‹ Le vieux Paris universitaireChapitre 19 sur 72 · l)e Disciplina Othonis Brunsfelsii · texte numérisé non relu

l)e Disciplina Othonis Brunsfelsii

50 LE VIEUX PAUIS UNIVEUSITAIHE

temps, les mailres donnaient, dans la tente d'une auberge du bourg, le dîner du grand Landit d'été.

Pour mettre fin à ces batailles souvent sanglantes, aux maladies provenant de l'excès de la chaleur et des libations inaccoutumées, le Parlement limila au nombre de douze pour chaque collège le nombre des écoliers qui devaient accompagner le cortège : ce qui n'empêchait pas leurs camarades des Cholets, d'IIarcourt, de Navarre, de Baveux, de Monlaigu, de Cambrai, etc., de venir, par groupes séparés, jouer de bons tours aux marchands de la foire.

L'arrêt fut publié à son de trompe aux carrefours de l'Université et de la ville. Comme bien on pense, la mesure fut mal accueillie par les étudiants; à Sainte-Barbe, élèves et régents en tête se rendirent au Landit, et au retour mirent le collège à sac. Malgré l'arrêt, les escholiers retournaient au Landit accompagnés des bacheliers et maîtres es aris, qui, au lieu de porter leurs robes longues et chaperons, y venaient en manteaux courts, en chausses chiquetées, épées et dagues.

Le Parlement renouvela ses défenses et ordonna au prévôt de Paris de les constituer prisonniers s'ils étaient trouvés à la foire.

Mais ce qui contribua le plus à l'extinction de celte foire, qui rappelait par son importance celles de Beaucaire, Leipzig et Mjni- Novgorod, ce fut un incendie qui éclata en 1556 dans les logeltes de marchands et obligea la foire de se tenir à Saint-Denis; de plus, l'abaissement considérable du prix du papier, qui fil qu'on pouvait eu trouver partout.

11 ne resta de vestige du nom de Landit que dans le congé que pril, encore longtemps après, l'Université, le lundi après la Saint-Barnabe.

Le Landit, comme foire, existait encore il y a quelques années, mais bien déchu de son antique splendeur. Il étalait de modestes baraques au cours Bagot à Saint-Denis, mais ce n'élail plus qu'une des étapes de saltimbanques et revendeurs qui « font » les fêles de la banlieue parisienne.

CHAPITHE X

Les Petits Collèges. — Sainte-Barbe. -— Montaigu. — Fortet. ■— Les Grassins. Les Escossois. — Les Lombards. — Hubant. — Les Trente-Trois.

Les collèges portaient soil le nom du fondateur, soit celui du diocèse ou pays du fondateur.

La plupart des bâtiments de ces collèges existent encore au versant nord de la montagne Sainte-Geneviève ; à chacun s'accroche un souvenir, s'attache un lambeau de notre histoire.

Mais presque tous ne sont plus que des sépulcres vides; dans deux seulement l'enseignement se donne encore.

Le plus important et célèbre est Sainte-Barbe, qui, seul d'entre eux, a persisté et a grandi jusqu'au jour où, écarté par la concurrence de l'Université et des écoles congréganisles, il a dû avoir recours à l'État. Depuis le 1" octobre 1460, où Geoffroy Lenormant, professeur de grammaire, acheta une maison au versant de la Montagne pour y fonder une petite pédagogie, jusqu'à nos jours, la célèbre maison a passé par bien des tribulations et des avatars. La prospérité de Sainte- Barbe date de Robert du Guasl, ancien curé de Saint-Hilaire, qui donna les fonds nécessaires pour entretenir un principal, un procureur, un chapelain et les boursiers. On peut citer parmi les maîtres : E. Bonnet, Buehanan, Pastel, Fernel, A. Turnèbe, L. Duchesne, Marcile; et parmi les élèves : Inigo de Loi/ola, François-Xavier, les Saint-Gelais, les Du Bellay, Calvin. A la Révolution, Sainte-Barbe fut fermée pendant quelques jours; mais elle fut relevée par un homme éminent, M. de Lanneau, qui en fit alors. un des premiers pensionnats de Paris et dont les élèves suivaient les cours du Prytanée français.

