‹ Le Vieux-neuf v. 2 (volume 2)Chapitre 6 sur 17 · II U · texte numérisé non relu

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Pour en finir avec les choses concernant Paris, où l'on construit tant à l'heure qu'il est, parlons un peu de tout ce qui, dans notre sujet, peut être relatif aux diverses branches de la construction.

Parmi les prodiges qu'ont accompUs les habiles en Tart de bâtir, l'un des plus étonnants est celui qui consiste à déplacer un monument de l'endroit où il a été construit, poiurle transporter dans un autre, tout entier et d'une seule pièce. Tout récemment la colonne du Châtelet, fut ainsi remuée, à la grande admiration des journaux et du public. Ce prodige n'est pas nouveau ; on peut même dire que les constructeurs d'autrefois l'ont hasardé plus souvent que ceux d'aujourd'hui, et que tous Tout tenté avec bonheur. Au xv« siècle, ce n'était déjà qu'un jeu pour les architectes ila-

lieos. Dajis le grand recueil historique deMuratori, il est parlé du transport d'une tour opéré ainsi par les soins de Gaspard Nadi et d'Aristote Fioravante. Cette tour, qui n'est autre que celle de laMagiore à Bologne, avait soixante-cinq pieds de hauteur sur onze de diamètre, et il s'agissait de lui faire éprouverun déplacement de trente-cinq pieds. Tout se fit à merveille : la tour s'en alla, comme sur roulettes, jusqu'à l'endroit où elle devait prendre pied désormais.

En 1776, un simple maçon, Joseph Serra de Crescentino, prés Turin, renouvela ce miracle d'audace et d'adresse : il transporta à ime plus grande distance encore le campanile d'une chapelle dédiée à la Vierge Marie du Palais, sur la route de Casai à Turin. Il avait cent vingt pieds de hauteur, et chacune de ses faces en avait dix de largeur; malgré cela, comme ce campanile le gênait pour la construction d'im autre, dont le directeur de l'Oratoire avait adopté le plan, plutôt que de reculer lui-même, il avait entrepris de faire reculer le monument, et il y réussit*.

* Magasin pittoresque, 1844, p. .327. — Comme travail du même genre, il faut encore citer la fameuse machine avec laquelle Fontana dressa pour Sixte V

Mais ne cherchons pas si loin nos exemples.

La petite église de Saint-Leu, dans la rue Saint-Denis, nous en peut fournir un qui n'est piis moins surprenant. C'est en 1727 que la chose se passa : ■ Le 8 et le 10 d'octobre, dit Piganiol de la Force " , Guillaume Guérin Tainê, charpentier habile, transporta en entier la chai'pente du clocher de Thorloge, de la tour sur laquelle elle éloit, et qui menaçoit ruine, sm* une autre lour nouvellement bâtie à la même hauteur, qui est de douze toises, et à la dislance de vingt-quatre pieds. Cette manœuvre se fit heureusement par le moyen d'un grand échafaud sur lequel on fit rouler le clocher de sept pieds et demi de diamètre sur trente-cinq d'élévation, avec la grosse cloche de l'horloge, qui pèse au moins deux milliers, et sans toucher au plomb de la couverture ni aux plates-bandes de fer, etc. »

Qu'on ajoute à ces faits celui auquel il ne manqua peut-être pour s'accomplir heureuse-

Aifique qui se voit encore devant Saint-Pierre de

e. M. Bonnier de la Mosson possédait un modèle

iois de cette machine. On peut en lire la descrip-

I dans le Catalogue de sa collection, 1744, in- 12,

' DmcripHon de Paris, 1765, in-H», t. 11,^. 127.

ment, par les soins de M. Polonceau, «iii^un ordre longtemps promis par TEmpereur; je veux parier du déplacement de Tare de triomphe du Carrousel, dont Taxe ainsi changé aurait concordé avec Taxe du Louvre et celui des Tuileries ; et Ton s'étonnera moins de tout ce que les ingénieurs américains ^ ou français ont pu, ou pourront désormais tenter en ce genre.

