CHAPITRE XI
Les Petits Collèges. — Dormans-Beauvais. — Ramus et la Saint-Barthélémy. — Saint- Michel et le cardinal Dubois. — Les Bernardins. — Cardinal-Lemoine.
En descendant vers la Seine, nous trouvons, toujours dans la même rue qui, avec sa voisine, la rue de Jean-de-Beauvais, était la rue tiniversitaire par excellence, le collège de Dormans-Beauvais, dont il reste encore la charmante chapelle construite en 1380 par Miles de Dormans et dont le roi Charles V posa la première pierre. Celle chapelle, classée dans les monuments historiques, est un précieux spécimen des constructions religieuses au seizième siècle. C'est un des plus gracieux édifices de Paris. Il se compose d'un vaisseau simple terminé par une abside à cinq pans; de hautes fenêtres ogivales à meneaux lui versent une abondante lumière. Les travées de la nef étaient ornées des figures des douze apôtres peintes à fresque sur des médaillons à cinq feuilles. C'était un petit chef-d'œuvre, que nous pouvons encore admirer aujourd'hui, malgré les mutilations subies.
Ce collège avait été fondé par Jean de Dormans, évêque de Beauvais, dans les bâtiments de l'hôtel du Lion d'Or, rue Clos-Bruneau. François-Xavier y professa la philosophie, en 1531, ainsi que le cardinal d'Ossat; y furent élevés Le Maistre, Patru, Boileau, le père A. Arnaud, Le Maistre de Sacy.
Le collège de Beauvais avait été précédé d'un demi-siècle environ par le collège de Presles, auquel il était contigu, et qui fut fondé par le célèbre Raoul de Presles, qui fut avocat au Parlement et secrétaire de Philippe le Bel, pour quinze boursiers natifs du Soissonnais,
comme ceux de Beauvais. Avec le temps, la proximité fil naître des relations si étroites de bon voisinage entre les deux maisons, que, vers la fin du seizième siècle, elles se partageaient les classes, devenues communes aux boursiers de l'une et de l'autre.
En 1344, pendant la peste noire qui dévastait Paris, le collège de Presles, jusque-là très Horissant, devint désert. Le recteur pria l'éminent « maistï'e Pierre de Ramus, noble et savante personne, lecteur ordinaire du roy », dy venir enseigner. Le professeur y consentit, et, malgré le fléau, les élèves accoururent en foule recueillir la parole du professeur éloquent et convaincu qui venait de soumettre au roi un plan de réforme de l'Université des plus remarquables et dont aujourd'hui beaucoup d'articles pourraient être appliqués.
Il demandait que, dans les facultés supérieures, les professeurs fussent astreints à faire eux-mêmes leurs leçons; que, dans la faculté de médecine, on substituât aux argumentations scolastiques l'élude clinique, et que les gages des professeurs fussent assignés, non sur les honoraires exigés des pauvres étudiants, mais sur les biens des moines. 11 n'en fallait pas tant pour s'attirer bien des haines; il fut menacé de mort; il
aurait pu l'éviter, il préféra rester à deux pas du bûcher de Dolet fumant encore. Comme platonicien, comme huguenot, il devait trouver la mort à la Saint-Barthélémy. Les massacres étaient terminés lorsque des bandits conduits par son rival Charpentier — la haine des cuistres! — saccagèrent le collège, brisèrent les portes et trouvèrent Ramus, qu'ils poignardèrent; ils jetèrent ensuite le cadavre par les fenêtres et, après l'avoir « frappé d'escourgées », le traînèrent jusqu'à la Seine à travers les fanges de la place Maubert.
Le célèbre Rollin fut principal des collèges réunis; il en fit un établissement de premier ordre. Mais, après la mort de Coffin, son successeur éminent, le collège ne fit que décroître; il fut l'éuni à Louis-le-Grand, et les bâtiments vendus aux enchères.
De l'autre côté de la place Maubert, au bas de la rue de Bièvre,