keith, qui mariait à la chapelle de May- Fair, de la façon la plus clandestine et la plus commode, perverha de prassenti, publiait des avis dans les journaux pour vanter les avantages des unions ainsi contractées. Lui et ceux qui vivaient du même trafic matrimonial s'engageaient aussi à fournir des maris au rabais. Plusieurs actes, entre autres celui-ci, en
Mais en voilà assez, je crois. On voit qu'en 1732,1a réclame matrimoniale était organisée : il n'y avait plus qu'à ouvrir boutique. On s'en est chargé moins d'un siècle après*.
sont la preuve : « 22 juin 1728. Mariage entre Josiah Walsh et Elisabeth Cutchey. Reçu de M. Ralf et de M. Hargrove, afin de pourvoir la dame d'un mari, deux guinées, lesquelles serviront aussi à pajer les autres frais de la noce. » {Monthly-Review de 1834 cité par le Mémorial encyclopédique, 1835, coL 108.)
1 L'un des premiers qui fit la chose en règle, fut Liardot, en l'an ii. V. Edmond et Jules de Goncourt, Histoire de la Société française! pendant le Directoire, Paris, Dentu, 1856^ p. 177-178.
C'est un fait siiigulier,>et ce qui précède su£flrait pour en établir la preuve, que toujours, même quand le sujet ne semble pas devoir y conduire, on finit par parler de la France, de Paris. Quel que soit le point de départ, c'e6t inévitablement là qu'on arrive, comme au grand centre où tout se meut, où tout vit.
Nous venons encore d*y être ramenés tout à l'heure; ne nous en éloignons donc pas. Parlons cette fois de Paris lui-même, des choses nouvelles qui Tintéressent.
Commençons par quelques mots au sujet des puits artésiens, dont on a mis tant d'efforts à le doter un peu tardivement. Ici encore
vous attendez de notre part quelque revendication en faveur du passé : vous ne vous trompez pas.
Niebuhr ayant lu, au mois de mai 1830, dans la Gazette d'État de Prusse, d'intéressants détails sur les sources artificielles dont de semblables puits pourraient doter le Sahara, se souvint que du temps des Romains on avait déjà essayé de fertiliser ainsi le désert en creusant des issues à la mer souterraine qui bruit, dit-on, sous ses sables. Il écrivit donc au journal prussien * :
..... Quant à Texistence des prétendues mers souterraines dans ces contrées, elle n'est pas nouvelle pour moi. Voici un passage qui démontre * le volume considérable de ces nappes d'eau et leur haute antiquité, lequel m'est très-présent, parce que, l'ayant découvert il y a quelques mois, je Tai cité dans le premier volume de la nouvelle édition de la Collection des historiens byzantins,
« Olympiodorey historien dont Photius a fait des extraits qui font partie d'un des volumes de la Collection^ dit : (Cod. 80.)
^ Cette lettre a été reproduite dans la Gazette litté" raire au 6 mai 1830, p. 367.
« On creuse dans les oasis des puits de 200, 300 et même jusqu'à 500 aunes (à un demipied Taune) dont l'eau jaillit et déborde. »
Niebuhr n'était pas trompé par sa mémoire; Olympiodore aparlé en effet de ces puits du désert, et à peu prés dans les termes qu'il cite ; seulement, il aurait pu ajouter qu'ily eut plus d'une contrée rendue par le même moyen habitable et fertile. Si la plaine qui s'étend au delà du Liban vit autrefois^fleurir sur son immensité, inféconde aujourd'hui, les grandes' cités de Balbeck et de Palmyre, elle le dut aux sources artificielles que la main de l'homme avait fait jaillir de ses flancs stériles, et qui, véritables rivières, tant elles étaient abondantes, versaient sur ces sables, rendus maintenant à leur aridité première, la fraîcheur et la fertilité. Les voyageurs anglais Wood et Darwins^de qui Ton aune si curieuse description des ruines palmyriennes, ont trouvé, sous les gigantesques décombres, les traces de ces fontaines que l'homme avait créées, les débris de ce grand système de veines et d'artères, qui porta si longtemps la vie au cœur d'une contrée redevenue cadavre ^
* On pense que des tremblements de terre, détournant les courants souterrains, ont pu tarir ces puits,
Ces puits étaient aussi anciens que les plus anciens temples de Paimyre, et leur existence remontait, par conséquent, au temps du roi Salomon, qui passe pour être le premier fondateur de la cité-reine. De là, on a été amené à dire assez naturellement que les anciens Hébreux avaient connu les puits artésiens, et que la source dont Moïse fit jaillir les flots sous sa baguette divine n'était pas autre chose *.
et qu'il n'en fallut pas davantage pour que toute la contrée se dépeuplât. {Neuvième congrès historique^ 1843, in-8o, p. 333-334.) — M. Ferrier, aide-adjudant général dans l'armée persane, parle de la vaste plaine au milieu de laquelle se trouve Nichapour, et qui doit sa fécondité prodigieuse à douze mille cours d'eau jaillis ainsi de karitz ou puits, dont un certain nombre existe encore. (Foi/aflfes en caravanes et Courses en Perse, etc. y Paris, Dentu, t. I, p. 199.)
* M. Ch. Lenormant pense avec raison que ce passage du Livre de Job (cap. xxviii, v. 10) : Prorumpere jussit rivos de rupihus, doit s'entendre des puits forés dans le désert. (Athenœum français, 1853, 2^ semestre , p. 199.) S'il n'eût craint de porter atteinte à un miracle, il eûtvucertainementlaméme chose dans l'opération de Moïse faisant jaillir l'eau du rocher en la frappant de sa baguette. M. Jobard, moins timoré et pour qui la croyance en la science passe avant toute autre, ne donne pas une explication différente &umvracle du chef hébreu; et même, suivant lui. Moïse s'y prenait fort
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vie du désert et aux ressources que la nécessité y force d'inventer. Pour les Arabes donc, le prodige de Moïse et de sa baguette n'est vraiment qu'un jeu d'enfant. Tous les jours ils le renouvellent dans quelque coin de leurs déserts; notamment, selon le voyageur Shaw, dans l'amas de villages situés au milieu du Sahara et qu'ils appellent Wad-Reag.