Les autres grandes difficultés de la construction, telles que fondations consolidées après coup, étages bâtis en sous-œuvre, etc., étaient autrefois surmontées avec un égal bonheur. Les travaux entrepris à Paris sous Louis XIV, en 1677, et dans les années suivantes, pour l'agrandissement et Tembellissement de la ville, en offrent plus d'une preuve *. L'abbé de MaroUes, qui rima sur ces

* Un ingénieur de New- York, M. Siméon Brown, réussit, il 7 a quarante ans, à charrier successivement une vingtaine de maisons bâties en partie en briques « et plusieurs fois sans déranger aucunement les habitants ni même exiger qu'on ôtâtlesmeubles.)^ {Revue encyclopédique, t. XX, p. 418.)

* C'est alors aussi que le charpentier Paul Cliquet construisit, pour amener les énormes cymaises du fronton du Louvre, les monter et les mettre en place, la puissante machine dont Sébastien Le Clerc adonné

matières un poëme technique détestable par la forme, mais ou ne peut plus précieux par les détails qui en sont le fond, nous dit par exemple :

On a vu transporter quelques maisons entières D'une place en une autre arec étonnement; Miracle de l'adresse et de Vart seulementt Digne de ce discours en toutes les manières.

3'en ai vu soutenir dans les airs une neuve

Pour faire par-dessous deux étages complets*

Au bout des Peiits-Champg, sur les remparts défiiits,

Qui se peut voir encor, pour en servir de preuve ^.

Quon ne s'étonne pas de nous entendre parler à cette époque de hautes maisons à deux, trois et même quatre étages. On en bâtissait déjà de telles dans tous les quartiers de la grande ville, surtout dans les quartiers populeux. Même avant Mansard, qui fut en cela le parrain et non le père, le petit peuple avait

une gravure et dont on voyait le modelé dans le cabi* net de M. Bonnier de la Mosson. F. le Catàlog%ie, par Gersaint, p. 98-99. F. aussi le Dictionnaire de$ artiitet, par l'abbé de Fontenay, 1. 1, p. 387. — Lea frais furent énormes : rien que pour amener la plus grande de ces pierres, de la montaigne* où elle fut coupée, jusqu'au Louvre, on dépensa 138,000 livres. F. le compte dans la Revue anecdotiquet t. 1, p. 26-27.

* Paris ou la Description succincte de cette grande vtUs. 1677, in-4o, p. 90.

ses mansardes. Depuis que Pierre Lescot avait disposé ainsi les combles du vieux Louvre, les étages supérieurs de plus d'une maison de Paris avaient pris cette forme. Elle était fort en usage sous Louis XIII, seulement ceux qui logeaient si haut ne disaient pas comme aujourd'hui : • J'habite au cinquième, voire au septième étage, » mais « ma demeure est en la cinquième ou en la septième chambre. »

Jhabite en la seconde chambre, Toat yig-à-yis l'hdpital Saint-Gerrais,

écrit Scarron pour dire qu'il loge au second. Pour tout cela, presque riçn de changé quant à la chose, tout quant à l'expression.

On ne s'imagine pas que Rome dût avoir aussi ses maisons à nombreux étages, phalanstères géants du travail ou de la misère ; ses mansardes aussi, refuges riants du poète insoucieux. On a tort : ne pas savoir qu'à deux pas des maisons à terrasses de la voie Sacrée et du quartier des Esquilles se trouvaient les hautes maisons du Yelabre, ayant chacune quelque galetas poétique à son faîte, c'est ne pas connaître Rome, c'est ignorer l'un de ses points de ressemblance les plus directs avec notre grand pandémonium parisien. Lisez

Martial , il vous parlera de sa mansarde * , même aussi, je crois, de son jardinet sur les toits*; voyez Suétone, et vous connaîtrez le morne galetas (meritorium) où se consume de misère et d'ennui Tépouse de Vitellius, attendant que son mari soit devenu empereur *.

