LA SORBONNE
le progrès, la liberté, au milieu des goupillons de la Restauration, des matraques des argousins de Louis-Philippe et des mitraillades de Décembre.
Depuis longtemps on avait reconnu l'insuffisance des locaux attribués au chef-lieu de l'enseignement dans la capitale. A partir de 1870 surtout, la reconstitution des Facultés avait été considérée comme une des premières réformes à entreprendre; on a compris qu'à ce prix seul pouvait être relevé noire enseignement national.
Après de longs tâtonnements et d'interminables pourparlers, l'État, la Ville, l'Académie, le Département, se mirent enfin d'accord, et, en 1885, le projet de M. Nénot fut adopté.
Les travaux commencèrent immédiatement ; on posa la première pierre de la façade de la rue des Écoles.
Là fiirenl installés ce qu'on pourrait appeler les services d'honneur de la Faculté : grand amphithéâtre, bureaux de l'Académie, secrétariat. Cette partie comprend un bâtiment central et deux pavillons.
Le premier est percé de sept portes donnant accès sur un vestibule monumental où se trouvent, cà gauche, la statue d'Archimède par Falguière, cà droite celle d'Homère par Delaplanche. Huit autres statues décorent la façade, d'un style trop sévère, trop massif et trop lourd.
Quatre escaliers partent du vestibule; ceux des extrémités aboutissent aux salles de cours et aux bureaux de la Sorbonne. Ceux qui s'élèvent au centre sont monumentaux ; ils décrivent un circuit comme celui de l'Opéra, et ils donnent accès à un vaste atrium d'architecture moderne.
Dans divers compartiments sont racontées par M. Flameng les différentes phases de l'Université parisienne : la fondation de la Sorbonne par saint Louis, l'enseignement d'Abélard sur la docte montagne Sainte-Geneviève, la création de la première imprimerie de Géring, la Renaissance française, la Réforme de l'Université par Henri 11, et, au milieu d'un paysage du Paris de Louis XIII, la pose de la première pierre de l'église de la Sorbonne par Hichelieu.
L'atrium donne entrée aux gradins supérieurs de l'amphithéâtre et à la salle du conseil académique. Dix-huit balcons permettent de plonger les regards au-dessus des deux grands escaliers. Les balustrades en fer forgé et en cuivre ciselé sont d'un beau travail.
En façade sur la rue Saint-Jacques, où se trouvent une série d'édicules, sont situés la bibliothèque de l'Université, l'amphithéâtre de la Faculté des Sciences, les salles de l'école des Hautes Études, les amphithéâtres de la Faculté des lettres, et la haute Tour de l'Astronomie, qui émerge du rectangle sorbonnique.
L'amphithéâtre des Lettres peut contenir huit cents étudiants. Il est de forme elliptique; la bibliothèque est merveilleusement disposée pour la commodité des lecteurs et la rapidité des services.
A côté est la] salle de botanique, dont la paroi orientée au nord est constituée par une énorme glace de six mètres de haut sur vingt-trois mètres de large.
Sur la rue Cujas sont installés la plupart des services de l'Académie des sciences; le « clou » de cette partie du monde sorbonnique est la Tour de la Physique, que les badauds prennent pour un postevigie de sapeurs-pompiers. Un puits profond de trente mètres et le
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prolongement de celte tour mettent à la disposition des physiciens une verticale de soixante-quinze mètres pour les grands manomètres et des expériences sur la chute des corps. A côté, amphithéâtres de physique, chimie, physiologie, minéralogie, géologie.
Sur la rue Victor-Cousin sélève un monument qui est de beaucoup le plus réussi de l'ensemble des édifices. Sur la rue de la Sorbonne, attenante à l'église, est installée l'École des chartes, qui vient d'émigrer des Archives nationales, rue des Francs-Bourgeois. Le pavillon est spacieux et parfaitement aménagé. Deux ailes nouvelles sont destinées à renfermer les annexes de la bibliothèque (galerie des professeurs, salles des périodiques, des manuscrits), les salles de conférence de la Faculté des lettres, et les mulliples salles où, devant .Minos, Éaque et Hhadamanle, de malheureux éphèbes vont passer, à chaque renouvellement des saisons, des épreuves redoutables ou subir des interrogatoires homicides.
Dans l'aile formant le fond de la cour d'honneur, on a rétabli, tel qu'il se trouvait encore il y a quelques jours, le vieux cadran solaire qui marqua les heures pendant tant de longues années aux martyrs du bachot, tel :
... Le vieux cadran de fer
Qui sonne L'iieure aux damnés d'enfer.
Au fond du parvis se dresse intacte la vieille et élégante façade de la chapelle.
Curieuses destinées de ce monument, affecté aux Facultés, auquel manque précisément celle de théologie, pour laquelle seule il avait été fondé.