‹ Le vieux Paris universitaireChapitre 31 sur 72 · COLLEGE DE LISIEUX · texte numérisé non relu

COLLEGE DE LISIEUX

cine et es aris. lis n'appartenaient pas, pour la plupart, h des congrégations religieuses, et leurs rapports avec les gais compagnons de la basoche les avaient fort émancipés. Aussi la fustigation, ceite punition des étudiants d'alors, sévissait fort à l'école de la rue Jeaa-de-Beauvais. Au milieu du dix-liuilième siècle, l'école menaçait ruine. L'intendant Trudaine fit faire par Soufflot les plans de la nouvelle école, qui, lourde, sans goût, ne fait guère honneur à l'architecte du Panthéon. Le o décembre 1773, le nouvel édifice fut inauguré en pompe et solennité. Après un Te Deum chanté en grand appareil à la nouvelle église Sainte-Geneviève par l'archevêque de Paris, le corps des professeurs et des docteurs régents revêtus des chapes, barrettes et autres insignes de leurs fondions, et précédés des bidels et davic/ers aux verges d'or et aux fasces d'argent, viennent prendre séance au grand amphithéâtre.

Le Tout-Paris officiel d'alors : intendants, corps de ville, professeurs, savants, généraux, avait été convié. On distribua des dragées et des confitures aux dames, et on procéda en grande cérémonie, pour donner plus de lustre h la fête, à la doctorizatio — remise du bonnet — à un nouveau docteur, Edmond Martin, qui, par galanterie ou malice, dédia sa thèse à Viclimœ Pietatis, à la fille de Jephté que le vœu imprudent de son père consacra vierge et martyre.

Un docteur moderne qui, à une thèse de doctorat, ferait une dédicace de ce genre aurait un certain succès de fou rire.

Par la construction de ces nouveaux bâtiments, la surface de l'École de droit se trouve b. peu près doublée. Une superbe bibliothèque et deux grands amphithéâtres ont été aménagés.

Les nouveaux bâtiments s'ouvrent par trois portes monumentales rue Saint-Jacques. Ils se composent essentiellement d'une large galerie des pas perdus reproduite à chacuu des deux étages et qui limite, d'une part, vers la rue Souffiot, des amphithéâtres et des salles de doctoral, d'autre part, vers la rue Cujas, la bibliothèque nouvelle, grande et belle salle qui remplace avantageusement le petit local auquel on accédait récemment par la rue Cujas. Au deuxième étage, une salle des fêtes curieusement décorée s'étend sous les toits mêmes, doublée d'une large galerie de dégagement.

Enfin, dernière expression d'un renouveau printanier, les nouvelles galeries et les salles neuves, ornées de faïences polychromes, sont éclairées à la lumière électrique.

Du côté de la rue Soufdot, le bâtiment n'est que le prolongement de l'aile primitive, si indigente et si nue. L'architecte a dû en conserver les lignes et le caractère.

Sur la rue Saint-Jacques, la façade ne manque pas d'un certain caractère de sobriété et d'élégance. Les portes et leurs encadrements de feuillage sont surtout remarquables : elles sont surmontées de lions, de licteurs et de cartouches de grande allure.

L'architecte, qui est un homme du talent le plus prime-sautier et le moins pompier, M. Lheurcux, a dû obéir au passé et suivre l'architecture froide, compassée el tombale de Souftlot, qu'au siècle dernier on avait déjà critiquée fort. 11 ne pouvait s'écarter de la ligne austère el adosser au monument rigide et étriqué de l'architecte du Panthéon une façade où il aurait prodigué les fantaisies charmantes d'un art qui ne s'enferme plus dans les règles de l'écolo.

Mais où s'est rattrapé l'élève du grand innovateur Labrouste, le disciple de Viollet-le-Duc, c'est dans l'aménagement, la décoration intérieure.

Ici, il pouvait se livrer, sans offenser Sa Majesté la ligne droite, à toutes les variations de sa fantaisie artistique ; il pouvait mettre au service de l'art tous les perfectionnements modernes, utiliser toutes les ressources de l'industrie. L'architecture ancienne, comme au temps des Pélasges, ne sait se servir que de la pierre et du bois; elle ignore le fer, la faïence, le verre, etc.

Le morceau capital, le clou de la nouvelle École, c'est la bibliothèque, un 1res spacieux hall rectangulaire qui reçoit le jour, comme à la Bibliothèque nationale et au Dritish Mmeum, par une coupole garnie de verres au ton grisâtre, qui tamisent la lumière trop crue.

La voûte de cette coupole est d'une bardiesse élégante et sobre avec ses briques rouges, qu'encadrent des mosaïques émaillées. Elle a, comme support, des arcades métalliques en acier bruni, d'une courbe gracieuse, et peintes de couleurs éteintes et pâles. Dans le pourtour, des lampes électriques versent des torrents de lumière sur les travailleurs, assis à des tables confortables et larges, où peuvent s'entasser tous les Digestes et les innombrables recueils de lois qui ont poussé sur notre vieille terre de France et qui suffiraient pour régir tous les mondes d'Épicure.

Le long des murs s'aligne Tarmée innombrable des bouquins, commentaires variés sur le Droit, la Loi et l'Équité, ad mttni studiosx

juventutis. Depuis la loi de Moïse, de Pylhagore et ùe% Douze Tables, jusqu'aux derniers Commentaires sur l'instruction criminelle, tout y est, le pour et le contre, la glose et l'épiglose, la thèse et l'antithèse. Avec une goutte de toute cette jurisprudence distillée, vous pouvez faire plaider en divorce Philémon et Baucis, brouiller Damon et Pylhias, faire condamner Cambon comme voleur, Bossuet comme hérétique, Jeanne d'Arc comme adultère.

On les voit tous, là-bas, au nombre de soixante mille, au fond de -ces cinq baies, renfermant sous leur parchemin le venin qui empoisonnera la flèche que lancera l'avocat.

Tout est large, spacieux, vaste, aéré. Au lieu de ces petits locaux étroits, obscurs, tristes, oh. nous allions, dans notre pristine jeunesse, écouler de doctes leçons, de belles salles claires, agrémentées de mosaïques, oti l'escholier est commodément assis à une tablette pour recueillir verba magistri.

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