« Us creusent des puits à cent, quelquefois à deux cents brasses de profondeur, dit ce curieux touriste qui visita cette pai'tie de la Barbarie en 1727 *, et, ajoute-t-il, ils ne manquent jamais d'y trouver de l'eau en grande abondance. Ils enlèvent, pour cet effet, diverses couches de sable et de gravier, jusqu'à ce qu'ils trouvent une espèce de pierre qui ressemble à Tardoise, et que l'on sait être justement au-dessus de ce qu'ils appellent Bahar-Taht, la mer au-dessous de la terre^^ nom qu'ils donnent à l'abîme en général. Cette pierre se perce aisément, après quoi l'eau sort si soudainement et en si grande abondance, que ceux que l'on fait descendre pour cette
1 Voyage dans plusieurs provinces de la Barbarie et du Levant, 1743, in-4o, t. I, p. 169.
* F., sur ces mers souterraines, Malte-Bruo, Mélanges, t. III, p. 356-357.
opération en sont quelquefois surpris et noyés, quoiqu'on les retire aussi promptement qu il est possible *. »
Si donc Paris était dans le grand désert, il y a des milliers d'années qu'il aurait son puits artésien ; mais il ne faut pas le regretter trop, les compensations n'ont pas manqué, et d'ailleurs, M. Mulot' aidant, M. Arago conseillant,
A Dans un trës-curieux article de la Revue hriUmrd' que (novembre 1846), les Tribut du Sahara algérien, il est parlé de ces puits qui existent encore «n quelques oasis, notamment dans le Rouara. « Les Arabes, j est-il dit, p. 132, racontent que dans quelques tiIlages, ces puits ont cent fois la hauteur d'un homme. Ils sont creusés carrément et soutenus par des poutres de palmier. Quand les cultivateurs frappent Peau d'une de ces sources, elle jaillit parfois avec tant de force, qu'elle les jette par terre. » Aujourd'hui Ton cherche à multiplier ces puits dans tout le Sahara. M. Degousée est chef de la compagnie qui s'est chargée de cette entreprise ; et un officier français dirige les forages. On peut consulter, au sujet des puits artésiens qui ont été creusés dernièrement dans les oasis du Sahara de la province de Constantine, le Constitutionnel du 26 septembre 1857.
< Je ne laisserai point passer le nom de ce grand perforeur, sans vous dire que j'ai trouvé sa fameuse sonde exactement décrite dans un livre publié en 1715. C'est dans le cabinet d'un curieux de Dresde «. qu'elle se voyait alors. {Nouvelles littéraires de Du- ^auzet, t. I, p. 179.)
la grande ville n'a pas perdu pour attendre, n est bon de dire toutefois qu'elle n'a pas été, tant s'en faut, la première en Europe à se donner sa fontaine artificielle. Il y aura tantôt six ou sept siècles que l'Artois a les siennes. Celle qui se voit à Lillers, dans l'ancien couvent des Chartreux, commençait à sourdre à plein jet, vers le milieu du xn*^ siècle, et toutes nos provinces du Nord prirent exemple sur ce preniierpuits,véritablement artésien, puisque c'est à quelques lieues de la capitale de l'Artois qu'il déversait ses eauxabondantes. Des limites de la Picardie jusqu'à celles de la Flandre, ce fiit alors à qui creuserait son trou et ferait jaillir sa fontaine. Ces sources factices se multiplièrent surtout dans les environs deBéthune. L'Allemagne aussi voulut avoir les siennes, et le sol de la Basse- Autriche se cribla de puits forés; enfin la contagion gagna jusqu'à l'Italie. « n y a plus d'un siècle, dit M. Garnier ', que l'on connaît les eaux jaillissantes... des environs de Bologne et de Modène ', ainsi que
* Traité des puits artésiens, in-4o, p. .30.
« Rama^zini parlait déjà, au xvii« siècle, des tuyaux de plomb découverts sous les décombres de Tancienne Modène et qui semblaient communiquer avec d'anciens puits, lesquels, selon M. Arago, ne pouvaient
la fontaine que Cassini a fait percer dans lé fort d'Urbin, dont Teau s'élevait au-dessus du sol à une hauteur de quinze pieds. »
Paris seul, encore une fois, était en retard, mais ce n'était pas faute de soupirer après les sources nouvelles qui pouvaient suppléer, par leur abondance et leur limpidité, aux eaux de la Seine, insuffisantes et insalubres^. Déjà, au xvii'' siècle, les eaux de Rungis, que
être que des puits artésiens. {Annuaire du bureau des longitudes, 1835, p. 184.) D'aiUeurs, selon Ramazzini, Modène se trouve bâtie sur une de ces mers souterraines dont nous avons déjà parlé. (Malte-Brun^ Mélangesj t. III, p. 356-357.)
4 En 1787, il 7 eut un premier puits artésien creiwé àYaugirard, dans la maison du curé de Saint-Sulpice {Journal de Paris, 3 avril 1787). Ce n'est pas tout, deux siècles auparavant, du temps de Henri III, Nicolas Waser-Hun, bourgeois de Basle, Jean Sponde et Paul la Treille, avaient obtenu du roi un privilège exclusif pour le moyen qu'ils prétendaient avoir de « lever les eaux d'un lieu bas et profond en haut... et faire àe chacun puytune fontaine courante continuellement, et ce sans aide d'hommes ny d'animal quelconque, ains par soy, » N'étaient-ce pas là de véritables puits artésiens? L'entreprise ne réussit pas. B. Palissy^ se moqua de Jean Sponde et de Nicolas Waser-Hun. (Édit. Cap, p. 147.) Il en avait le droit, connaissant plus qu'aucun la théorie de ces eaux jaillissantes, {là., p. 341.) Il savait aussi comment faire des fontaine$ aff>
Taquéduc romain d'Arcueil, réparé en 1624 par ordre de Marie de Médicis, déversait à flots dans Paris, n'étaient plus assez abondantes pour sufQre aux nombreuses fontaines.
