‹ Le Vieux-neuf v. 2 (volume 2)Chapitre 4 sur 17 · VO · texte numérisé non relu

VO

roit en face de Thôlel de la Vrillière (rjiôlel Saint-Florentin) ; on prendroit sur les Capucins de quoi dédommager le couvent de l'AsscMnption, et Tamélioration des terrains où ron bâtiroit des maisons, ayant des façades sur la rue, fourniroit de quoi remplir ce plan sans aucune dépense à faire pour la ville. Ou ne doute pas, si M. de la Vrillière (M, de Saint- Florentin) étoit encore en place, que la chose n'eût bientôt lieu, par l'agrément qu'en recevroit son palais. »

Cette fois encore, vous le pensez bien, l'entreprise ne fut pas aussi vite exécutée que projetée ; l'attente pourtant fut moins longue qu à l'ordinaire : elle ne fut que de vingt ans *. C'est que pendant ce temps la révolution était venue; et moines Feuillants, religieuses de l'Assomption, qui sans doute ne consentaient pas de bon cœur à voir mutiler leure jardins et retardaient ainsi le percement de la rue, avaient de force cédé la place.

La révolution s'entendait en expropriation forcée! Je doute même que l'on ait mis jamais autant qu'elle promptitude et économie

1 C'est sur l'initiative de Cambacérès que le projet fut repris. (Réimp. du Moniteur, t. XXVIII, p. (515.)

dans Texécution de ce droite depuis le jour où consacré par le bon plaisir du roi David luimême*, — car ce droit soi-disant moderne remonte au temps de la Bible, — il lui fournit le moyen de s'emparer de la maison d'Ornam, sur remplacement de laquelle il lui plaisait de bâtir son temple *.

* ParaUpomènes, liv, I, chap. xxi, v. 22.

* Ce que je viens de dire de la révolution m'amène assez naturellement à parler de son drapeau. Le tricolore n'était pas chose nouvelle, comme couleur nationale. A l'époque d'Etienne Marcel, on semble l'avoir adopté une première fois. Il est parlé dans une pièce du Recueil de Secousse, t. III, p. 163, « des fermentes en argent ém aillé mi-partie rouge et azuré » que portaient les partisans du prévôt. Dans la plupart des manuscrits de ce temps, les miniatures sont entourées d'une bande tricolore. Ce détail suffit même, tant il est particulier à cette époque, pour faire assigner une date à peu près certaine aux manuscrits où il se rencontre : on sait, à ne s'y pas tromper, qu'il faut les attribuer au règne de Charles V. {Biblioth. deVécole des chartes, V'^ série, t. II, p. 70; Paulin Paris, Manuscrit français, t. I, p. 3, t. If, p. 9, 291.) Pourquoi le choix de ces trois couleurs, en ce premier temps révolutionnaire? parce que toutes trois figuraient déjà dans les armes de l'Hôtel de Ville, foyer de la révolution. « Le vaisseau de Paris était représenté sur fond rouge^ ayant les voiles d'argent et flottant sur des ondes du môme métal : au haut de l'écu était en travers une lisière, égale en largeur au tiers de la surface, bleue et couverte de fleurs de lis d'or. En

terme de blasou, ces armoiries s'exprimaient en disant que Paris portait de gueules, un vaisseau d'argent^ habillé d'argent» flottant sur des ondes de mémet le chef cousu de France. » G. de Cassagnac, Le vaisseau et Us armes de Paris, (Revue de Paris, t. 52, p. 241). — En 1789, la même cause fit faire le même choix. Après avoir songé un instant à adopter le vert, ce qui fut rejeté, lorsqu'on se rappela que c'était la couleur du comte d'Artois ; on se décida pour les trois couleurs de la Ville. (Mercier, Le Nouveau Paris, t. I, p. 58.)

Paris, quoi qu'il en soit, gagne à tout cela de s'agrandir et de s'embellir. Il se remanie et se renoiîVelle si bien que son vieux Pont- Neuf lui-même à fini par redevenir digne de son nom. L'autre jour y passant, comme j'admirais, tout brûlé par un ardent soleil, la blancheur de ses pierres rajeunies, et surtout ces nouveaux bancs qui ont pris la place des pavillons détruits, et qui ne sont, après tout, que ce qu'avait été le couronnement de chaque pile dei^uis Henri IV jusqu'à Louis XVI, c'est-à-dire avant l'érection de ces pavillons mis à bas; je me ressouvins tout à coup de l'idée qu'eut au mois de septembre 1769 certaine compagnie d'industriels qui avaient

pris en pitié le sort des pauvres gens forcés, comme moi en ce moment-là, de passer le Pont-Neuf, sous un soleil caniculaire. Vous allez juger du projet par ce qu'en dit Bachaumont *, et vous me direz sll ne serait pas urgent de le reprendre.

