‹ Le vieux Paris universitaireChapitre 55 sur 72 · CHAPITRE XXXHl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXHl

Le lycée Charlemagne. — L'Hôtel de Graville. — Hugues Anbriot. — Les Hyéronymites. L'Ecole centrale. — Les succès du lycée. — Les élèves célèbres.

Le seul grand bâtiment universitaire qui ait un passé dans l'histoire de Paris est, sur la rive droite, avec le lycée Condorcet, le lycée Charlemaçjne, qui, dans toute la première moitié de ce siècle, eut une destinée si brillante.

Au onzième siècle s'élevait, sur son emplacement, le rempart de Philippe-Auguste, qui fut bientôt rendu inutile par l'accroissement prodigieusement rapide des faubourgs. De superbes hôtels furent construits. L'un, dont nous voyons encore, dans le passage Charlemagne, les restes fort beaux, une tour élégante comprenant un escalier à vis et de gracieuses constructions du temps de la Renaissance, est l'ancien hôtel de Graville, connu alors sous le nom de Yhôtel du Porc- Epic, dont Charles V fit présent à son prévôt, Hugues Aubriot, « pour qu'il fût plus près de l'hôtel Saint-Paul ». Aubriot mourut en disgrâce et ses biens furent confisqués. En 1772, J'hôtel et ses dépendances appartenaient aux héritiers de Jean de Montaigu, surintendant des finances. Un autre hôtel contigu, séparé seulement par la muraille de l'hôtel de Graville, appartenait aux La Rochepot, une branche des Montmorency.

Après la mort de Henri H, tué au carrousel de la rue Saint-Antoine, Catherine fit démolir le palais des Tournelles et alla habiter les Tuileries. La cour la suivit, et Madeleine de Savoie, veuve d'Anne de Montmorency, vendit pour seize mille livres l'hôtel de La Rochepot au cardinal de Bourbon, qui voulait y établir la maison professe des

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Jésuites; ils le récompensèrent en le faisant élire par la Ligue roi de France sous le nom de Charles X.

Lhùtel de La Hochepot, dont ils avaient fait leur Maison professe, devint le foyer de toutes leurs intrigues et le hurloir d'où partirent toutes leurs déclarations furieuses contre le roi. Les Seize y tinrent leurs assemblées. Les Jésuites ne furent point inquiétés à la rentrée

de Henri IV, mais, à la suite de l'attentat du P. Châtel, ils furent expulsés de France. Leur maison professe fut donnée aux Hyéronymites, qui y restèrent peu de temps, les Jésuites ayant obtenu de rentrer en possession de leurs biens.

Sous Louis XIIl, très protégés par Richelieu, ils élargirent considérablement leur domaine; sur le jardin de l'hôtel de Montmorency, ils construisirent les bâtiments où sont les classes du lycée Charlemagne, qui régnent sur les trois côtés de la grande cour, et dans lune des tours de l'enceinte ils placèrent le grand escalier.

Ils firent aussi construire l'église Saint-Louis, dont la façade est d'un goût si déplorable.

La bibliothèque occupait le second étage, au nord de la grande cour : cette magnifique galerie sert de salle de dessin et de banquet pour la Saint-Charlemagne. Dans cette maison professe vinrent se retirer une foule d'hommes distingués : les Pères Lachaise, Lingendes, Bourdaloiie, Huet, Toiirnemine, Daniel, Menestrier, Bouhours, Pctau, André. A la suite de la banqueroute Lavallette, ils furent bannis par le Parlement, et leurs biens furent mis sous séquestre pour payer leurs créanciers.