On n'aspirait déjà qu'après le jour où TOurcq ferait à son tour dériver ses eaux dans les canaux souterrains de la grande cité. Cette rivière, — quimitplus d'un siècle à creuser soû canal, depuis 1686, où le gendre du célèbre Riquet, M. de Manse, en rêva le projet sous le regard protecteur de Colbert*, jusqu'à Tan X qui le vit réellement commencer, — cette rivière, dis-je, que Paris s'est enfin conquise, était déjà, au milieu du xvii« siècle, jaugée par d'intelligents industriels et distribuée en espérance dans les mille fontaines de Paris. C'était un des grands projets de ce temps qui a légué tant d'utiles idées au nôtre ; mais il se trouva plus de rieurs pour s'en moquer sans le comprendre que de spéculateurs pour en patronner l'entreprise.
lf/îcieZ2es. M. Babinet en a retrouvé l'idée; mais il a avoué avec autant de conscience que d'esprit, la priorité que l'illustre artisan avait sur lui. (Revue des Deux- Mondes, l" mars 1854, p. 3038.)
* De Vert, Plan de Paris, avec détails historiques, etc. ]817, in-40, p. 2.
lisez un peu les livres sérieux, les journaux graves de l'époque, pas un n'en parle "pour en vanter l'importance et le bienfait ; en re- * vanche, les congédies burlesques s'en occupent pour en railler la prétendue utopie.
« Certes, dit Arlequin, dans la comédie de Dufresny, le Banqueroutier^^ vous n'ignorez pas que plusieurs personnes ont entrepris à leurs dépens d'amener la rivière d'Ourcq à Paris, dans la vue de vendre l'eau bien cher à ceux qui en ont besoin. M. Persillet faisoit état que cela lui vaudroit plus d'un million. Pour cela, il a fallu faire de grandes dépenses pour sa part, et il a avancé quatre cent mille francs dont il se doit rembourser sur la première eau qui sera vendue. »
* Théâtre italien de Ghérardi, t. I, p. 402.
A ce projet de la dérivation de TOurcq, réalisé enfin, et si bien même qu'il y a quelques années Ton pensa sérieusement à mener la pauvre rivière jusqu'au fond du bois de Boulogne ; à ce projet, dis-je, s'était naturellement joint celui d'un canal de ceinture autour de Paris *.
* Puisque je viens de nommer le bois de Boulogne, je n'oublierai pas de dire que dès la fin du xvi* siècle, on eut ridée de le gratifier d'un peu d'eau. Un des hommes les plus experts en hydraulique, l'Italien Balbani, se chargea d'y creuser de vastes citernes dans le genre de celle qu'il avait construite chez Zamet, et dont Olivier de Serres a fait un si grand élo^«.
L'idée de cette dernière eAtreprise, dont la construction du canal Saint-Martin a été le tardif accomplissement, avait même devancé Tautre. Dès 1611, on s'en préoccupait. Cette amiée-là, un sieùr Cosnier avait présenté un mémoire préludant ainsi : « S'il plaît au roi, le sieur Cosnier et autres gens solvables, ses associés, entreprendront de rendre les fossés de Paris navigables de dix toises de large et cinq pieds de profondeur, même aux plus grandes sécheresses, depuis le bout du fossé de l'Arsenal en Seine jusqu'à la porte Saint- Denis, et de ladite porte jusqu'au dessous des Thuilleries, suivant la moderne fortification, en fermant les faubourgs Montmartre et
{Théâtre d'agriculture^ in-49, t. II, p. 55-57.) Je ne croii pas qu'il réussit; son nom n'en resta pas moins à l'une des allées du bois, comme on le voit sur le plan de la Grive. Un autre Italien, s'occupant des mêmêS travaux, voulut, en 1622, fournir d'eau les habitants de l'île Notre-Dame (l'île Saint-Louis) à l'aide d'une grande pompe que faisait mouvoir « un moulin à vent dressé au haut d'une maison ; )» il ne réussit qu'à se faire moquer. F. nos Variétés historiques et littérairet, t. I, p. 211. Son invention n'était pourtant pas de beaucoup différente de celle de MM. Amédée Durand etFranchot, tant vantée par M. Jobard. {Les Nouvelles inventions aiux! expositions universelles, t. I, p. 141.)
Saint-Honoré, en sorte que les plus grands bateaux y pourront commodément naviguer*. »
Le canal eût ainsi complètement enceint la partie septeptrionale de la ville, et, par conséquent, toute proportion gardée entre les limites du Paris de ce temps -là et celles du Paris actuel, il eût été tout à fait ce qu'est le canal Saint-Martin. Seulement, ce qui eût mieux valu, et ce qui fait surtout regretter qu'on ne Tait pas creusé alors, c'est qu'au lieu d'être rejeté par delà les faubourgs, il eût longé les vieux remparts, devenus nos brillants boulevards d'aujourd'hui. De cette façon. Ton aurait eu au cœ\irde Paris, toujours grandissant , non plus une simple ligne de belles maisons et d'arbres verts, mais encore une large ceinture d'eaux vives : deux merveilles accouplées, sur une même parallèle, le grand canal de Venise et les boulevards de Paris 1
Le projet échoua bien entendu en 1611; on le reprit en 1636, puis en 1637, mais pour le voir avorter encore, bien qu'il fût aux mains du plus riche entrepreneur du temps, le fa-
* F. De La Mare, Continuation du Traité de la police, t. V, p. 216, 298.
meux M. Villedo, celui-là même qui domia son nom à la rue récemment construite alors dans le quartier Richelieu et dont presque toutes les maisons lui appartenaient'.
