‹ Le vieux Paris universitaireChapitre 48 sur 72 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

Le Collège de France. — François 1^' et Budé. — Luttes contre l'Université. Collèges de Tréguier et de Cambrai.

Aujourd'hui que tous nos anciens bâtiments scolaires à l'étroit viennent de s'élargir considérablement, il est question d'agrandir le Collège de France. Il y a quinze ans que le projet est à l'élude, mais il a fallu d'abord achever les autres palais universitaires commencés.

Pourvu qu'on n'y louche pas trop, comme à la Sorbonne et à Louisle-Grand, à celte antique école de « haulle science » si pleine de souvenirs, pour la remplacer par une grande et lourde bâtisse, flambant neuve, banale et cossue ! Ne pourrait-on garder le vieux collège en le rendant symétrique, en étendant l'aile droite jusqu'au nouvel alignement de la rue Jean-de-Beauvais?

On va supprimer ce petit square qui met un ravissant seuil de verdure au portail donnant accès dans celte noire petite cour, que Michelet, dans sa tristesse, trouvait si charmante, encadrée de pavillons d'architecture élégante et sobre, et d'oià « a monté si haut le resplendissant fanal des sciences de la nature » .

Qu'est-ce que le Collège de France? On ne le sait qu'en remontant à ses lointaines origines. La prise de Constantinople par Mahomet il, qui retentit si douloureusement dans toute l'Europe savante, chassa une foule d'hellénistes, d'érudils byzantins], qui, fuyant la barbarie ottomane, vinrent se réfugier en Occident, — entre autres le vénérable Lascaris.

Jusque-là, les chefs-d'œuvre de la littérature antique n'étaient ni étudiés ni compris; seul, Aristote écrasait de son nom toute la sco-

laslique du moyen âge. Les cuistres de l'Universilé discutaient en barbara et en baralipton, déroulaient des sorites, faisaient force dilemmes et syllogismes, mais d'érudition, d'études générales des connaissances humaines, point.

La théologie était florissante, mais le droit était toujours réduit aux décrétâtes; le droit civil, proscrit par Honorius, n'avait pu jusqu'alors se débarrasser de ses entraves, et l'Université fortifiait en 1536 par un règlement nouveau cette absurde défense.

La Faculté des arts exigeait également des améliorations importantes; l'étude des langues anciennes, de leur mécanisme et de leur génie, si nécessaire pour bien écrire, avait été, malgré quelques essais infructueux, presque constamment négligée, et lorsque l'on rencontrait dans les explications quelque passage d'un auteur grec, ces mots étaient passés en proverbe : Grsecum est, non legitur.

Le savant ami de Rabelais, Budé, avait fait accepter de François I", vers 1529, l'idée de la création d'un « collège des (rois langues », des trois langues sacrées, l'hébreu, le grec, le latin. Ce fut le noyau du Collège royal. Novateur en choses brillantes, François l" avait conçu des plans grandioses pour l'accomplissement de son projet. Il voulait élever un bâtiment splendide sur l'emplacement de l'hôtel de Nesles, .où sont aujourd'hui l'Inslilul et la Monnaie. Et, afin de couronner dignement l'édifice, il devait en confier la direction à Érasme.

Les guerres d'Italie en empêchèrent l'exécution, puis la Réforme éclata; François I" eut peur, s'arrêta, et ce ne fut qu'après la paix des Dames que l'idée fut réalisée. Des professeurs payés sur le trésor royal furent nommés.

Ces professeurs, qu'on appelait lecteurs royaux et dont le traitement était de deux cents écus d'or, ne formaient pas de corporation particulière. Ils faisaient partie de l'Université. Ils étaient destinés à répandre le goût des belles-lettres en expliquant les langues anciennes dans les leçons publiques et gratuites. Rude , mathématicien autant qu'helléniste, fit ajouter aux premières chaires une chaire de mathématiques.

Cette chaire tint pour ainsi dire la porte du nouveau collège entrebâillée à toute science, qui va peu à peu s'y installer. Quelque temps après, la Médecine y entra, bientôt suivie de la Botanique, de la Chirurgie, de ÏAnalomie. C'était ville gagnée, mais l'érection du collège déplut à l'Université de Paris.