C'est à travers ces quartiers que Néron se plut à faire ondoyer la flamme de son immense incendie. Quand tout eut été dévoré, il rendit un édit que, sans le savoir, les édiles de nos jours ont renouvelé dans leurs arrêtés. Défense est faite, on le sait, de construire aucune maison à façade de bois et de plâtre. La pierre seule doit être employée. Néron avait été plus loin : il avait été jusqu'à dire de quelle espèce de pierre on devait faille usage. « C'était, dit Tacite*, la pierre d'Albe ou de Gabie, parce qu elle est à l'épreuve du feu. »

On n'avait pas attendu jusqu'à nos jours pour imiter à Paris ces mesures prudentes de l'édilité romaine. En 1567, suivant une note écrite en 1 7 1 8 ^ la rue de la Juifverie avait été

1 Lib. I, épigr. 109.

2 Lib. XI, épigi-.49.

* Suet., Vitellius, cap. vu.

* Annales, liv. XV, cap. xliii.

s Elle a été donnée dans leBulletin Férussac, Srienca géographiques, t. I, p. 11.

élargie, à la condition expresse que toutes les maisons dont on reculait les façades « auroient face de pierre ou moilon (sic) et non pan de bois. » C'était beaucoup déjà, mais le progrès aidant, on devait encore tenter davantage au xvin« siècle, dans l'intérêt de la sécurité des demeures. Je ne veux pas parler seulement des planchers en for, qui ne sont pas chez nous d'importation anglaise, quoi qu'on en ait dit, mais qui sont bel et bien xme invention toute française, dont un certain Ango s'ingénia le premier en 1782\ je veux parler surtout de moyens plus directement efficaces, de ces procédés à'incombustibilité sur lesquels, malgré les longs détails que je leur ai déjà consacrés', je crois bon de revenir pour un fait qui m'avait d'abord échappé : « On fit, en l'an VII, dans le jardin de l'Elysée-Bourbon , à Paris, l'expérience

1 Odolant-Desnos, Tableau historique de Vinditstrie, Paris, 1829, in-32. p. 71. « Ce sont, dit-il, ces planchers si communs aujourd'hui en Angleterre, d'où l'on croit à tort que nous les avons importés. » Le fer, dès cette époque, était fort employé dans les constructions : le Théâtre-Français, bâti par Louis, en est plein, et en 1730 Brébion s'en servit au Louvre pour le comble du grand salon carré.

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d'une maison de bois rendue incombustible au moyen d'une liqueur dont tout Tintérieur en était enduit. Un feu continuel et nourri pendant plusieurs heures ne put Tendommager*. »

Ces maisons de bois nous rappellent, sauf leur qualité incombustible, celles qu'en 1777, Blanchard s'amusait à faire tout en carton dans son atelier, près les Invalides *. Le comte d'Artois s'était engoué de cette invention, avec cette frivolité active qui le poussait vers tout ce qui était nouveau ou bizarre. Plus tard, en 1783, nous le trouverons se donnant tout entier à une autre manie que la vogue des square à l'anglaise a renouvelée chez nous. Il s'agissait en effet de bâtir, à la façon britannique, sur remplacement du Colisée, toute une petite ville que l'on eût nommée la iViouvelle-Londres, « M. le comte d'Artois, lit-on dans la Correspondance de Métra, est à la tête de ce projet. Tout le terrain lui appartient : il l'a acheté aux entrepreneurs du Colisée et de M. de Langeac. On ne doute pas que ce prince n'obtienne l'agrément du roi, s'il ne Ta déjà.

