CHAPITRE
Le collège du Plessis. —Un collège aristocratique. — Duplessis-Balisson et Duplessis- Richelieu. — Lsttres d'un étudiant. — Organisation intérieure. — Administration ordinaire. — Un prospectus du temps. •
Voici un coUt'ge de bonne maison, mais qui eut des commencements humbles el difficiles. Gcoff'roij Duplessis-Balisson, notaire apostolique et secrétaire de Philippe le Long, donna, pour fonder un collège, une maison qu'il possédait rue Saint-Jacques, avec la vigne et jardin aliénant, en faveur de quarante pauvres maîtres et écoliers, dont vingt étudieraient aux Arts, dix en Théologie et Droit canon.
Comme d'usage, les biens du collège diminuèrent considérablement, le nombre des boursiers fut réduit de moitié; la décadence n'en continua pas moins. Les bâtiments tombaient en ruine, el son principal cherchait « une main puissante pour le soutenir ou le relever; la Providence lui en fournit une ». Ce sauveur n'était rien moins que le cardinal de Hichelieu, qui, attiré par ce nom de Duplessis, qui était sien, par la nouveauté de son enseignement, donna la forte somme pour rétablir et augmenter le collège.
11 dut être administré par MM. de Sorbonne, qui mirent tous leurs soins ù faire de ce collège un établissement rival et destiné à contrebalancer la vogue que les Jésuites, parla nouveauté de leur enseignement, les blandices de leur direction, leur habileté profonde, avaient su donner à leur collège de Clermont, qui était conligu.
Les héritiers du cardinal de Richelieu, sinspirant de son testament par lequel celui-ci donnait des fonds pour faire bâtir, pçès de la Sorbonne, un collège qui serait destiné h. l'enseignement des humanités, « fournirent une somme d'argent très considérable qui serait
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employée à la reslauralion d'un ancien collège de l'Universilé, et choisirent de préférence le collège de Plessis >>.
Ce fut la maison de Sorbonne qui fut mise en possession; elle fit relever les bâtiments et mit à sa tôle un de ses docteurs les plus éminents, C. Gobinel, « qui, dit un auteur du temps, ne négligea rien pour y faire fleurir les lettres, et faisait observer une discipline des plus régulières. Les pensionnaires des meilleures familles de Paris et de la province y affluèrent' ».
C'était l'un des plus brillants établissements de Paris, « tant à cause des études qui y furent constamment florissantes, ainsi qu'on peut en juger par la liste des prix du Concours général, où il a le iJJus de nominations, que par le nombre et la qualité de ses pensionnaires, recrutés, pour la plupart, dans la haute noblesse du royaume et des pays étrangers.
Le collège, à bon droit, s'enorgueillissait de compter au nombre de ses anciens élèves : le cardinal de RïcJicllea, le marquis de Lafaijette, ainsi que plusieurs professeurs illustres dans l'Université : liullin, Hersan, etc.
Au point de vue matériel, il était confortable et n'avait pas cet aspect sinistre des autres collèges, « les geôles de jeunesse captive ». Les logements y étaient sains, commodes, clairs; les salles destinées aux exercices publics et aux cours de récréation, spacieuses, bien aérées et parfaitement entretenues.
Les visiteurs admiraient beaucoup le réfectoire, qui recevait le jour par un plafond vitré, ainsi que la chapelle, bâtie en 1660 et ornée d'un beau buffet d'orgue, don du cardinal de Choiseul.
Une série de lettres fort intéressantes d'un jeune étudiant donne des détails curieux sur l'administration et l'organisation de ce collège très aristocratique, et la vie qu'y menaient les tils de famille bourgeoise et les jeunes gentilshommes. C'était pendanU'année 1786, à la veille de la Révolution.
« Nous nous levons, écrit-il, à cinq heures et demie; aussitôt habillés, nous faisons en commun la prière, puis une lecture spirituelle que nous reprenons le soir à neuf heures, avant de nous coucher.
« Nous avons ensuite élude jusqu'à la messe, à laquelle nous assistons tous les jours jusqu'à sept heures. Un quart d'heure nous est alors accordé pour déjeuner, après quoi nous entrons en classe.