CHAPITRE XIH
L'expulsion des Jésuites. — Arrêt du Parlement. — Louis-le-Grand, siège de l'Université.
Au milieu du dix-huitième siècle, la plupart des petits collèges fondés dans le Pays latin ne pouvaient plus remplir le but de leur institution. Grâce à la médiocrité de leurs revenus, qui avaient progressivement baissé, et à la mauvaise administration, la décadence, dès le seizième siècle, fut rapide. Au siècle suivant, la plupart des collèges ne possédaient plus qu'un ou deux boursiers, et pour entretenir ces élèves certains principaux étaient obligés de mettre une partie du collège en location.
Les Jésuites d'ailleurs, par la nouveauté de leur enseignement, la douceur de leur discipline, leur savoir-faire insinuant et câlin, leur avaient porté des coups terribles.
IMais, en 1762, ceux qui avaient tant proscrit furent expulsés de France, aux applaudissements du pays tout entier. Leurs biens furent affectés au payement de leurs dettes. Cependant un arrêt du Parlement déclara « tous les bâtiments et terrains composant le collège que les ci-devant soi-disant Jésuites occupaient rue Saint-Jacques, ne pouvoir être employés, suivant leur destination, à autre usage qu'à l'instruction publique ».
Le 21 novembre 1763, sur le rapport de MM. Rolland, Roussel de la Tour et de Laverdy, officiers du Parlement, des lettres patentes du roi ordonnent la réunion, dans le collège Louis-le-Grand, des boursiers de tous les collèges de Paris qui n'ont plus le plein exercice.
Dans le préambule de ces lettres, le roi déclare « qu'il veut former
dans le collège Louis-le-Grand une pépinière abondanle de maîtres dont l'État a besoin ».
Le principal considt^rant de l'arrêt de 1763, c'est que les petits collèges sont chargés d'un passif énorme, qui se compose de quatre cent cinquante mille livres de rentes et de deux cent quarante mille livres de dettes.
On nomma un bureau permanent d'administration chargé de veiller aux intérêts des boursiers, divisé en quatre départements et composé
COIXËK-E DE LCriS ILE GRAND
du recteur, de cinq professeurs éraériles, du syndic et du principal du collège.
Louis-le-Grand devint donc le chef-lieu de l'Université; c'est dans ses salles que furent transférées la halle au parchemin, les archives de tous les collèges et la bibliothèque de l'Université.
Celte réunion amena la suppression de vingt-six collèges, dont les revenus étaient presque anéantis. Les bâtiments de tous ces collèges furent vendus, les fonds versés dans la caisse de Louis-le-Grand, et la liquidation faite aux dépens et au nom du collège.
Elle laissa à Louis-le-Grand quatre cent cinquante livres de renies, avec lesquelles on pourvut aux bourses en leur affectant des fonds inaliénables et susceptibles d'augmentation avec le temps; aussi le nombre des bourses, qui n'était d'abord que de cent quatre-vingt-
LE VIEUX PAUIS L'MVERSITAIRE
cinq, fut porté à quatre cent quatorze, pour s'élever plus lard à six cents. L'inauguration solennelle eut lieu le 20 novembre 176i.
Jusqu'à la Révolution, ce collège central fut en possession de toutes les immunités que la faveur de Louis XIV avait accordées aux Jésuites; il ne payait aucun droit sur le sel et le vin nécessaires à sa consommation.
Le collège avait huit professeurs, nourris et payés cinq cents livres par an, un principal, deux maîtres répétiteurs et régents, un chapelain.
Huit collèges qui avaient le plein exercice furent maintenus : Lisieiix, le Cardinal-Lcmoine, la Marche, les Grassins, Montaigu, Navarre, Harcourt et les Qiialre-Naiions. Ils disparurent avec la royauté, sauf Louis-le-Gratul, dont les classes ne furent jamais interrompues.