52 LE VIEUX PARIS UMVERSIÏAinE

Dans la rue du Cardinal-Lemoiiie, on voit encore la façade originale et la haute porte de l'ancien collège des Escossois, oh se tient l'institution Chevalier, la plus florissante de Paris. David, évêque de Murray, l'avait fondé en 1323. L'archevêque de Glascow, avec l'assistance de Marie Stuart et des catholiques anglais, l'agrandit et y installa, comme boursiers, des fils d'exilés. En 1661, le principal Barcklay acheta l'ancien hôtel Verberie et y installa le collège, dans la chapelle duquel fut déposé le cœur de Jacques II et où, chaque année, les Anglais jacobites vont en pèlerinage. A la Révolution, le collège fut confisqué comme bien d'émigré et transformé en prison. C'est là que furent enfermés les soixante-deux députés arrêtés à la suite de la journée du 31 mai. Au soir de Thermidor, Sainl-Just y fut détenu quelques heures. Une société fondée par un groupe de professeurs de l'Université d'Edimbourg s'est formée pour racheter ce collège.

Dans le voisinage, un de ceux auxquels se rattachent le plus de souvenirs est le collège de Fortel, fondé en 1391 par Forlet, chanoine de Paris, et dont il reste une tour à hourdis des plus pittoresques. Le collège a eu Calvin comme écolier. C'est d'une fenêtre de celte tour qu'il s'enfuit par les toits au moment où on venait l'arrêter. Ce fut le berceau de la Ligue; c'est dans sa grande salle du rez-de-chaussée que se réunit, en 1583, l'assemblée des quarteniers, des curés de Paris et des prieurs des monastères qui élurent le Conseil des Seize. « Ce collège, dit l'Esloile, eut cette étrange destinée que c'est de lui que sont parties les premières étincelles du calvinisme et de la Ligue. » En face s'élevait le célèbre collège de Montaigu, si redouté des écoliers par l'âpreté de la discipline et l'austérité d'une continuelle abstinence, et dont les bâtiments disparurent, en 18i4, pour faire place à la bibliothèque Sainte-Geneviève. Le collège avait été fondé, vers 1314, par Aiceli?i de Montaigu, archevêque de Rouen; mais il végétait, lorsque le docteur Standonk restaura les éludes et imposa aux écoliers une observance copiée sur les règles monastiques les plus austères. L'écolier portait le froc grossier; il se livrait aux travaux les plus vils, aux labeurs les plus répugnants, « afin de tenir en haleine son renoncement, son humilité, et faire continueltement pénitence ». Il épluchait les légumes, faisait la cuisine, vidait les ordures. Le jeûne était de règle, la nourriture se composait de pain bis, de légumes cuits à l'eau; « on n'y sentait, dit Duchanan, que l'àpre odeur de la poirée ».

LE VIEUX PAMIS LNI VERSITAIllE

Érasme, qui y fui élevé, y eut l'eslomac détruit sans remède par ce régime. Les corrections étaient féroces. Le père Tempeslas fouettant jusqu'au sang avec un martinet garni de nœuds l'écolier coupable de la plus petite faute, a donné naissance à ce vers latin :

Horrida Tempeslas monlem lurbavit acutum.

COLLEGE SAINTE-UAnUE

Les « pauvres escholiers de Monlaigu » étaient salués du nom de capettes, à cause de la forme de leur froc. Mais ce régime de fer releva le niveau des études, et le collège eut une prospérité inouïe.

