CHAPITRE XV
Le collège de Sainte-Catherine du Val des Écoliers. — Les collèges de la rive droite. Las sergents d'armes de Monsieur saint Loys, roi de France.
Tandis que la rive gauche élait le Pays latin par excellence, le siège des écoles, des collèges, des imprimeries, des librairies, la rive droite était vouée à l'industrie, au négoce. Sur la rive droite, il n'y eut guère comme écoles que les écoles de Saint-Germain-l'Auxerrois et le collège de Sainte-Catherine du Val des Ecoliers.
La fondation de ce collège eut pour origine une transaction faite entre les chanoines de Sainte-Catherine et les sergents d'armes du Roy.
Ceux-ci, qui étaient la garde du roi, avaient fait vœu, à la sanglante bataille de Bouvines, où ils étaient chargés de garder un pont, si la victoire se déclarait en faveur de Philippe-Auguste, qu'ils voyaient en grand danger, de faire bâtir une église en l'honneur de sainte Catherine. Mais les pauvres sergents d'armes avaient meilleure volonté que grandes finances : ils s'adressèrent au roi, qui fit la sourde oreille; « ils ne trouvèrent pas, dit un vieux chroniqueur, en sa personne, toute la promptitude et les dispositions qu'ils s'étaient imaginé ».
11 mourut, et son fils ne se soucia guère, lui non plus, du vœu des braves sergents, qui craignaient fort le courroux de « Madame Katherine, vierge et martyre ».
Ils furent plus heureux avec la mère de saint Louis, régente de France, Blanche de Castille, qui donna trois cents hvres; un bourgeois de Paris, Pierre de Bronne, leur donna un terrain de trois arpents situé près de la place Baudoyer; Groslay, archidiacre de Reims, et deux Templiers augmentèrent ce fonds par des libéralités. Saint Louis
dola la nouvelle église « de vingl livres parisis de rente, d'un muid de blé h prendre tous les ans à la foire de Gonesse, de deux milliers de harengs, le jour des Cendres, à la foire des Brandons, de deux pièces d'étoffe de vingt-cinq aulnes chacune, l'une blanche et l'autre noire ».
Les sergents d'armes firent ensuite un accord avec les chanoines du Val des Écoliers. C'était une congrégation de quatre célèbres docleurs delà faculté de Paris, qui, dans un accès d'ascétisme fréquent à celte époque, s'étaient retirés, avec Irente-sept écoliers, dans un val- Ion désert de la Haute-Marne, « pour y embrasser la règle de Saint- Augustin et les statuts de la congrégation de Saint-Victor, alors très austères, et devenir les véritables escholiers de Jésus-Christ ». Ils étaient vêtus d'une chape noire au haut de laquelle était cousu un capuce pointu, et ceints d'une ceinture de cuir avec bande.
Ces religieux, qui, probablement, trouvaient la pénitence trop dure et le Val trop désert, « se transportèrent incontinent à Paris; l'évêque de Paris refusa leur établissement ». Le pape, à qui ils s'adressèrent, leur donna l'autorisation.
L'évêque fut obligé de s'incliner, et saint Louis posa la première pierre du monastère.
Les sergents d'armes s'érigèrent en confrérie, dans laquelle on ne pouvait être admis qu'en donnant deux francs d'or lors de la réception, et un tous les deux ans.
Après les funérailles de chaque sergent d'armes, son écu et sa masse étaient appendus dans l'église, ainsi que sa bannière et celles qu'il avait prises à l'ennemi. Chaque mardi de la Pentecôte, les confrères dînaient dans l'église, où ils avaient droit de sépulture. Ils firent placer au-dessus du portail une pierre portant cette inscription :
A la prière des Sergents d'armes, Motisievr Saint Loys fonda ceste église et y mist Içi première pierre. Ce fut pour la joie de la victoire qui fiisl au pont de Bovines, l'an 12 f 4. Les Sergents d'armes pour le tems gardaient ledit pont, et vouèrent que, si Dieu leur dotinait victoire, ils fonderaient une église en l'honneur de Madame Sainte Katherine. Ainsi fut-il !
Les écoliers furent admis aux degrés dans l'Université. Ils suivaient, sous la direction de leurs docteurs, les cours du collège des Bernardins, mais le trajet était long et semé de périls.
En 1607, le général de la congrégation dut faire la réforme, « car,
dit le pieux chroniqueur, ces bons religieux, dans l'amollissement de la capitale, s'étaient relâchés de la régularité primitive ».
Les écoliers vivaient d'aumônes et souvent de rapines. Rutebœuf dit d'eux, dans les Ordres de Paris :
Li vau des escoliers m'enchante Qui quièrent pain et si ont rante Et vont à cheval et pied.
Les maréchaux de Champagne et de Normandie furent enterrés dans l'église; c'est sur les marches de celle-ci, contée un calvaire de pierre, que l'on exposa, en 1358, les corps d'Etienne Marcel, le grand prévôt des marchands, et de cinquante-quatre de ses partisans assassinés près de la première porte de la Bastille.
C'est dans le cimetière du Moustier que furent jetés dans une fosse Nicolas Desmarets et d'autres victimes de la réaction de 1383,
En lo83, la chapelle de Sainte-Catherine fut le théâtre d'un pugilat entre M.M. de la Cour des aides et les conseillers de la Chambre des comptes. Simple question de préséance.
C'était à l'enterrement du cardinal de Birague, qui s'était retiré dans la maison priorale de Sainte-Catherine et y était mort.
« 11 demeura trois jours exposé en habit d'évêque et de cardinal, ayant à ses pieds son habit de pénitent, avec la corde, la discipline et le chapelet. Il était Italien de naissance et de religion, dit un historien, bien entendu aux affaires d'Estat, peu en celles de la justice; d'un savoir très médiocre, libéral, voluptueux, homme de tems, esclave des volontez de son prince; disant souvent qu'il était chancelier, non du royaume, mais du roy; il avait été l'un des inspirateurs de l'exécrable Saint-Barthélémy. Il avait été marié à Valentine Balbiani, de laquelle il eut une fille, morte sans postérité. Le mardi G décembre, il fut inhumé en grande pompe dans sa chapelle, à Sainte-Catherine. Les princes de la maison de Bourbon et de Guise menèrent le deuil, suivis des cours souveraines, du prévost des marchands, eschevins et conseillers de ville et de l'Université. Ce fut le premier de la royale confrairie des pénitens qui mourut. Les confrères assistèrent à ses funérailles, et le roi mesme en habit de pénitent.
« Messieurs les conseillers d'État, Messieurs les chevaliers de l'ordre du Saint-Esprit et les maréchaux de France prétendaient précéder le Parlement.
« Messieurs les maîtres des requêtes prétendaient porter les deux bouts du drap mortuaire avec deux des présidens du Parlement, et Messieurs des Comptes prélendoient marcher à côté gauche du Parlement.
« Devant la fontaine Saint-Paul, rue Saint- Antoine, les conseillers de la Chambre des comptes se portèrent vivement à gauche et voulurent faire déguerpir les membres de la Cour des aides. Il y eut un échange de coups de poings que fit céder à grand'peine le premier président du Parlement, aidé d'une compagnie de piquiers'. »