LYCEE H E N U 1 IV ET TOUR C L 0 V I S
flamber le feu au clocher de Madame Saincle GonevielVe, lequel brûla la charpente qui eslait demourée par l'espace de neuf cents ans. »
11 fut reconstruit quelques années après.
Autrefois, sur cette tour, s'élevait une pyramide accostée de clochetons plantés sur les contreforts d'angle. On la restauré en 1889. Pourquoi ne pas lui avoir rendu sa flèche svelte et aérienne qui piquait la brume de sa pointe hardie, comme on peut la voir dans une très curieuse gravure d'Ivan Merlen, hérissée de gorgones grimaçantes, de gargouilles hideusement grotesques?
La tour d'Abélard, c'est un prélat sans sa mitre, une colonne sans chapiteau. Elle est romane à la base, et percée de baies de plein cintre; ses deux étages supérieurs appartiennent, l'un au quatorzième siècle, l'autre au quinzième siècle.
L'église Sainte-Geneviève était un lieu d'asile, ofi se réfugièrent Leudaste, comte de Tours, et Prétextât, évêque de Rouen.
C'est au sommet de celte tour, détruite en partie par la foudre en 1843, que le savant docteur Sainctonc, le deuxième fondateur du démocratique collège de Monlaigu, alors marmiton à Sainte -Geneviève, allait étudier, faute d'huile, au clair de la lune plantée « comme un point sur un I », et conquérir tous ses grades universitaires. Ce travailleur féroce fut non moins terrible contre les rois, et Louis XIl l'exila quand il était recteur de l'Université, pour avoir tonné contre son divorce.
Quoi qu'en aient dit les romanciers, l'abbaye de Sainte-Geneviève, depuis Clovis jusqu'à sa destruction, n'a guère vu d'hommes illustres fréquenter sa solitude. Elle est demeurée bien calme, en possession de cette fameuse montagne que les partisans des idées romaines appelèrent sournoisement « la montagne d'ambition ».
Le seul homme remarquable qui l'ait habitée est le fils du régent, Louis de Bourbon, dont une grande dame disait : « Il est resté toute sa vie nigaud, maniaque, caliborgnon et punais. » Portrait peu exact, car Louis de Bourbon était un érudit; il a publié divers ouvrages d'archéologie et de théologie qui dorment aujourd'hui sous la poudre des bibliothèques.
Les Génovéfains étaient fort ignares; lorsque, en 1619, le cardinal La Rochefoucauld, devenu leur abbé commendalaire, prit possession de sa charge, il admira le réfectoire et s'informa de la bibliothèque. Les
chanoines, fort confus, répondirent que, à part leurs eiicologes, ils n'avaient pas un seul livre.
Aussitôt le cardinal envoya- prendre chez lui six cents volumes et en fit don à l'abbaye. A dater de ce jour, l'amour-propre s'en mêla, et les Génovéfains se mirent avec ardeur à travailler à l'accroissement de ce premier fonds; ils formèrent à l'aide de leurs grasses prébendes cette magnifique bibliothèque Sainte-Geneviève, réédifiée aujourd'hui sur l'emplacement du fameux collège de Montaigu.
A la Révolution, les chanoines se dispersèrent, et la Convention, qui ne détruisait que pour reconstruire, y installa la première École Nationale.
En 1807, l'église fut démolie quand on perça la rue Clovis; dans les fouilles on découvrit quinze sarcophages. De l'antique abbaye royale, il ne reste plus qu'un fragment de réfectoire, des cuisines et la fameuse bibliothèque avec escalier central dont le dôme fut repeint par Bertout, en 1750. Le réfectoire est maintenant la chapelle particulière du lycée Henri IV. Les cuisines, mutilées par des plafonds qui les coupent en deux parties, ont perdu tout leur caractère; quant à la bibliothèque, si bien illustrée par Claude de Moulmit, chanoine régulier de la Congrégation de France, elle sert aujourd'hui de dortoir aux élèves du célèbre collège.
C'est là que se tint, en 1796, le club du Panthéon, où se réfugièrent tous les vieux jacobins et qui fut fermé par le Directoire.
Les bâtiments sont occupés aujourd'hui par le lycée Henri IV, qui est, avec Charlemagne, celui des lycées de Paris qui a eu les élèves les plus illustres : C. Delavigjie, A. de Musset, 0. Barrot, Saint-Marc Girardin, Scribe, E. Augier, Salrandy, Rémusat, Laugier, É. Hervé, Sainte-Beuve, Viollet-le-Duc, Bastide, d'Eichtal, Haussmatin, etc.