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CHAPITRE XIV

L'École de médecine. — Dne « bone reine ». — Le collège de la comté de Bourgogne. Les Prémontrés. — L'Académie de chirurgie. — Jeanne de Bourgogne et Buridan. — La tour de Nesles.

On vient d'afficher la mise en adjudication des derniers travaux pour l'achèvement de l'École de médecine, dont l'agrandissement aura pris un temps double de celui du siège de Troie. Nous n'allons enfin plus voir ces vieux pans de mur, évenlrés, zébrés des raies noires des cheminées, ces blocs de pierre énormes, ces chantiers presque vides, cachés par des clôtures diaprées d'affiches. , L'École de médecine fut bâtie sur l'emplacement du collège de Bourgogne, fondé en 1330 par Jeanne de Bourgogne, palatine de Franche- Comté, reine de France. « Cestebone roine, dit le vieil historien comtois Gollut, mérite éternelle louange de tous les gens de bien. »

Or, cette ^o?2eromen'élailau(re que la fameuse Jeanne qui, dit Villon,

commanda que Buridan

Fust jecté en ung sacq en Seine.

Cette souveraine vendit la tour de Nesles qu'elle avait illustrée, et en appliqua le produit à la fondation du collège de Haute-Bourgogne (Franche-Comté) « pour y nourrir vingt pauvres escholiers séculiers et réguliers devant étudier in logicatibus et naturalibus seulement », ce qui donnait à cet établissement un caractère exclusivement laïque.

Ces écoliers recevaient trois sols par semaine; ils devaient être de « bonnes mœurs et esprit, capables de la philosophie ». Ils mangeaient en commun, devaient assister chaque malin à la messe et fêter, le 30 janvier, l'anniversaire de la mort de leur fondatrice.

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Vers 1000, le collège commença à décliner; à celle époque, les fondalions universilaires du quatorzième siècle ne suffisaient plus; il languit; chapelains et boursiers étaient réduits à une portion de plus en plus « congrue », jusqu'à l'édit de 1703, rendu après l'expulsion des Jésuites, qui réunit la maison au collège de Louis-le-Grand.

L'Académie de chirurgie fit, en 1709, l'acquisition des bâtiments, qui tombaient en ruine. L'architecte Gondouin y fit élever le temple gréco-romain que nous voyons aujourd'hui. La nouvelle école ne servit d'abord qu'aux chirurgiens ; mais, pendant la Révolution, on y appela les médecins; les frères, jusqu'alors ennemis, y vécurent en bonne confraternité. Les vieux bâtiments de la rue de la Bûcherie et l'installation provisoire de la rue du Clos-Bruneau ne pouvaient, en effet, suffire à l'enseignement de la médecine; l'École y était plus à l'étroit que l'Académie de chirurgie dans son amphithéâtre de Saint-Côme.

La première thèse y fut soutenue le 31 août 1770. L'édifice devint bientôt insuffisant; on dut l'agrandir considérablement. Ces additions ont entraîné la démolition de la chapelle et du couvent des Prémontrés et la suppression de toutes ces vieilles rues de si curieux aspect, la rue Larrey, au coin de laquelle, près de la maison de .Ma rat, s'élevait une si élégante tourelle, la rue du Jardinet, serpentante et sinueuse, où, par-dessus les murs, tant d'arbres passaient leurs têtes ébourilVées et fleuries.

Le collège des Prémontres, dont les derniers débris viennent de tomber sous la pioche, avait été fondé sous saint Louis par Jean Ablée, pour fournir aux jeunes religieux de l'ordre les moyens d'étudier à Paris et d'y prendre leurs degrés. Le successeur de Jean acheta plusieurs propriétés, notamment une maison appelée Pierre Sarrazin, dans la rue Ilautefeuille, et y fit édifier les bâtiments ainsi qu'une chapelle, qui fut, en 1018, reconstruite sur un plan plus vaste.

Supprimé en 1790, comme tous les établissements religieux, le collège des Prémontrés fut vendu en plusieurs lots, et les bâtiments convertis en maisons de commerce, d'industrie ou d'habitation.

Dès le commencement de la Révolution, l'éditeur Pankoucke se rendit acquéreur d'un grand corps de bâtiments, et il y emmagasina sa volumineuse Encijdopùdie. Dans le chœur de la chapelle, qui fut entresolé, s'installa, vers 1830, un café qui devint célèbre aa Quartier latin, sous le nom de café de la Rotonde. Il était fréquenté par des professeurs, des universilaires, des académiciens qui ne buvaient que

des verres d'eau à la fleur d'oranger, dégustaient la Revue des Deux Mondes; on y parlait peu, on n'y fumait poini; les garçons avaient des chaussons de lisière, et le sexe auquel M. Legouvé doit sa mère n'y était point admis.

Au-dessus était un vaste hall qui servait d'atelier à Courbet. C'est sous ces voûtes qui ont si longtemps entendu retentir les pieuses cantilènes des novices de la docte abbaye de Prémontrés en Laonnois que — extraordinaire retour des choses d'ici-bas — le maître d'Ornans a peint le Retour de la conférence et tant d'œuvres qui n'ont pas en général un caractère monastique et mystique très prononcé.

La superficie de l'ancienne école a été plus que quadruplée; elle ne comprenait jadis que quatre corps de bâtiments environnant une cour d'honneur de vingt-deux mètres de profondeur sur trente-deux mètres de largeur.

Une façade monumentale, mais d'un aspect triste et froid, a été élevée sur le boulevard Saint-Germain. C'est là qu'est installée la magnifique bibliothèque de l'École, qui contient cinquante mille volumes. Au-dessous est la superbe salle d'assemblée de la Faculté où se passent toutes les cérémonies universitaires, moins pittoresques que celles de l'ancienne Faculté dont Molière n'a fait que copier le cérémonial solennel, pompeux et burlesque.

Au coin de la rue Ilautefeuille est la pharmacologie, où nos Esculapes en herbe — c'est le mol — apprennent la vertu des simples. A côté, la chimie aligne ses flacons où se prélassent les sels divers, les acides multicolores, les bases variées, et portant sur le ventre des formules cabalistiques. Où étaient les Prémontrés sont les salles d'examens et même la cour des Étudiants, que, dans sa sollicitude extrême, M. de Cumont voulait faire sabler pour que, en jouant aux barres, les escholiers du lieu ne se pussent blesser.

De l'autre côté, dans le pan coupé du boulevard Saint-Germain, sont les bâtiments d'administration et l'appartement du Doyen qui dirige cette grande manufacture d'où chaque année trois mille jeunes morticoles, âpres à la curée, viennent s'abattre sur notre humanité.

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