Au milieu de la rue voisine, de la rue Laplace, on voit une de ces hautes portes qui caractérisent nos petits collèges parisiens. C'était l'entrée du collège des Grassins, ainsi nommé purce qu'il eut pour fondateurs et bienfaiteurs : Pierre Grassin, conseiller au Parlement,

5* LE VIEUX PAHIS U>'I VERSITA IIIE

qui légua Irenle mille livres en 1509; Pierre Grassbi, fils du précédent, qui légua soixante mille autres livres; T. Grassin, qui donna plusieurs maisons, une rente et sa bibliothèque. Grâce à ces libéralités, il fut composé d'un principal, d'un chapelain, de six grands boursiers en théologie, de douze petits en humanités et d'un portier. Les études furent très florissantes en ce collège, qui eut l'initiative de l'impression des palmarès. Parmi les écoliers, il faut citer Doileaii et Champfort. La chapelle, très remarquable, a été en partie détruite par le percement de la rue de l'École-Polytechnique.

A côté, rue des Sept-Voies, est la haute porte du collège de la Merci, qui joua un rôle bien modeste dans lUniversilé de Paris. Il fut fondé en 1515, dans une partie de l'ancien hôtel d'Albret, par les religieux de la Merci. L'enseignement s'y maintint jusqu'au commencement du dix-huitième siècle.

Sur le haut de la montagne se trouvaient les collèges de Huhant et des Trente-Trois, deux bâtiments qui existent encore. Le collège de llubant fut fondé par un conseiller du roi, Jean de Hiibant, qui laissa de quoi entretenir quatre pauvres étudiants, un maître et un chapelain. C'est aujourd'hui un lavoir. Le collège des Trenle-Trois, doni, dans la rue de la Montagne, la haute porte donne entrée à une série de cours et de bâtiments irréguliers, fut fondé en action de grâces de la naissance de Louis XIV par Claude Bernard, dit le pauvre Prêtre, dans les dépendances de l'ancien hôtel d'Albiac. C'était plutôt un séminaire où « trente-trois pauvres escholiers, sans bien patrimonial, en l'honneur des trente-trois années que Notre-Seigneur vescul sur la terre, étaient, dit l'acte de fondation, rendus capables d'eslre promus au sacerdoce ».

La' cour de ce collège n'est séparée que par un mur du collège des Lombards, dont l'entrée est rue des Carmes. Les bâtiments de ce collège sont encore très bien conservés; ils ont bien l'aspect sinistre et morose des édifices scolaires du moyen âge. Au fond de la cour s'élève une élégante chapelle au portail d'ordre corinthien, précédée d'un porche elliptique, décoré de colonnes et de pilastres et portant un entablement terminé par un fronton brisé, dans le tympan duquel on remarque des traces d'armoiries et des devises à moitié grattées ; on arrive néanmoins à reconstituer le texte :

Collegium Bealœ Marise Virginia Pro Clericis Hibernis

In academia Parisiens! studientes

Instauratum anno 1681 Pro Italis fundatum anno 1330.

Ce collège fut fondé, comme le dit l'inscription, en 1330, par quatre Italiens établis en France : Chinni, évêque d'Arras; L'Hôpital, chef des arbalétriers du roi; lietié de Pis t oie, apothicaire, &i Rolland, chanoine à Saint- Marcel, qui lui donnèrent le nom de Maison des paoures escholiers de Notre-Dame.

Onze boursiers devaient y être enseignés et nourris.

L'évêque d'Arras donna sa maison, sise au clos Bruneau.

Au" bout de deux siècles, ce collège fut entièrement déserté, les bâtiments tombaient en ruine, lorsque deux prêtres irlandais, Killg et Magiiin, obtinrent, en 1681, des lettres patentes qui les autorisèrent <à les rebâtir pour y recevoir les

Irlandais étudiant à l'Université de Paris. Michel Servet y enseigna la philosophie.

Le célèbre G. Poslel y occupa une chaire; son enseignement avait lin tel succès qu'il était obligé de professer d'une fenêtre aux élèves entassés dans les cours.

A la Révolution, les bâtiments furent confisqués, mais restitués par Louis XVIII à la Congrégation des prêtres écossais, anglais et irlandais, qui les possède encore.

Page 1