1 L'Improvisateur françaiSj 1805, in-13, t. XI, p. 133. • Mémoires secrets, t. X, p. 425.

Les maisons ne s'élèveront qu a la hauteur d'un étage au-dessus du rez-de-chaussée ; de larges trottoirs borderont les maisons dans lesquelles les gens à pied entreront sans danger par de petites portes, au niveau de ces trottoirs, et les gens en voiture par de grandes portes derrière. Ghacim de ces charmants réduits ne coûtera que mille écus de loyer ; les quatre principaux seulement, qui formeront les quatre coins d'ime place, au centre de la ville, se payeront deux mille écus*. »

n est dommage que ce projet ne se soit pas accompli : nous aurions tout un riant quartier de plus dans les environs des Champs-Elysées. Mais ce ne fut qu'un rêve, la NouveUe-Londres exista à peine sur le papier. Le comte d'Artois n'y pensa pas plus longtemps qu'il n'avait pensé aux palais de carton construits par Blanchard. En 1777 pourtant, ceux-ci étaient son hochet préféré, à ce point que c'était lui faire sa cour que d'acheter à grands frais quelques-unes de ces maisonnettes mobiles : « Nos princes, disent les Mémoires secrets *, se sont empressés de s'en pro-

* Métra, Correspondance secrète, t. XIV, p. 23G. 2 Tome X, p. 425.

curer, mais surtout cette Altesse Royale, quia commandé un palais, c'est-à-dire ud pavillon de cette manufacture, se démontant, se transportant et s'établissant en peu d'heures partout où l'on voudra. »

Cette maison mobile, se démontant par pièces, était chose nouvelle sans doute quant à la matière employée, mais non pas quant au reste. Il y avait des siècles qu'on connaissait l'art de construire en bois ces sortes de maisons transportables. Au commencement du règne de Charles VI, quand il s'agit d'aller rendre à l'Angleterre invasion pour invasion, on chargea sur la flotte armée pour cette pér rilleuse descente, non pas seulement une maison ainsi combinée, mais toute une ville portative. Il faut lire dans Froissart *, et dans la Chronique de l'anonyme de Saint-Denis*, la description de cette grande cité ambulante, à laquelle rien ne manquait, pas même les murailles crénelées, et « dont, selon Monteil •,

' Édit., in-fol., t. III, ch. xxxv.

* Liv. VI, ch. m, ix. — De tout temps on a fait au Tyrol , dans le Vorariberg, de ces maisons transportables, dont toutes les pièces numérotées se montent et se démontent. (Malte-Brun, Mélanges, t. II, p. 107.)

3 Hist. des Français cfts divers États, 1»"« édit., t. Il, p. 56.

toutes les maisons se démontaient et se remontaient avec la plus grande facilité. »

C'était le chef-d'œuvre de ces grands artisans français, qui se vantaient avec juste raison d'être les maîtres en leur art et d'avoir laissé bien loin, pour la coupe du bois et l'art du trait, les artistes même qu'avait vantés Vitmve. Malheureusement ce fut un chefd'œuvre en pure perte : cette expédition aux formidables apprêts aboutit au même résultat que celle qui , au temps du Consulat, se déploya aussi sur le même rivage avec un si puissant appareil. Par ime coïncidence singulière, Napoléon avait aussi alors sa maisonnette mobile, prête à être embarquée avec lui sur le bateau qui devait l'emporter en Angleterre *. Elle était enfer et sortait de l'atelier du plus habile mécanicien de Paris *. Le premier consul y coucha pendant tout le mois

^ C'est avec des bateaux plats que Napoléon voulait débarquer en Angleterre ; or, sous LouisXI, c'est aussi avec des bateaux plats prêtés par les Hollandais que les Anglais voulurent faire une descente en France. V. Commines , sous la date de 1475 et les Preuves de VHist. de Louis XI, par Duclos, l. IV, p. 428.

' L'Improvisateur français, t. II, p. 343.

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e brumaire aii XII, qu'il passa au camp de Boulogne'.