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Après l'expulsion des Jésuites, la maison professe l'esta vacaale quelques années el fut cédée, en 1767, aux génovéfains de Sainte- Catherine du Val des Écoliers, qui transportèrent dans leur nouvelle résidence toutes les collections qui ornaient le prieuré de Sainte- Catherine, ajoutant ainsi aux richesses que les Jésuites, grâce aux libéralités des plus puissantes familles, y avaient accumulées pendant plus d'un siècle : tableaux, statues, manuscrits, livres, médailles, estampes, pièces rares et exotiques. Non seulement l'église renfermait une foule d'objets précieux par leur valeur artistique ou matérielle, mais la sacristie et diverses salles offraient l'aspect d'un véritable musée. On y voyait des peintures signées des noms les plus illustres : Annibal Carrache, l'Albane, le Titien, Albert Diirer, Simon Vouef, Van der Meulen, Lebrun, etc. De toutes ces belles œuvres, détruites ou disséminées à l'époque de la Révolution, il ne reste que deux fresques en assez mauvais état : l'une à la voûte du grand escalier, l'autre au plafond de la longue galerie qui sert aujourd'hui de classe de dessin. Ajoutons que, pendant le séjour des Génovéfains, la bibliothèque de la Ville fut transférée de l'hôtel Lamoignon dans les bâtiments de la maison professe; elle y resta de 1773 à 1817.

Sur le rapport de Daunou, la Convention vota l'établissement de trois écoles centrales à Paris, dont une à la maison professe de la rue Saint-Antoine. Les premiers professeurs furent Saint-Ange, le traducteur d'Ovide, Valmont de Bomare, naturaliste distingué, l'historien (ïlray, Lakanal, qui fit tant pour l'instruction publique et mourut membre de l'Académie des sciences morales et politiques.

En 1802, V Ecole centrale de la nie Saint-Antoine devint le li/cée Chatiemagne. Les exigences du local l'obligèrent à ne prendre provisoirement que des externes; ce provisoire dure encore. Le nouveau lycée était placé sous le patronage » du vieil Emperor à la barbe florie », à qui une fausse tradition attribue la fondation de l'Université. Guéroidt en fut nommé proviseur.

En 1808, le lycée remporta son premier prix d'honneur avec l'élève Glanda:; en 1810, ce fut Victor Cousin. En 1812, un décret daté de Moscou, comme celui de la Comédie, ordonna l'agrandissement du lycée.

En 1820, la grande cour des classes était ornée de vignes magnifiques plantées par les Jésuites et qui donnaient tous les ans une fructueuse récolte. Il était de tradition de les respecter; mais ces grappes

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vermeilles donnaient de trop fortes tentations aux élèves; aussi l'Université, en mère prévoyante et qui voulait écarter de ces jeunes âmes la coupe enchantée des tentations, les fit arracher.

C'est vers cette époque que Michelet y étudia, sous Villemain et Leclerc. Parmi les élèves qui arrivèrent à une certaine notoriété, on peut cMqv Arvers, Bonnardot, Colincamp, Rendu, Saint- René Taillandier, Auguste Maquet, Théophile Gautier, P. Meurice, Saint-Agnan- Choler, Félicien Mallefille, Ed. Thierry, Got, Sainte-Beuve, Cortamhert, Pierre Petit, Edm. About, Buffet, G. Doré, Joanne, Jiirieu de la Gravière, L. Ulbach, Fr. Sarcey, A. Vacquerie, Charles et François Hugo, Maxime Ducamp, Laurent Pichat, Cavaignac.

Le lycée fut, au milieu de ce siècle, le plus remarquable de Paris; au Concours général, en quinze ans, il remporta seize prix d'honneur. Le lycée, qui n'admettait pas d'internes, était entouré d'institutions particulières qui, toutes, ont disparu, mais qui contribuèrent à l'éclat de son enseignement, à sa prospérité et à ses succès. Les plus remarquables étaient les institutions Massin, Jauffret, Bourdon, Favart, Verdot, qui s'étaient installées dans les plus beaux hôtels du Marais, les hôtels Le Peletier Saint-Fargeau, de Fourcy, de Lionne, Sully, Flesselles, Carnavalet. Aujourd'hui, plus modestement, mais non moins utilement, il fait grand honneur à l'Université sous l'habile direction de M. Dhombres.

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