COLLEGE DES JESUITES
ments mondains qui fleurissent aux collèges jésuiles; ces remarquables éducateurs s'attaquaient au pédantisme et s'ingéniaient à rendre aux écoliers « l'étude plus agréable que le jeu et les divertissements ».
Ainsi comprise, l'éco'e n'est plus un lieu de réclusion et de contrainte, une « geôle de jeunesse captive », comme disait Montaigne; l'étude n'a plus rien de rébarbatif ni de rebutant. L'enfant n'y est pas conduit et dirigé à l'aide de punitions et de pensums, mais par le sentiment de sa dignité, de son devoir vis-à-vis de lui-même, par l'attrait même des connaissances, qui lui sont présenlées sous un tour aisé el facile ; enfin par un mobile plus haut encore, par le désir de satisfaire des maîtres qu'il aime, et de les récompenser par ses pro-
grès de la peine qu'ils prennent à l'instruire. Voilà le principe supérieur de l'éducation : l'affection du maître pour l'élève, celle de l'élève pour le maître; elle rend toute tâche facile et pour l'un et pour l'autre, elle rend légère la chaîne ailleurs si pesante de l'écolier.
Cet enseignement simple et austère forma des hommes comme les Dignon, du Fossé, de Liiynes, Tillemont, Saint-Ange, Harlay, Wallon, Desseaux et Racine, qui gardèrent la forte empreinte du jansénisme.
Devant celte prospérité grandissante, cette concurrence qui menaçait de devenir dangereuse, les Jésuites « furent animés, dit Racine, à la destruction de Port-Royal, et crurent devoir tenter toute chose pour y réussir ».
On sait ce qui fut fait. Les écoles furent fermées. On dispersa les religieux au fond des cloîtres, on chassa en exil les Solitaires, on détruisit de fond en comble Port-Royal, on jeta à la voirie les cendres de « Messieurs ». Les Jésuites se montrèrent plus féroces que contre les Réformés.
Après la ruine de Port-Royal, détruit, fouillé, rasé jusque dans ses tombes, plusieurs communautés héritèrent de son esprit et continuèrent ses traditions; en première ligne vinrent les Oraloriens. M. de Bérulle, leur premier général, était un ami de Sainl-Cyran.
Les Jésuites, craignant de voir une concurrence nouvelle, essayèrent de détruire l'ordre de l'Oratoire comme ils avaient fait de Port-Royal. Le père Lotellier, l'exécuteur des basses œuvres de la secte néfaste, tenta un grand coup; il écrivit au roi :
« L'institution de l'Oratoire est formée sur un projet tout à fait séditieux et opposé à la forme de l'État. Une communauté sans vœux ne fait qu'entretenir l'esprit d'indépendance et de liberté. L'esprit de l'Oratoire est entièrement opposé à la religion romaine, et surtout à la monarchie. Les pères de l'Oratoire sont très insiruits de la politique du peuple, ils rapportent tout au peuple, excellents personnages dans une république, mais mauvais sujets du Roi.
<> Il faut donc détruire totalement l'institution de l'Oratoire, et c'est à quoi il faut travailler au plus tôt. »
Celle fois, la haine des Jésuites ne fut pas assouvie; les Oratoriens avaient de chauds défenseurs à la cour, il furent protégés.
Ce fût des collèges de l'Oratoire que sortirent nombre d'hommes qui jouèrent un rôle dans la Révolution française et dans les luttes du
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parti libéral, sous la Reslauralion ; Fouché, Dillaud- Varennes, Grégoire, Lanjuinais, Rémusat, lîoyer-Collard, de Bavante, elc.
La tradition de Port-Royal est restée toujours vivace à l'Oratoire; c'est la seule institution ecclésiastique favorable à l'Université ; elle envoie ses élèves aux cours des lycées et a pour doctrine, comme le dit un de ses membres les plus distingués, « qu'entre l'enseignement des Pères Jésuites et celui de l'État, il y avait place pour une œuvre qui concilierait les avantages de l'un et de l'autre ».