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CHAPITRE XXXII

Le Musénm d'histoire naturelle. — Hérouard et Guy de la Brosse. — Buffon. Un acte de vandalisme révolutionnaire. — Le recrutement des animaux.

On a inauguré, il y a quelque temps, les nouvelles galeries du Muséum d'histoire naturelle, aujourd'hui ouvertes au public et où sont installées Yanatomie comparée, la paléontologie et Y anthropologie.

Ce superbe bâtiment, à l'architecture un peu massive, où la pierre de taille se marie à la brique, abrite les magnifiques collections « autrefois empilées comme dans un grenier », dit un rapport de Geoffroy Saint-Hilaire.

Le rez-de-chaussée est consacré à l'analomie comparée; le premier étage, à la paléontologie, et le second étage à l'anthropologie. Une visite dans ces belles et spacieuses galeries est des plus intéressantes.

Les tourlourous et les provinciaux qui vont admirer les gentillesses de Martin ne se doutent guère que le Jardin des Plantes est un établissement d'enseignement public, où professent gratuitement des savants et des spécialistes de premier ordre.

Ce furent deux médecins de Louis XIII, Hérouard et Guy de la Brosse, qui eurent l'idée de fonder un Jardin des Plantes Médicinales.

On y traitait de toutes les choses qui sont du ressort des officines, la connaissance des plantes et des médicaments, la confection des drogues. Guy de la Brosse s'occupa avec ardeur de la création nouvelle; il s'adjoignit V. Robin, arboriste du Roy. Comme de juste, la Faculté de médecine prit ombrage du nouvel établissement; elle seule avait puissantiam saignandi, clyslerizandi et mittendi ad patres les sujets du roi.

A la mort de Guy de la Brosse, Fagon, qui avait la laborieuse tâche de médicamenter le Roi Soleil, fut nommé surintendant du Jardin. Il s'entoura d'une pléiade de savants : Levaillant, Toiirnefort, Jmsieii. Après lui, l'œuvre fut abandonnée; Colbert la releva. Il n'y avait que deux salles : l'une renfermait des squelettes que l'on se gardait bien de montrer au public, l'autre contenait des collections de fossiles et d'animaux empaillés.

Enfin, l'intendant s'appelait Buffon. Sous l'impulsion de cet homme de génie, le Jardin des Apothicaires devint le splendide dépôt de

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toutes les richesses de la création ; au lieu d'être une simple officine pharmaceutique, il devint le majestueux sanctuaire des sciences naturelles.

Sous la direction influente et active du grand naturaliste, le Jardin nu /?of prit un développement merveilleux'. Ce fut Buffon qui fit construire le grand amphithéâtre, les laboratoires de chimie, les galeries d'histoire naturelle.

Buffon fit tracer le plan du jardin et augmenta les chaifes attachées à l'établissement. Il professait dans l'une, non en manchettes

1. Notice sur la vie -et les travaux de M. Brown-Séquard, par AI. Berlhelot, secrétaire perpétuel, lue dans la séance publique annuelle du 19 décembre iS98.

de dentelles et l'épée au côté, comme le veut la légende, mais, au contraire, dans un négligé tel qu'un cordelier, qui était de ses auditeurs assidus, en était scandalisé.

Alors vint la Révolution; par un des actes de ce vandalisme révolutionnaire dont elle était coutumière, elle créa de toutes pièces les chaires d'enseignement elles sujets d'observation. Bernardin de Saint- Pierre fut nommé directeur; il fil transférer au Jardin les animaux de la Ménagerie royale de Versailles, qui demandaient leur roi disparu.

Dans un rapport superbe du 10 juin 1793, Lalianal proposa une réorganisation complète et demanda « d'ouvrir à la Science le livre immense de la nature ».

La Convention créa douze chaires au Muséum, qui fut soumis h. une constitution absolument libre; c'était une pure République.

Les professeurs nomment au scrutin le directeur, le trésorier; lorsqu'une place est vacante, les professeurs y appellent le savant qu'ils jugent le plus propre à la remplir.

La Convention donna des collections et une bibliothèque qui fut ouverte au public.