La grande entreprise eut beau être abandonnée, elle resta toujours le rêve des Parisiens bien pensants. En 1731, Tidée en fot reprise par ordre du roi, mais n'alla pas plus loin pour cela*. En 1756, Tun des hommes de Tautre siècle, qui ont le mieux pressenti, pour les embellissements de Paris, ce que
^ F. notre article sur lui, Revue française, juillet 1856, p. 493-497.— « Ce canal, dit avec raison l'abbé Ansker, auroit eu plusieurs avantages, mais il auroit remédié aux inondations.» {Variétés fhUosaphiques et surtout littéraires, 1762, in-12, p. 126.)
2 Ce canal aurait été différent de ceux qu'on avait précédemment projetés. Ainsi, il devait être alimenté par les eaux de la petite rivière de la Croûe. Nous avons vu à ce sujet une lettre curieuse de Tingénieur Bélidor, en date du 8 octobre 1731. Il dit qu'il a reçu un ordre de la cour pour se rendre à Paris c afin d'j examiner un projet de canal pour faire une navigation qui doit prendre depuis les fossés de la porte Saint- Antoine jusqu'à Saint-Denis, et depuis Saint-Denis jusqu'à la Seine, c'est-à-dire joindre la Seine avec elle-même, sans passer par Paris. Ce canal doit être entretenu par les eaux d'une petite rivière qui passe à Saint-Denis, que l'on nomme la Croûe. »
nous avons enfin exécuté, Favocat Poucet de' La Grave, caressait encore l'espérance de voir enfin creuser son cher canal. Il n'avait pas abandonné les idées de Cosnier et de Villedo, il le rêvait toujours tel que ceux-ci l'avaient projeté; c'est-à-dire, comme Taccompagnement indispensable des merveilles du boulevard. « Embelli par le canal, écrivait-il*, ce sera, sans contredit, une des plus belles promenades de l'Europe !» Et il avait raison. Puis il ajoutait, songeant au bienfait de cette rivière nouvelle qui se serait creusé un lit au sein même de Paris : « ... On pourra multiplier les foutaines dans tous les quartiers ; les eaux d'ailleurs pourront couler vivantes dans tous les ruisseaux, et les rues, par ce moyen, seront extrêmement propres. »
En cela* l'utopie de Poncet de J^ Grave n'était pas difficile à réaliser; nos bornesfontaines l'auraient, je pense, complètement satisfait.
Je m'étonne que Texcellent avocat, si curieux du bon entretien et de la salubrité des rues, n'ait pas émis de même, touchant un
1 Projet des embellissements de laviUe et des faubourgs dêPiJkris, 1756, in-8», 3« partie, p. 123.
auU'e poiut de la propreté publique, quelque projet qui Teût posé en précurseur de M. de Rambuteau, le pudibond édile, et surtout de Barthélémy, le poëte, qui, dans sa Nouvelle Némésis ', s'attribue ainsi Thonneur des constructions décentes dont vous comprenez que je veux parler :
Si, sur nos boulevards» des tourelles de pierre Dispensent les passants de baisser la paupière, Quelque faibles quMls soient ces bienfaits me sont dus.
Il ne tenait qu'à Poucet de la Grave que j'eusse à tenter ici une petite revendication en sa faveur ; mais, lui manquant, je la ferai pour d'autres ot sans sortir du même siècle. C'est au nom de certains industriels qui, dans un but pareil, proposèrent au ministre, M. de Laverdy, rétablissement « de brouettes à demeure à dilférens coins de rues, » que ma petite réclamation aura lieu. JeTappuieraisur un passage des Mémoires secrets de Bachaumont, à la date du 6 septembre 1769'*, et,
* Satire III. Explications.
2 T. IV, p. 356. — « On raconte qu'un quidam avait autrefois imaginé de se promener dans Paris, en robe de chambre, tenant sous le bras une garderrobe ployante, et criant d'une voix mélancolique : Chaewa
sans chercher avec le chroniqueur ^narquois s'il n'y avait pas dans la proposition seule « une dérision pour le ministère vil et minutieux de M. de Laverdy, » je constaterai Tavantage que l'entreprise, comme on la comprenait alors, aurait eu sur ce que nous avons établi depuis. On en aurait fait une affaire de finance, une occasion de taxe. « Les entre* preneurs, dit Bachaumont, promettoient de rendre ime somme atu trésor royal; ce qui, ajoute-t-il, tournoit la chose en un impôt di^ gne d'être assimilé à celui que Vespaaien avoitmis sur les Romains *. »
Tout en riant, Bachaumont dit ici là vérité, rimpôt-Laverdy ne Teilt en rien cédé à Timpôt-Vespasien qui, du reste, bien qu'on ne Tait pas fait remarquer, reposait sur de pa-
sait ce quil a à faire. Et il faisait payer quatre sous.» (BlanvillaiD, Pariseum, 1807, in-12, p. 234-235.)
1 M. de Sartine eut aussi sa part des railleries que souleva si mal à propos cet établissement de pro^ prêté publique. Y. le Gazetier cuirassé, 1777, in-12, p. 32. — Le Paris du xvin* siècle Avait cependant grand besoin de ce genre d'assainissement, comme on peut en juger par un passage des Nouvelles lettres delà duchesse d'Orléans, ip. 165. Dès le règne d'Elisabeth, Londres était mieux pourvu. {Revue de Paris, 4 sept. 1831, p. 25-26.J
reils établissements. Rome, dès le temps de la République, était, au point de vue de la propreté et de l'hygiène, tout aussi bien pourvue que si M. de Rarabuteau y eût été édile.
Montaigne, se faisant fort d'un vers de Lucrèce*, a dit, dans ses Essais* : « Il y avoit aux carrefours, à Rome, des vaisseaux et demicuves, etc. » Mais il oublie d'ajouter quo ces amphores , — Macrobe les désigna ainsi * , — étaient appelés gastras^^ comme on le vcJl par im passage de Pétrone, et qu'enfin, s'il était possible de baser une taxe sur leurs étranges produits, c'était grâce aux teinturiers qui déjà, au dire d'Athénée, achetaient ces matières pour obtenir des couleurs plus éclatantes *.
* Liv. IV, V. 1024.
• Liv. I, chap. xlix.