« 6 septembre 1769. — Une compagnie vient de former un établissement digne de la ville de Sybaris ; elle a obtenu un privilège exclusif pour avoir des parasols et en fournir à ceux qui craindroient d'être incommodés du soleil pendant la traversée du Pont -Neuf. Il y aura des bureaux à chaque extrémité de ce pont, où les voluptueux petits-maîtres qui ne voudront pas gâter leur teint se pourvoiront de cette utile machine ; ils la rendront au bureau de l'autre côté, et ainsi alternativement, moyennant deux liards par personne ; ce projet a commencé à s'exécuter lundi dernier.

On annonce que, si cette invention réussit, on est autorisé à former de pareils bureaux dans les autres endroits de Paris où les crânes pourroient s'affecter, tels que le Pont-Royal, la place de Louis XV, etc. Il y a apparence que ces profonds spéculateurs obtiendront

« ïome IV, p. 356.

aussi le privilège exclusif des parapluies*. » Il ne serait pas étonnant, si la saison s'y prête, qu'un pareil service d'ombrelles s'établit Tété prochain à Paris. On me dit même qu'on a fait, il y a peu d'années, l'essai d'un semblable système, mais pour les parapluies seulement. N'importe, dés à présent, pour l'un comme pour l'autre, je m'inscris en contrefaçon, au profit du passé.

Ces emprunts d'innovations, ces vols d'idées qui se font souvent d'une façon tout involontaire, et pour lesquels le hasard est par conséquent le seul coupable, le seul voleur, ces contrefaçons, ces plagiats fortuits ne sont pas des accidents propres à notre époque seule :

les autres siècles ont eu les leurs, tout aussi réels, mais souvent, disons-le bien vite,

1 Le Pont-Neuf me fait souvenir qu'en 1836 on proposa de voûter un des bras de la Seine pour faire un vaste terre-plein entre le Quai des Orfèvres et celui des Augustins. Vieille idée encore ! Il est parlé d'un projet semblable dans les Mémoires secrets, t. VII, p. 172. C'était en 1774: un M. Bory fit aussi, vers le même temps, une proposition pareille; seulement, c'est du « bras de la rivière au pont de laTournelle, )» qu'il demandait la suppression. J'ai lu, à ce sujet, un rapport manuscrit de Perronet.

tout aussi involontaires que les nôtres ^ Louis XI, par exemple, crut de bonne foi qu'il était Tinventeur du système des postes. L'histoire, cette grande routinière, ne Ta pas démenti. Cependant, quand il mit en campagne ses premiers messagers à pied et à cheval, il y avait plus de deux siècles que les chevaliers Teutons en dépêchaient de pareils sur toute Tétendue du territoire de VOrdre. Dès 1276, chacune de leurs commanderies avait sa poste aux lettres*.

La petite poste, dont l'origine a été mise en

1 J'en veux encore citer un exemple. A'u xvi« siècle, un serrurier de Milan, nommé Galias Rossi, retrouva la fameuse vis d'Archimède. Il ne savait ni lire ni écrire, n'avait jamais entendu parler du célèbre savant de Syracuse etj par conséquent, ne pouvait être accusé de plagiat. Il fut si joyeux de sa découverte qu'il en devint fou. (Cardan, De Suhtilitaie, édit. de Lyon, 15C3, p. 366.) — La vis d'Archimède a été utilisée soit pour remorquer le bateaux, soit pour les moulins hydrauliques. C'est elle aussi qui est la base du propulseur hélicoïde ou ptérophore de Paucton pour la marine à vapeur. Cette machine nonseulement sert de propulseur, mais aussi de compteur : par le nombre des tours de vis, on peut évaluer la vitesse de l'embarcation. Aussi l'appareil de Paucton, renouvelé d'Archimède. a-t-il été appliqué pour le compteur à gaz.

• Revue du Nord, juillet 1836.

question dernièrement, a de même une histoire d'un siècle plus ancienne qu'on ne le croit généralement. Sur la foi deBachaumont* on en fait honneur à Fun des grands hommes à projet du xvni« siècle, « à un citoyen qui avoit rêvé toute sa vie le hien public, » à M. de Chamousset *. On se trompe, l'invention n'est pas de M. de Chamousse^, elle ne date pas du !«>• juin 1760, comme on Ta écrit partout ; elle est de cent sept ans plus vieille. C'est Tan 1653 qui la vit naître, croyez-en Loret, qui vous dit dans sa gazette rimée du 1 6 août ' :

On va bientôt mettre en pratique, Pour la commodité publique, Un certain établissement, (Mais c'est pour Paris seulement), Des boîtes nombreuses et drues.

Aux grandes et petites rues, Où par soi-même ou ses laquais, On pourra porter des paquets.

Avis, billets, missives, lettres, Que des gens commis pour cela.

Iront chercher et prendre là ; Pour d'une diligence habile Les porter par toute la ville.

» T. VI, p. 363.

* Voisenon, qui lui fait le même honneur, a dit de lui : •: Sa tête étoit toujours en effervescence pour le bien de l'humanité, t {Œuvres, t. IV, p. 9.)

8Liv. IV, p.95.

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