Geguillet
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« Lordinaire du collège est assez bon; pour premier déjeuner : un petit pain tout frais excellent et un verre d'eau; de môme pour la collation; à midi, on sert une bonne soupe, ce qui est rare à Paris, puis le bouilli, une entrée et du dessert.
« Le soir, on a du rôti, gigue de mouton, veau, agneau, avec une salade et du dessert. Le dimanche à souper on donne, pour varier, de la volaille :. poularde, pigeonneaux, etc., le tout très grandement toujours. Nous n'avons pas de vin, seulement j'ai pu en obtenir une demi-lasse à chaque repas, en payant un supplément de cent livres par an.
« On nous fournit des chandelles. Nous avons aussi un domestique pour faire nos chambres et un perruquier. Vous me dites d'avoir soin de mes cheveux, je n'y manque pas, et puis dire, sans me vanter, que j'ai la plus belle tête de cheveux de tout le collège. A ce propos, je vous prie de m'envoyer un peignoir, pour que la poudre ne gâte pas mes habits.
« Hier, aux expériences physiques, nous avons été électrisés deux fois sans en ressentir aucun mal. Nous ne nous ressentons pas du tout du froid, car, bien que le collège compte trois cents pensionnaires, nous ne sommes que six dans ma classe, ce qui nous permet de nous chaulTer à notre aise.
« Vous n'avez pas besoin de me recommander de me confesser souvent, car nous avons congé le samedi, exprès pour ceux qui veulent y aller, et nous sommes obhgés de présenter un billet de confession tous les mois. Quant aux sermons, je suis charmé de vous apprendre que l'on nous prêche les évangiles tous les dimanches et à toutes les grandes fêtes, et que nous avons aussi catéchisme dans chaque classe. Nous autres, philosophes, nous avons, comme prédicateur, un docteur en Sorbonne, et je vous prie de croire qu'il nous fait des sermons bien en forme, un peu mieux qu'à notre cathédrale de Dax, je vous l'assure.
« Ne vous tourmentez pas de notre nourriture pendant le carême, elle est très bonne. Les jours maigres, nous avons quatre plats à dîner : deux de poisson, deux de différentes entrées, et une pomme. Le soir, à la collation, du riz, des haricots ou des lentilles, avec du fromage, du raisiné, des pruneaux ou des mendiants.
« Dans ce pays-ci, en dehors du collège, on se croirait avec des huguenots, car on ne connaît pas le maigre, même dans les plus grandes maisons.
« Nous avons célébré la Fête-Dieu en grande pompe. L'évêque du Puy vint officier au collège, et le prédicateur du roy nous fit un sermon. Représentez-vous le coup d'œil : soixante encensoirs, soixante fleuristes, cent chapes, quarante prêtres, la musique des gardes-françaises composée de trente exécutants, et chacun de nous portant un cierge.
« Le 22 octobre, c'est la fête de M. le principal; ce sont les philosophes qui, tous les ans, sont chargés de cet embarras, recueillir les cotisations et tout organiser; ce n'est pas une petite affaire. Nous aurons
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des symphonies, feux d'artifices, et nous illuminerons le collège jusqu'au toit. Le principal, M. Dupuy, docteur en Sorbonne, invita les trois délégués à un souper superbe, avec trois services et force bouteilles de vins; mais ne voilà-t-il pas que mes deux compagnons se grisèrent, de telle manière que l'un d'eux ronflait comme un chantre, tandis que l'autre pleurait à chaudes larmes... Fort heureusement, je ne perdis pas la tête; je dus quitter la table pour veiller à tout. Je n'ai pas trop mal manœuvré, puisque, sur quatre mille livres, il me reste encore quatre cent cinquante livres. »
Voici, d'ailleurs, le prospectus imprimé du collège que le jeune étudiant envoyait à ses parents, en ajoutant :
« VEtat de la pension que je vous envoie complète les renseigne-
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menls que je vous ai déjà donnés, quoiqu'il passe sous silence la moitié des choses, afin de ne pas épouvanler les gens, sans doule. »
Ce document a le mérite de nous montrer ce qu'était un collège dé fils de famille au dix-huitième siècle.
« 1° La pension de chaque écolier en chambre commune ou quartier (y compris le chauffage, la chandelle, le perruquier, papier, plumes et encre, les étrennes du portier, du domestique du quartier et des garçons de réfectoire, les bougies et le balayage des classes, le cierge de la Chandeleur et celui de la Fêle-Dieu) est par an de six cent cinquante livres.
« 2" Chaque écolier paye vingt-quatre livres en entrant au collège pour droit de table, chaise, pupitre, chandelier, mouchettes (!), lingerie, etc.
(( 3° Tous doivent avoir un lit complet de deux pieds et demi, garni d'un pavillon monté sur une demi-lune attachée à la tête du lit...
« 4° Certains élèves ont le droit d'amener avec eux au collège un gouverneur et un domestique, mais ils doivent rester assujettis, ainsi que les personnes qui les accompagnent, aux usages et règles de la maison.
« 5° Le prix du loyer de l'appartement est proportionné à la grandeur et celui de la pension; il en coûte six cent cinquante livres pour la pension du gouverneur, et cinq cent cinquante pour celle du domestique.
« 6° Les portes du collège sont fermées le soir à neuf heures, et les clefs remises au principal. »
En 179i, le coll-ège devint une prison pour les détenus qui ne trouvaient pas place à la Conciergerie. On l'appelait alors la Maison de l'Egalité.
Là furent enfermés Saint-IIurugue, la Montansier, M. de Buffon et Fouquier-Tinville. Cet édifice resta sans emploi jusqu'en 1830, où il (ut assigné à l'École normale, aujourd'hui démolie; son emplacement est réuni à Louis-lc-Grand.