^Satum.j liv. III, chap. xvii. T., sur ce passage, les Mémoires de l'Académie de Troyes, par Groslej, p. 17.
^ « Quasi ventres, » dit Boulanger dans son De trihuHs et veciigaUhv^, cap. xxvi, Toulouse, 1712, iii-12, p. 136.
*Id., ibid.
Puisque nous voilà revenus à parler de Tancienne Rome, profitons-en pour dire un mot de quelques perfectionnements admiiiistratifs, de quelques raffinements de civilisation qui lui furent communs avec Paris, cette autre Rome immense.
Nous avons dit déjà que le macadam était, hormis son nom, une invention tout antique, mais nous n'avons pas ajouté que cette façon de ferrer les chemins avait empiété jusque sur les faubourgs de Rome. Ils n'étaient pas autrement pavés, ce qui leur donnait, par conséquent, je ne sais quel faux air de notre faubourg Saint-Antoine. Ce macadam romain avait été établi en Van 579 de la viWe, àîvx
temps des censeurs Fulvius Flaccus et Postumius Albinus. A en juger par les détails que Tite-Live en donne, il n'aurait en rien différé de celui que nous foulons tous les jours. « Les censeurs, dit-il*, avaient voulu que les chemins ainsi disposés fussent couverts de cailloux (cilice sternendas) et bien encaissés (marginendas) dans une double marge de pierre. »
Pour compléter leur ressemblance avec nos chaussées parisiennes, on avait bordé de trottoirs toutes les rues de Rome, et c'était, comme chez nous, aux frais du propriétaire, que se faisait cette dépense de voirie. On lit dan» les Béglements des Tables d'Airain * : « La prôprié* taire qui aura devant sa maison un trottoir l'entretiendra tout le long de sa propriété, en pierres liées ensemble, entières et bieu unies, selon que Tordonnera Tédile qui aurarinten" dauce dans cette partie de la ville, en vertu de la présente loi. »
Voilà pour la loi urbaine ; pour la loi de bienséance, c'est la même chose, on se croirait encore à Paris. Tout passant devait céder le passage aux femmes. Seulement, pour ré-
1 Lib. XLI, cap. xxvii.
'Publiés par Mazzocchi, Naples, 1754, in-fol., p. 53-66.
gler cet usage courtois, il avait fallu un décret du sénat de Rome*. A Paris, tout homme bien appris s'es t décrété cet ordre-là lui-même .
L'aspect des rues, à considérer sinon la façade des maisons, du moins les gigantesques affiches qui les couvraient, différait fort peu de Taspect des nôtres. Déjà du temps de Plante, même s'il ne s'agissait que de réclamations d'objets perdus ou d'avis donnés pour des objets trouvés, on placardait des annonces écrites en caractères longs d'une coudée*. Il y avait aussi les affiches de spectacle , étalant à leur plus bel endroit une des principales scènes du drame qui serait représenté *, ou bien, s'il s'agissait de combats de gladiateurs, ofîrant en raccourci le tableau des diverses luttes qui auraient lieu dans l'arène.
C'était, on le voit, toujours comme à Paris.
Ces affiches étaient peintes,et je jurerais même qu'on recourait pour les tracer sur le mur au procédé d'estampage, si généralement employé aujourd'hui pour les affiches de grand apparat. Je le pense d'autant mieux que les Romains avaient toujours connu ce procédé.
* Valer. Maxim. Liv. V, cap. ii.
• Rudens, act. V, se. ii, v. 7.
3 PUtur. antich, d'Ercolanoj 1. 1, tav. 4.
Ils le devaient aux Etrusques qui né dessinaient pas autrement les noires silhouettes qui décorent leurs vases. C'est là un fait qui ne souffre pas le moindre doute, et que M. de Caylus affirme ainsi positivement : « Quand la couverte noire ou rouge étoit sèche, dit-il*, le peintre, ou plutôt le dessinateur devoit nécessairement calquer ou poncer son dessin; et selon T usage de ce temps- là, il n'a pu se servir pour y parvenir que de lames de cuivre très-minces, susceptibles de tous les contours et découpées, comme Ton fait aujourd'hui de ces mêmes lames pour imprimer les lettres et les ornements •. . . » Nos peintresafficheurs ne se doutent guère qu'avec leur
1 Recueil d'antiquités, 1. 1, p. 87.
^ Les anciens s'en servaient aussi pour écrire. L'empereur Justin, lorsqu'il voulait signer, avait recours à une petite tablette de bois, dans laquelle étaient taillées à jour les lettres de son nom. Il n'avait qu'à suivre avec la pointe de sa plume les contours de cette découpure. F. Procope, Hisl. secrète, cap. vi. Théodoric faisait de môme. (Nouveau traité de diplomatique, 1762, in-4, t. V, p. 26-27.) Cela nous met bien près de l'imprimerie. Les lettres mobiles avec lesquelles les potiers romains gravaient leur nom sur les vases, nous en rapprochent bien plus encore. « Ils s'en servaient, dit Jansen, àpeu près de la méitae manière que le font nos relieurs, pour les étiquettes
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décalquage multicolore ils font tous les jours du dessin à la manière étrusque ; mais, pour peu qu'on ait de goût, en se rendant compte de la barbarie routinière du procédé, on ne s'étonnera pas de son origine *.