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Cette revêche personne, gothique en son enseignement, à la première apparition d'une critique de la Bible, ce livre sacré, frémit et s'indigna. Et comme presque toujours une question de gros sous se cache sous le bel étalage des principes, la Sorbonne, qui faisait payer ses leçons, ne put supporter de voir ses chaires pédantes abandonnées par les écoliers, qui allaient à la nouvelle école entendre les éloquentes leçons de professeurs qui ne demandaient rien.

Le programme du professeur d'hébreu annonçant l'explication des psaumes et des proverbes de Salomon, fit bondir la Sorbonne.

Aussi messieurs de l'Université présentèrent requête au Parlement,

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dénonçant « les grammairiens et rhétoriciens, non ayant étudié en Faculté, qui liraient publiquement et interprétaient la Sainte Écriture, même en but contre la foi et chose publique chrétienne. Ils demandaient que ceux-ci fussent tenus à avoir permission de la Faculté de théologie de faire lesdiles lectures et interprétations ».

Dans son épître au Roi, Clément Marot flagella ces pauvres gens de « savoir tout étique ».

Sans cause qui soit bonne Me veult mal l'ignorante Sorbonne.

Bien ignorante elle est d'être ennemie De la Trilingue et noble Académie Qu'as érigée!...

134 LE VII'UX PAIUS UNIVKUSIT AI It E

François T' donna raison à Marot et conféra aux lecteurs et professeurs royaux le droit de Committimus, c'est-à-dire la faculté de faire juger leurs acies par le Parlement sans qu'ils fussent tenus de plaider ailleurs. Les premiers professeurs n'avaient pas de lieux dt^terminés pour donner leurs leçons, qui étaient annoncées par son de trompe ou affiches « es carrefours de la docte montagne ».

Henri H, mettant un terme à cet enseignement nomade, autorisa les professeurs à faire leurs cours dans les deux collèges de Tréguier et de Cambrai, silués côle à côle sur le mont Saint-Hilaire.

Sous François II, les appointements des professeurs n'étaient pas payés, les cours se trouvèrent quelque temps suspendus.

L'Université, cependant, rancunière et aigre comme les vieilles filles délaissées, ne désarmait pas et continuait contre le Collège une guerre à outrance dans la personne de Ramus. En 1568, un édit royal porlail que tous les professeurs devraient appartenir à la religion catholique ; ceux qui ne firent pas de profession de foi conforme à l'édil royal furent remplacés, comme dit Ramus, « par des loups dévorants ».

A la Saint-Barthélémy, Ramus mourut d'un coup de poignard qu'avait aiguisé la Sorbonne, et son corps fut traîné par les fanges " de la vieille Maubre ».

Dans ses chaires y brillèrent les Valable, les Domh, les Tomsaint, le savant Turnèbe et le disert Lambin, dont le nom est devenu proverbe.

Henri HI se montra favorable au Collège de France. H créa une troisième chaire de médecine, et augmenta de cent cinquante livres le traitement des professeurs. A sa mort, J. Amyot, le traducteur de Longtts, grand aumônier, était directeur du Collège de France.

Sous la Ligue, le Collège était en plein désarroi; un de ses professeurs écoutés était au nombre des auteurs de la Satire Blénippéc, Passerai, qui, comme tant d'autres, dans ce tourbillon de folie furieuse, s'élait réfugié dans un scepticisme profond, ce dernier asile des espérances trompées et des illusions déçues.

Henri IV résolut de construire sur l'emplacement des collèges de Tréguier et de Cambrai un bâtiment uniquement destiné aux cours des professeurs. Les travaux, commencés en 1610, furent interrompus par les troubles qui suivirent la mort du Roi. En 1636, les bâtiments furent mis à la disposition des professeurs, et deux salles de cours

ouvertes au public. Le plan avait été tracé par l'architecte ingénieur C. de Chaslillon, qui mourut en 1640. A la suite de VHistoirc de Henri IV, par Poirson, ce plan est reproduit.

Les luttes entre l'Université elle Collège continuèrent plus ardentes que jamais; mais la pesanteur du règne de Louis XIV, les longues et stériles disputes du jansénisme, engourdirent à la fois les deu.v rivaux. Colbert créa des chaires d'arabe, de droit français, et décida que les aumôniers n'auraient plus d'autres fonctions que de recevoir le serment des professeurs qui prenaient possession de leurs charges.

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