i L'emploi de la fonte si répandu, si universel aujourd'hui, était déjà connu au moyen âge. {BvUetin de VAlliance des arts, t. II, p. 185.) — Réaumur voulait dès 1726, que l'on fit tout en fer fondu, les choses de bâtisse les plus simples, comme les plus r.mées , serrures, verrous, etc. {Mercure de France, juin 1726, p. 1364.) Les Chinois, en cela, nous ont devancés encore. Il existe chez eux, sur une colline près de Tsing-Kiang-Fou, une pagode de fonte haute de 40 pieds, sur 8 de diamètre à sa base, qui liate de plus de douze siècles. (Echo du Monde SO' vant, 1843, p. 144, et Jobard, Les Nouv. Invent, aux fxposit. univer.f 2« liv., p. 377.) Les Arabes connaissent aussi la fonte depuis longtemps. L'on en a même vu qui savaient comment la rendre malléable {Bihlioth. hritann.f t. X, p. 372.) — Le zinc est aussi d'un usage beaucoup plus ancien qu'on ne pense. Grignon, le minéralogiste archéologue, prétend en avoir trouvé des débris dans les ruines d'une ancienne ville romaine en Champagne. {BuUeUn des fouilles d'une ville romame^ p. 11.) En 1743, Malouin, dans un curieux mémoire, indiquait tout le parti qu'on en pourrait tirer. (Mémoires de VAcadémie des sciences, 1743, p. 70, et 1744, p. 374.) Un peu plus tard, M. Dony le recommandait pour la couverture des maisons. Les Chinois l'ont toujours connu et employé. En Cochinchine, la petite monnaie appelée dâng est en zinc. (Natalis Kondot, Étude pra* tique du commerce d' exportation de la Chine, 1848, in-4, p. 151.)

Depuis cette grande entreprise de la ville de bois de Charles VI, où il se montra si ingénieux et si puissant d'exécution, Tart du charpentier ne dépérit point en France. Il se distingua par d admirables travaux et même par des inventions que notre siècle a été heureux de lui emprunter. Quand Philibert Delorme construisit pour- Henri II, dans le bois de Boulogne, ce rendez-vous de chasse dont le nom, Château de la Meute, s'est sottement changé en celui de Château de la Muette, qui n*a aucun sens, il eut à élever en dômes de vastes combles qui eussent écrasé tout l'édifice s'il eût employé les pièces de charpente qui paraissaient devoir être nécessaires. Pour concilier

enseniljle, dans ce travail, la solidité et la légèreté, il fallait un procédé nouveau, imprévu. Delorme le trouva.

Au lieu de grosses pièces de charpente, il imagina de mettre en œuvre de simples planches de sapin, dont il savait quelle est la force quand, bien agencées ensemble, elles sont posées de champ. Son essai fut on ne peut plus heureux. Il le renouvela toutes les fois qu'il eut à former des combles d'une dimension quelconque, et chaque épreuve lui réussit comme la première. Cependant, lui mort, personne ne reprit son procédé * . Il était totalement oublié depuis deux siècles, quand un de ces hommes, trop rares dans les métiers, qui prennent la peine d'achever, par la lecture des livres techniques de leur art et par Tétude des constructions anciennes, l'apprentissage des ateliers, le menuisier Jacques- André Roubo retrouva le secret perdu et se le rendit propre par la façon hardie dont il le remit au jom* en 1783.

La Halle aux blés, bâtie récemment sur les terrains de Tancien hôtel de Soissons, n'était

* Il Ta expliqué en détail daus son Traité d'archilecturct 1567, in-fol.,chap. de la CharperUerie.

alors qu'une vaste enceinte, à ciel découvert. Les marchands de grains et de farine se plaignaient d'être obligés de s'entasser les jours de pluie sous les galeries circulaires, tandis que la cour du milieu restait déserte et inondée. C^est cette cour qu'il s'agissait de couvrir, mais de quelle manière? Comment arriver à construire ime coupole assez vaste pour abriter solidement ce grand espace, et assez légère aussi pour ne pas faire fléchir les murs de l'enceinte, qui avaient d'abord été construits pour ne supporter aucun poids? Roubo, qui fut consulté, se chargea du travail et réussit. L'ingénieuse résurrection du procédé de Philibert Delorme fut tout son secret. Il ne voulut pour l'aider que deux hommes qu'il savait habiles et hardis comme lui : Albouy,le charpentier, à qui fut confié l'agencement des voliges; et Raguin, le serrurier, qui , chargé de poser la lanterne au faîte de la coupole , eut , pour ainsi dire, à couronner le chef-d'œuvre. « La coupole, — dit M. Boileau dans une notice que, menuisier lui-même, il a consacrée à Roubo son ancien, la gloire du métier, — fut terminée le 31 janvier 1783, après cinq mois de travaux dirigés avec une surveillance si attentive, qu'ils ne coûtèrent pas la vie à un