Il ne faudrait pourtant pas vouloir tout chercher chez les étrangers, ni même en Grèce, ni même à Rome; il est mille choses modernes, Téclairage permanent des rues, par
sur le dos des livres. » {Essai sur V origine de la gravure en lois, etc., 1808, in-8, t. II, p, 35.) Ajoutez à cela qu'ils avaient déjà la recette de l'encre typographique, ainsi que nous l'avons déjà dit (t. I, p. 335), et vous conviendrez avec nous que, s'ils ne connurent pas l'imprimerie, c'est, encore une fois, qu'ils ne le voulurent pas (v. à ce sujet, t. i, p. 5). Dugald- Stewart a dit : « L'imprimerie doit être plutôt considérée comme le résultat des causes générales dont le progrès de la société dépend, que comme le simple effet d'un heureux hazard. »
* En Allemagne, au xv« siècle, l'artisan que Paul de Prague appelle Ciri^agus faisait des affiches sur les murs, à l'aide d'un procédé tout semblable à celui d'aujourd'hui, ce qui fait dire à M. Aug. Bernard, frappé comme nous de cette singularité : «c L'industrie des affiches peintes appliquées sur les murailles, à l'aide d'une feuille de métal découpée sur laquelle on passe une brosse enduite de couleur, n'est donc pas nouvelle, comme on pourrait le croire, puisqu'elle était connue au xv^ siècle. » {De l'origine et des débuts 11. • 9-
exemple *, qu'on n'y trouverait pas; maisalOfft on aurait souvent sa revanche en deïaftiidaût au Paris du moyen âge ou du xvii« siècle, cèfc choses introuvables dans Faûtiquité; ce qui»
après tout, fait toujours notre époque Contribuable d'un autre temps.
On aurait beau chercher dans Tanciônne Rome; je doute, par exemple., qu'on y IrôU' vât Tusage du carton-pierre ; mais, par cOûtre, on n'irait pas loin dans Thistoire de Tin-
de Vimprimerie en Europe, Paris, 1853, in-8», t.II, p. 59.) * Il j eut pourtant dans l'antiquité des essais tentés pour l'éclairage des rues. V. notre brochure, T/U Lanternes^ etc., p. 3 et suiv. Sous Louis XIV seulement, un système régulier fut organisé à cet effet* On ne pensa qu'un siècle plus tard à éclairer les hor* loges publiques pendant toute la nuit; l'idée qui était de Fresnol ne fut même mise à exécution que cinquante ans encore après! {Suppl. au Dict, de ta Co^^ versât, 1 18® livraison, p. 45S.)Quant au gaz d'éclairage, nous avons fait son histoire (t. I, p. 1 14-190), nous n'y reviendrons que pour ajouter kce que nous ayonsdit les détails suivants au sujet de l'emploi du gaz por* tatif en 1765. Nous les empruntons au Standard (cet. 1839} : « M. Spedding, agent de lord Lansdale, à Witcharen pour les charbons, en 1765, faisait venir da&s des barils du charbon des houillères de S. S. poulr l'éclairage de ses bureaux. Il proposa aux magistrats de Witchaven de faire transporter du gaz en banques pour éclairerles rues de cette ville, ce qui fut refusé.»
dustne française sans Vy rencontrer. « On fait prendre au carton toutes sortes de formes, tandis qu'il est encore frais, écrit M. de Paulmy * ; on le fait même entrer dans les moules. Au xvi» siècle, on étoit dans Tusage d'en faire des ornements dans les appartements •. » Oubliée au xvn*» siècle, l'utile inventicm fut reprise au xvin®. Un savant Suédois, le docteur Faxe, la retrouva, et, Fayant perfectionnée, donna, sous le nom de papierpierre ou carton lithophyte, une pâte solide ayant la double propriété d'être à l'épreuve du feu et de l'eau '.
1 Mélanges d'une grande hibliothèque, t. Hh, p. 154.
* M. de Paulmy aurait pu ajouter que ce genre de travail constituait l'industrie du poupetier, ainsi appelé parce que la pâte dont il faisait usage servait aussi à la fabrication dés poupées. F. le Glossaire de M. L. de Laborde au mot Poupetier et son livre Union des arts et de Vindustrie.. t. II, p. 448. Philibert Delorme, dans son Traité d'architecture (îiv. XI, ch. v), parle de ces ornements faits, dit-il, de « l'estuc d'une paste que vous moulerez sur des creux. > F. aussi noire travail sur les Jouets d'enfants, 1" article, Moniteur du 16 janvier 1856.
8 Journal polytype des sciences et des arts, déc. 1785, p. 354.— Vers la même époque, M. de Montfort, dont nous reparlerons, avait mis à la mode une espèce de carton-pierre de son invention. (Aféin. secrets, t.XXXVI,
Vers le même temps, nous voyons reparaître une invention dont les pierres fusibles (lapides fusUes) des Romains* pouvaient avoir donné Fidée. Qu'elle vint ou non de là, elle n'a été reprise que pour être perfectionnée.
Vous vous doutez que je veux parler de ces marbres artificiels dont notre époque, si amie du luxe mitigé d'économie, a réveillé la mode avec tant de succès.
p. 146.) C'était aussi le temps où les ornements en carton moulé, connus sous le nom de papiers mâchés, dvL même genre à peu près que ceux dont il est parlé dans la note précédente, avaient repris faveur d'abord en France, où, par exemple, ils furent employés, en 1788, pour la décoration de la nouvelle salle de spectacle de Montpellier; puis en Angleterre, où cette industrie est encore exercée avec avantage, et toujours sous son nom français, ce qui est une preuve irréfutable de son origine. On peut juger de ce qu'était en 1789, Vart des papiers mâchés, par un article de VEsprit des journaux, 18® année, t. IV, p. 365.
^ « C'estoit, lit-on dans le Scaligerana (Cologne, 1667, in-8o, p. 87), une façon des anciens Romains, qui avoient de belles inventions à fondre la pierre. Il 7 a des colonnes à Rome, aussi hautes que Nostre- Dame, qui sont fusiles. Les Italiens ont bien trouvé quelque pareille invention, mais ce ne l'est pas encore. Les Italiens l'appellent mi5C?ii^ parce qu'ils sont meslez. > Il y a encore à Florence une manufacture de pierres dures. (Valéry, Foj/aflfc en Ztolitf, t.III, p. 161.)
Racle, rarchitecte-ingénieur, dont nous avons déjà parlé*, s'occupa, dès 1787, de la composition de ces marbres factices. Il les obtenait par le mélange de deux espèces d'argile très- abondantes dans la Bresse, sa province natale. C'était ce qu'il appelait modestement du marbre-argile. Je crois volontiers que tous nos jaspes d'imitation, tous nos porjAyres de fabrique, tous nos marbres de contrebande, brevetés ou non, ne sortent pas d'autres carrières •.