Quant à la ménagerie, elle se forma d'une façon toute révolutionnaire. Un matin, Geoffroy Saint-IIilaire travaillait dans son cabinet; on vint le prévenir qu'un ours, une panthère et d'autres animaux demandaient à le voir. C'était une rafie que venait de faire la police. 11 fallait indemniser les propriétaires; le Muséum n'avait pas d'argent, on en fit des gardiens. L'année suivante, une allocation fut votée, et le Comité de salut public agrandit le jardin de tous les terrains compris entre le boulevard de l'Hôpital, la rue Poliveau et la rue Saint-Victor. La même année, l'amphithéâtre fut terminé, et on l'inaugura en y installant les cours de l'École normale.

Tel est cet agrandissement du Muséum qui équivaut, en réalité, à une seconde fondation. C'est ce que constatait une lettre adressée par les professeurs à Lakanal pour le remercier de ses efforts. « Vous êtes le second fondateur, » disaient-ils.

Le jardin devint rapidement populaire. Depuis cette époque, il a subi diverses réformes, surtout la ménagerie, qui est néanmoins encore bien inférieure à celles de Londres, de Berlin, d'Anvers et d'Amsterdam. Celte infériorité provient de l'insuffisance fiagranle de son budget.

L'installation d'ailleurs des animaux est des plus défectueuses. Les animaux ont à peine la place de se mouvoir; aussi l'abrutissement.

la cachexie, l'alrophie, sont le lot ordinaire des fauves et des plantigrades. *

A Londres, à Anvers, les fauves ont, pour évoluer, de hautes et larges cages en forme de rotonde. L'hiver, on les fait rentrer en bâtiment clos et chauffé au moyen de la circulation de l'eau ou de l'air chauds dans des tuyaux à ailettes circulaires, lesquels, brunis de noir, dégagent le maximum de chaleur. Des prises d'air en haut et en bas des salles permettent enfin à l'air de circuler sans avoir le temps de se vicier. Grâce à cette installation, les jardins zoologiques étrangers parviennent à conserver longtemps leurs animaux.

Il est incontestable que la ménagerie a besoin d'une transformation radicale, d'autant qu'elle sert aux travaux du Muséum dans une si faible mesure qu'on ne peut faire entrer son utilité en ligne de compte avec les sommes dépensées pour l'entretien. Qu'on envoie au Jardin d'Acclimatation une partie de ces animaux, qu'on fonde au bois de Vincennes un Jardin zoologique dans le grand parc où Georges Ville faisait ses expériences, et là nos animaux, dans de larges espaces, dans la verdure, pourront vivre; les rapaces y déploieront leurs ailes à l'air, et les lions ne ressembleront plus à des descentes de lit.

Le Muséum a dix-huit chaires; chaque professeur doit faire, au minimum, quarante leçons publiques suivies sur la partie spéciale de la science qu'il est chargé de représenter. Certains cours sont complétés par des conférences pratiques et des expériences dans les laboratoires de chimie, de physiologie, de pathologie, et des herborisations et excursions sur divers points de la France, sous la direction des professeurs eux-mêmes.

Des cours de dessin appliqué à l'histoire naturelle sont actuellement en plein exercice : les arts de la dentelle, de la tapisserie, de la guipure, du papier peint, des industries multiples qui ont pour objet l'ameublement, la sculpture, la peinture, etc., ont tout à gagner à se retremper dans l'observation attentive de la forme et de la flore des pays exotiques et tropicaux.

Un cours a été inauguré en faveur des voyageurs et explorateurs, dans le but d'étudier avec profit la nature et de rapporter des collections réellement intéressantes.

Un service d'envoi d'échantillons, d'échange de graines et de plantes, un système de bourses d'études, complètent heureusement cette organisation.

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11 y a encore beaucoup d'amélioralions à ré'aliser dans le Muséum, et, de ce côté, le budget doit pourvoir amplement aux dépenses qu'elles nécessiteront. II faut qu'on mette les ménageries dans une situation plus digne de la grande capitale où elles figurent. Les collections d'animaux vivants ont rendu aux sciences et aux arts d'inappréciables services; en étant pour les foules une distraction, elles les instruisent, elles sont, pour les yeux, de toutes les leçons celle qui se grave le plus sûrement dans la mémoire.

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