seul homme. Lorsqu'on plaça cette immense voûte, qui présentait un diamètre de trenteneuf mètres cinquante centimètres, Roubo, plein de confiance dans les conû)inaison8 si bien calculées de son système, voulut, malgré les instances des nombreux spectateurs qu'effrayait son audace, rester sous la corniche de ia plate-forme pour s'assurer si la charpente, abandonnée à elle-même, ne ferait pas quelque mouvement. Tout se passa comme il Tavait prévu. Les étais furent enlevés sans qu'il en résultât le plus léger accident. A la vue d'un pareil chef-d'œuvre, les acclamations furent unanimes ; un battement de mains général salua l'auteur; les forts de la halle euxmêmes, s'abandonnant aux transports de leur joie bruyante, coururent tirer le modeste Roubo de son lieu d'observation, et le conduisirent triomphalement chez lui en le poi' lant sur leurs épaules. »

L'incendie de 1802 détruisit malheureusement l'admirable coupole de Roubo; n^ds (juand on dut la reconstruire, tout en employant d'autres matières plus solides et moins combustibles, on ne recourut pas à d'autre procédé que le sien, et l'on renditainsi nn hommage indirect à l'invention de Philibert

Delormè *, dont, grâce à Touvrier de génie, un chef-d'œuvre avait été le dernier mot*.

Roubo, qui était théoricien aussi intelligent que praticien habile, a laissé de très-utiles manuels, VÉtat du menuisier carrossier, celui

1 On a placé, sur 1-une des parois de la Halle aux blés, le médaillon en marbre de Philibert Delorme ; je voudrais auprès celui du menuisier Roubo. L'architecte à lui seul, sans l'aide de l'ouvrier, eût-il en effet mérité d'y figurer?

* Les anciens avaient un système de voûtes légères auquel on est revenu, et dont Louis fut un des premiers à renouveler l'usage quand il bâtit le Théâtre- Français. Il consistait à alléger la maçonnerie au moyen de petits vases ou tubes de terre cuite évidés et enfilés verticalement les uns dans les autres. Vitruve recommande ce genre de construction (liv. I, chap. x). On remarque qu'il a été employé pour une voûte en quartde cercle pratiquée sous les gradins du cirque de Caracalla: pour le Temple, qui d^vint, en 470, l'église Saint-Étienne-le-Rond, et aussi pour la coupole de Saint-Vital à Ravennes, qui date du xv*" siècle. — On savait aussi dans l'antiquité de quel excellentusageestlecharbonpourempêcherreaudo pénétrer dans les fondations. L'architecte Théodore, selon Diogène Laërce, proposa de l'employer ainsi pour la construction du temple d'Ephèse. « Voilà (îonc deuxmille ans, lit-on dans lai Revue hritann. (nov. 1825, p. 197), que cette propriété du charbon est connue, et cependant nous ne croyons pas que dans les temps modernes on en ait jamais fait l'application. »

du Menuisier en meubles, celui du Menuisier rbéniste, etc. C'est dans ces livres qu'on peut trouver avec sa plus exacte formule le secret de ces travaux délicats, que Ton croirait être un effort du luxe moderne et dont M"« de Genlis s'émerveillait pourtant déjà pendant les premières années de Louis XVI. « Les escaliers sans soutien, dit-elle *, d'une légèreté si hardie, sont une invention de ce temps*, ainsi que les fenêtres sur les cheminées, etc. '. »