Le stuc, qui joue un si grand rôle dans nos ornementations modernes, est le produit d'une industrie plus ancienne encore. L'enduit solide et transparent qu'au xvi« siècle, on mettait déjà sur les sculptures pour en doubler la solidité et l'éclat, et dont il est parlé dans Y Ulysse français^ ^ n'était certainement pas encore autre chose.
* F. 1. 1, p. 72. —On peut lire, sur Tinvention dont il est ici question, un article à\i Journal de Bourgogne, mars 1787.
* Je me souviens d'avoir vu, en ce genre, à l'exposition de Londres, les beaux produits de M. Evrot, de Chaunes dans les Vosges.
•* Article Vaîenciennes,
Il ne fallait rien moins que tous Ces héritages industriels du passé pour satisfaire AUX dévorants besoins du Paris d'aujourdTliiL Jamais il n'a fait plus ample litière d'inventions et de procédés constructeurs, surtout depuis qu'une nouvelle ardeur de Mtir et de s'embellir s'est emparé tout à coup de lui.
Mais elle aura beau faire, la grande ville, elle aura beau chaque jour s'agrandir, s'assainir et s'orner, toujours ce qu'elle accomplira tournera dans la sphère des embellissements et des agrandissements que les Parisiens d'autrefois, rois ou bourgeois, avaient rêvés pour elle. Parle-t-on,. non pas de faire de Paris un port de mer, comme le projetait M. Fia-
chat, mais tout simplement , ce qui eet assez ambitieux déjà, d'amener des vaisseaux à Paris, on retombe, sans s'en douter, dans un des projets de Louis XIV.
« Le roi, dit Dangeau, dans son Journal, gous la date du 16 octobre 1692, fait venir de Provence une chiourme pour deux galères.
Celles qui étoient demeurées à Rouen, on veut les envoyer à Brest pour essayer si on ne pourra point se servir de ces galéres-là sur la Seine. On n'est pas content de l'épreuve qu'on en fit il y a deux ans K »
i Le XQjirquis de Vallayoir ayait entrepris, avec l'agrément du roi, le service des rivièrps et canAu^ de France, par le ipoyen de galiotes, frégates et tartanes; mais ce projet se réduisit à un service de bi^* ternix sur la Seine. {Correspondance administrative de L^is XIV, t. III, Introduction^ p. j.v^)Squ8 la Régence, U9 Yfiisseau hollandais de huit canons firriva dans les edux de Paris. « Il salua de tout son canon le pavillon des Tuileries et vint mouiller au port Saint-Nicolas, devant le Louvre. On le voyoit à l'intérieur pour im sou par personne, et l'équipage gagna ainsi plus deceotécus. > (Dubois de Saint- Gelais, HtstotrejournaUire de Paris, t. I, p. 58.) En 1768, on voulut établir entre Paris et le Havre, un service régulier de navires marchands; mais l'entreprise ne semble pas avoir eu de suites. F. VAvant-coureurj 92 août 1768* — Moins de vingt ans après, on voulut faire plus.
S'agit-il des fortifications de Paris, nous voyons à Tavant-garde de tous les autres projets une proposition faite par Yauban au grand roi K Voulons-nous pousser l'enquête rétrospective sur une entreprise d'une aussi gigantesque importance : l'achèvement du Louvre ^t sa réunion aux Tuileries ; nous retrouvons encore les traces de Louis XIV. Bien plus, nous nous heurtons contre un des plus cherB desseins de Henri IV. Il voulait doter Paris de six places nouvelles, entre autres la Dau-
Quelqu'un proposa d'amener la mer au faubourg Saint-Martin. {Mémoires secrets, t. XXXV, p. 138.) Enfin , dans les premières années de la Révolution, un certain M. David Leroy émit une idée à peu près pareille dans sa Lettre à M. Franklin sur la marine et sur la ppssiliUté de rendre Paris port ; et en l'an iv, on vit naître un projet de bâtiment à fond plat capable de remonter de la mer jusqu'à Paris.(£dmond et Jules de 6oncourt, Hist. delà Société française pendant le Directoire, Paris, Dentu, 1855, p. 250.)
1 Un extrait du Mémoire que le grand ingénieur fit à ce sujet, en 1700, fut publié en 1830, dans la 57Miv. ÙM Spectateur militaire. En 1841, quand le projet revit le jour, et cette fois pour être exécuté, M. Adhémar publia, sous le titre de Questions diverses, une bro* chure où il émit le premier l'idée d'un chemin de fer de ceinture autour de Paris. (P. Chéron, Catalogue général de la librairie française au xfx^ siècle, t. I, p. 39.^
phine et la Royale qui furent les seules construites. Mais celle dont il caressait surtout le projet était celle-là même qu'on vient d'achever, et qui s'appelle place Napoléon. Étrange destinée ! C'est le nom même de Bourbon que Henri IV voulait lui donner ! « Il la réserve pour lui, écrivait Malherbe à Peiresc, le 20 janvier 1608, elle s'appellera Bourbon, pour ce que, débâtissant le Louvre, le Bourbon (rhôtel) qui est devant la porte sera mis bas. Saint-Nicolas et Saint-Thomas-du-Louvre seront transportés là, pour raser cet espace d'entre le Louvre et les Tuileries. »
Louis XIV reprit l'entreprise, mais, malgré ses grandes idées sur le Louvre, il ne lui fut même pas donné de la commencer. Son projet s'accordait un peu avec celui dont les travaux ont été accomplis presque par miracle.
