CHAPITRE XXXI
Le lycée Henri IV. — La basilique de Clovis. — La tour d'Abélard. — L'abbaye Sainte-Geneviève. — Le club du Panthéon.
Au sommel de ce Mont de Paris, comme l'appelaient nos pères, du vieux mont Lucolilius, qui fut, avec la Cité, le berceau de la grande ville, le Capilole de celle nouvelle Rome, existait, du temps des Gallo-Romains, un cimetière, au milieu duquel s'élevait un temple de Diane.
Là, Clovis, à son retour de la bataille de ,Vouillé, et sur la prière de sa femme Clotilde, fit élever une basilique dédiée aux apôlres Pierre et Paul. Pour en mesurer l'emplacement, il lança sa hache devant lui, afin qu'on pût un jour mesurer la force de son bras par la longueur de l'édifice. C'était, d'ailleurs, dans le droit germanique, le symbole de la prise de possession.
Il ajouta à cet édifice, pour son habitation personnelle, des constructions qui figurent dans les anciens plans sous le nom de Château de Clovis.
Après la mort de Clovis, qui fut enterré dans la basilique ainsi que sainte Geneviève, ces constructions devinrent la demeure des moines qui avaient été préposés à la garde de la basilique.
Rien des fois, du haut de la haute tour qui, aujourd'hui, disparaît dans l'ombre du dôme du Panthéon, mais qui, alors, s'élançait, au haut de la montagne, avec sa flèche hardie et légère dont elle est découronnée, les moines de Sainte-Geneviève, angoissés de peur, virent arriver, au détour des méandres de la Seine, où aujourd'hui voguent de plus joyeuses escadres,- les holders des Northmans aux
voiles de peau rousse, et purent entendre leurs clameurs féroces et leurs sagas de pillage.
En 857, elle fut prise par ces pirates, qui dévastèrent les mosaïques, les tombeaux, et « mesme le cors de la Vierge », dit Etienne, abbé de Tournay, qui la fit réparer et fit, sur les fondations anciennes, élever la nouvelle tour.
L'abbaye était entourée de vignes et de vergers qui dévalaient vers la Seine". C'est làhaut, en face de cet immense horizon, que le grand Abélard entraînait tout un peuple d'écoliers, de prêtres et de bourgeois, et qu'au milieu de ces verdures il lançait ses hardies leçons, où la liberté de la pensée humaine revendiquait pour la première fois ses droits.
« C'est du pied de celte r tour, dit iMichelet, que ; toutes les écoles modernes | descendirent comme du - Sinai et inondèrent l'Europe, se ruant à l'assaut de la Scolaslique. La Révolution de l'esprit, la Hévolulion de l'épée, vinrent
de là briser Barberousse, et les juristes eux-mêmes, tout en plaidant pour l'Empereur, n'eurent de base que le libre arbitre de la tour d'Abélard. De celte tour, vous voyez à la fois l'espace et le temps. »
La tour dominait toute cette forêt de clochers brodés en dentelles, de clochetons sculptés, de lanternons historiés, de tourelles en poivrières, de flèches dentelées, d'échaugueltes en fuseau dont les cloches linlinnabulaient à l'envi et qui s'érigeaient sur la croupe montueuse de la docte Montagne, ce Parnasse du pays latin.
« Le septiesme jour de juin 1483, dit Jean de ïroyes, huit à neuf heures du soir, se leva un grand lonnoire, l'un des esclals vint en-