1 Dictionnaire des étiquettes, 1. 1, p. 41. — Dernièrement Ton a proposé'de supprimer les escaliers et de les remplacer par une machine qui vous prendrait au rez-de-chaussée et vous porterait doucement au premier, au second, voire jusqu'au septième étage. (L. Figuier, V Année scientifique^ 1858, in-18, 2« année, p. 172-174.) L'invention date de Louis XIY; M. de Villayer, de l'Académie française, l'avait mise à la mode en 1680, et M. le prince s'en servait à Paris et h. Versailles [Journal de Dangeau^ édit. complète avec Jes notes de Saint-Simon, t. III, p. 265.) Un certain M. Thonier avait fait aussi alors une machine du môme genre, mais il s'en trouva mSl. Son escalier ambulant rompit en route, et comme il ne pouvait avoir la ressource de se rattraper aux marches, il se cassa bras et jambes. (Fureferiana, 1696, in-8, p. 159.)

' Entre autres chefs-d'œuvre de ce genre, Roubo avaitfait en acajou plein l'escalier deThâtel Marbeuf, dans le faubourg Saint- Honoré.

* Quant aux cheminées, nous avons déjà tu (t. I,

Puisqu'elle veut parler des choses ingé- , nienses créées de son temps, la marquise devrait en citer davantage. C'est justement les plus curieuses qu'elle omet de mentionner.

Elle oublie par exemple ces stores gracieux dont nous aurions cru non-seulement Tusage, mais le nom tout nouveau, et qu'en 1744 on employait déjà pour les carrosses et pour les fenêtres, ce qui faisait dire à Piron^ dans son Épître à M. de Livry * :

Cest diarme d'ouïr chanter, Sans qu'on ait soin de la cage, Et faarelte et rossignol Nichés sous un beau feuillage Qui sert auprè» du vitrage De store et de parasol.

M"»« de Genlis nous parle-t-elle aussi de ces vernis excellents dont, sans compter le blanc des carmes employé pour les boiseries de Bellévite', on avait trouvé le secret dès 1723, et

p. 46, note) comment Philibert Delorme avait avisé au moyen de les empêcher de fumer. En 1749, Gauger, dans son livre la Mécanique du feu^ in-S», en décrivit une de son invention, qui jouissait du même avantage; enfin sous Louis XV, en connaissait déjà les cheminées prussiennes. {Recueil de découvertes et inventions, 1774, in-8°, p. 184.)

* Edit. in.l2, t. VIIl, p. 73.

^Journal de Bar6t«r, !'• édit., t. III, p.^175. Les carmes s'entendaient aussi fort bien à travailler le II. \Z

— 1iC> —

qui ne le cédaient ni au vernis chinois, ni à celui du Japon, quils prétendaient imiter?

Nous dil-elle un mot d'une foule des choses singulières de ce temps-là, telles que l'étonnante invention du P. Boissier, que Watt se contenta de retrouver quand il prétendit faire des statues à la mécanique * ? « Ces jours derniers, lisons-nous dans la Gazette de France ', le père Boissier, directeur des Célestins de Sens, a eii Fhonneur de faire devant le roi l'essai d'une nouvelle machine de sa composition, avec laquelle, en tournant simplement une mani-

stuc. On voit par les Comptes de la maison du 2?ot, pour 1670, que ceux de Charenton avaient fait touR les stucs du Trianon de porcelaine. — A ce sujet, un mot sur le blanc de zinc, que l'on croit être une découverte récente. Guyton de Morveaû en faisait déjà, en 1782, l'objet d'expériences décisives. Qn lit dans un recueil du temps : « Elles ont eu lieu à l'Acadc^mie de Dijon et ont été répétées depuis à Paris. On peut en conclure que le blanc de zinc a sur celui de plomb deux avantages infiniment précieux. » {Nouvelles de la république des lettres^ année 1786, n® XXX.) En janvier 1848, M. Leclaire proposa, comme chose nouvelle, à l'Académie des sciences, l'emploi de couleurs à base de zinc ; M. Lassaigne réclama, disant que, depuis 1821, il employait ainsi Toxyde de zinc. Personne ne parla de Guyton de Morveau.

» V. plus baut, t. I, p. 3^5.