L'immense place devait être coupée de cours, de jardins*, de châteaux. C'est du moins ce qu'on peut croire, d'après ce qu'en disait l'abbé de Marolles, au mois de juillet 1677 dans ces mauvais vers :
* C'était une idée de P. Lescot de convertir en un vaste jardin l'espace compris entre les Tuileries et le Louvre. En 1809, l'architecte Vorherr émit un projet à peu près semblable.
aatre galerie égale à la première, D*ane longueur extrême enfermera partoat Plusieurs cours et châteaux de Tun à Tautré bout. . . *
Cette réunion du Louvre aux Tuileries était toujours entrée dans les desseins de Ix)uis XIV. En 1664 il songeait à faire table rase de la masse de bâtiments qui encombrait l'espace compns entre les deux palais. Gui Patin écrivait le 24 octobre : « On parle ici d'abattie quelques grandes maisons pour achever le bâtiment du Louvre. On dit même que le roi veut envoyer les moines de Saint-Germaindes-Prés à Saint-Maur-lès-Fossés et bailler ce monastère à habiter aux chanoines de Saint- Nicolas et Saint-Thomas-du-Louvre, et que c'est un dessein pris par le roi et M. Colbert, ces deux églises étant nécessaires à la perfection du grand dessein ; mais je doute de tout cela. » De 1666 à 1668, les acquisitions continuent. « Le roi fait acheter, lisons -nous dans un document de l'époque •, une maison
i Parts ou la Description succincte de cette grande ville, juillet 1677, iniP, p. 80.
^Catalogue des archives de M. de Joursanvaiilt , n* 1134. Je connais une lettre inédite de M"« de La Fayette à Huet, dans laquelle, lui parlant d'une mai-
rue Saint-Thomas, pour l'exécution des grands desseins de son palais du ÏMuvre. » L. A, Houdin, architecte du roi, avait proposé, vers 1659, un plan immense et le plus gigantesque peut-être de tous ceux qu'on ait tracés à cette intention, car il embrassait non-seulement le Louvre, mais une série de constructions à Touest, depuis le Pont-au-Change jusqu'aux
son qu*il désirait acheter de ce c^té, elle lui fait craindre qu'on ne Tenclave dans les constructions du Louvre agrandi. « C'est, dit-elle, l'avis de Mansardluiménxe, qu'elle est allée consulter pour cela. « F. aussi notre article sur lé Pavillon Lesdiguières dans .e Courrier de Paris du 26 mai 1857. — Jamais le projet ne fut abandonné, comme ce qui va suivre le prouvera. Le prince de Ligne écrivait sous Louis XV: « On fera une place depuisles Tuileries jusqu'au vieux Louvre, cela est tout simple ; on doit s'attendre à cela. Tout ce Carrousel, ces baraques, cette rue Saint-Nicaise déshonorent Paris, par l'indigne moyen de faire argent de tout. » On dirait qu'il prévoyait les dernières petites boutiques du roi Louis-Philippe, et qu'il les proscrivait d'avance. {Œuvres choisies du maréchal prince de Ligne, 1809, in-8, t. II, p. 266.) Malheureusement, le gouvernement paresseux de Louis XV trouva trop lourde l'entreprise relative au Louvre ; il ne fit rien. Qui pis est, pour couper court, on eut alors l'idée de tout raser. « Il fut proposé, sous le ministère du cardinal Fleury, dit Lafont de Saint- Yenne, d'abattre le Louvre, pour en vendre les matériaux. »(L'0rH6rc du grand Colher^, 1764, in-12, p. 164.^
Gliaiiips-Elysées; on ne s'en préoccupa point: on hésita entre celui proposé en 1665, parle chevalier Bernin, qui, par parenthèse, ne faisait pas disparaître le défaut de parallélisme, et celui donné par Mânsard en 1650. Celui-ci ' émettaitridéedunavant-corpspourleLouvre.
En 1667 la question était encore pendante, et, durant sept ans, Claude PeiTault fit et dessina projets sur projets sans aboutir à Texécution d'un seul. En 1708, Des Godétz en proposa un qui ressemble un peu à celui qu'on a exécuté. C'est au moyen d'un parterre qu'il voulait dissimuler le désaccord du pavillon du Louvre avec celui des Tuileries. Après vinrentlesplans de Bellanger en 1737, de Jaunez en 1780, de Loyet et Maugin en 1790, de Mandar en 1800, de Lebrun et de Rondelet en 1809*: enfin ceux de MM. Percier et Fontaine de 1808 à 1822. Nous nous en tiendrons à ces dates *.
* Sur le projet qu'avait Napoléon d'unir le Louvre aux Tuileries, F. les Mémoires de M. de Bausset, t. IV, p. 229, et dans le journal le Temps (4 juin ]833) le récit d'une conversation qu'il eut à ce sujet.
« V. Bulletin de Vaillance des arts, 25 mars 1843, p. 292, et dans le t. XI de Vlllustration, p. 383, 397 un intéressant travail de M. L. de Laborde, auquel sont annexés les dessins de tous les plans que nous venons
de mentionner, depuis celui de P. Lescot, jusqu'à'
Je ne vous dirai pas qu'on eût projeté d'une façon €érieuse^ dès le xviii« siècle, Timmense rue dont le voisinage ajoute tant à la splendeur du liOuvre achevé, et que nous voyons rattacher d'une façon si triomphante les * Champs-Elysées à la Bastille *. Ce serait trop prêter au passé. Je ne trouve à ce sujet qu'un commencement d'idée, vers la fin de 1776.
C'est plutôt un rêve qu'un projet ; encore ne se hasarde-t-il pas jusqu'à la conception complète de ce qui est aujourd'hui réalisé. On n^ voulait en 1776 que dégager le jardin des Tuileries, étreint de trop près par le bâtiment des Feuillants et des religieuses de l'Assomption. Voici ce que nous lisons à ce propos dans les Mémoires secrets^ sous la date du 10 novembre de cette année-là* :
« Il est question d'isoler le jardin des Tuileries et d'établir une rue parallèle à la terrasse appelée des Feuillants. Cette rue abouti-
celui de MM. Visconti et Trélat, qui a été adopté et exécuté. La première idée date de 1818.
1 K'oublions pas de dire, à propos de \b. Bastille, que dès 1796, on avait le projet d'élever sur son emplacement une très-haute colonne, ayant à son sommet une statue de la Liberté. {La Décade philosophique, 'i^AOÙi \1 9^, p. ^33.)
« Tome IX, p. 255.