« n août 17G5.

velle, on exécute promptement différents portraits en bas-reliefs. »

Enfin, M™« de Genlis ne devrait-elle pas avoir ne fût-ce qu'une ligne de mention pour cette table magique'^de Choisy qui, ingénieuse aînée des tables tournantes, allait, venait, paraissait, disparaissait à un geste, toute servie, tout éclairée?

Cette merveille, dont la description dans les Mémoires peut-être un peu suspects de la baronne d'Oberkirch ^ nous a comme ébloui et fasciné Tautre jour, n'a pour nous d'égale qu'un théâtre mobile qui virait Qt pivotait sur lui-même sans efîbrt, fût-il tout chargé de monde. Le modèle s'en voyait à Dresde en 1715, dans une collection d'inventions ingénieuses dont un gentilhomme anglais faisait l'exhibition. Celle-ci est ainsi cataloguée sous le numéro 1 3 dans les Nouvelles littéraires de Dusauzet* : « Le modèle d\m théâtre qui peut être tourné dans un instant par six hommes, y eût-il trois cents personnes dessus. De sorte qu'on peut changer la scène et les décorations en un moment. »

« Tome I, p. 31.

* 1715, in-12, t. I, p. 181. — Nous parlerons plus loin de quelques autres théâtres mécaniques, notamment de ceux des anciens, qui se mouvaient à la vapeur.

On possédait doue au temps passé tout ce que peut créer la main habile de Touvrier; et il n'en fallait pas moins pour dédommager de ce que Ton savait déjà de ses ruses * et de ses exigences '.

^ Dès le xive siècle, on avait si peu de confiance dans les prix demandés par les mai très -artisans pour leurs travaux, qu'on avait dès lors pris Tbabitude de mettre en adjudication les ouvrages à exécuter, et que par toute la ville on les faisait c crier à rabais. » Monteil possédait un acte faisant foi de cet usage à cette époque. [Histoire des Français des divers était, 1" édit., t. II, p. 445.) — Sous Louis XIV, les architectes avaient fort à faire pour réduire les prix portés tur les parties des entrepreneurs. Il passa dans une vente de 1849 un de ces mémoires, rigoureusement rogné par Claude Perrault en 1681. {Catal. d'avtogr., 30 juillet 1849, p. 23.)

< Si le maître tondait ainxi sur la pratique, lui-même

£q Grèce et à Rome, bien que les esclaves ne manquassent point pour entretenir la propreté dans les maisons, on se défiait déjà tel-

était tondu par ses ouvriers. La tyrannie de ceux-ci et les exagérations de salaires ne sont pas choses nouvelles. Les valets de campagne s'en mêlaient euxmêmes. Il fallut, sous Louis XIV, un règlement du prévôt de Paris, approuvé par le roi, pour préserver les laboureurs contre les exigences de leurs charretiers, serviteurs et moissonneurs à gage, qui monopolaient ensemble et ruinaient leurs maîtres. {Recueil A-Z, N, p. 131.) Alors pourtant les ouvriers et les gens de service avaient tous avantages et tous privilèges sur les autres créanciers. (Isambert, Anciennes lois françaises^ t. XV, p. 290.) M. Henri Martin constate à ce sujet la supériorité de l'ancienne législation sur la nôtre : « Il est triste, dit-il, que la civilisation ait reculé au lieu d'avancer à cet égard. » {Histoire de France, l'« édit., t. XII, p. 25.) — Au moyen âge, selon M. Ch. Louandre, et il en donne des preuves, « la théorie de l'égalité des salaires régnait dans toute sa rigueur. » {Revue des Deux-Mondes^ l«r déc. 1850, p. H49 ) — Pour ce qui est du système de la libre concurrence, une inscription grecque retrouvée en 1823 dans la grande Oasis, et publiée par M. Letronne, prouve que les Romains le pratiquaient- « On est étonné, est- il dit à ce sujet, dans les Nouv. Ann. des royages, fév. 18'28, p. 286, de voir un préfet de l'Egypte raisonner, comme le ferait un de nos bons administrateurs, sur l'utilité de la concurrence libre, en matière d'entreprises publiques. »

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