CHAPITRE XXXVill
L'École coloniale. — L'Expansion coloniale. — Les grands coloniaux. — M. Pavie et les Cambodgiens. — Une pépinière de fonctionnaires d'outre-mer.
i\ous avons, dans le précédent chapitre, fait l'historique de YÉcole des Jeunes de langues et montré comme, depuis longtemps, la vieille France monarchique et républicaine s'était préoccupée de noire prestige au dehors, de notre commerce et de notre influence en extrême Orient.
Depuis, l'empire colonial s'est agrandi, on a senti le besoin de former une pépinière de fonctionnaires coloniaux préparés par des études spéciales et qui remplaceraient avec avantage les jeunes beaux fils qui avaient dédoré leur blason ou mangé la paternelle grenouille.
On aurait pu développer l'École des Jeunes de langues, se servir des excellents éléments qu'elle contenait; mais c'était trop simple, on préféra fonder une autre école.
L'idée était mauvaise. Pourquoi une école unique avec la diversité de nos colonies et les oppositions tranchées de races, de religions, de climats, de coutumes et de civilisations qui les bigarrent? Enfin, l'Ecole existe, malgré ce vice originel qui provient de notre éternelle manie de tout centraliser, de tout unifier, de gouverner les nègres anthropophages avec les mêmes procédés que ceux appliqués aux musulmans raffinés d'Algérie ou aux lettrés de l'Annam; elle a rendu des services.
Ce n'est pas de toutes pièces qu'elle a été créée par le décret du 22 novembre 1889. Elle est née des nécessités du gouvernement colonial.
M. Pavie, en 1885, ramena d'Indo-Chine de jeunes Cambodgiens qu'on éleva à Paris et qui formèrent l'École cambodgienne. De jeunes Annamites vinrent bientôt les rejoindre. On songea ensuite à profiter de leur présence à Paris pour en faire les répétiteurs déjeunes gens qui sentiraient le désir d'entrer dans l'administration des colonies.
Ce fut la section française de l'École coloniale ; elle marche parfaitement aujourd'hui ; chaque année, le nombre de ses élèves s'accroît; elle a déjà fourni a nos colonies nombre de commissaires coloniaux, d'élèves administrateurs, de chanceliers, d'inspecteurs pénitentiaires, de magistrats. Chaque année, malgré un concours, les postulants affluent, du Midi surtout, de Montpellier et du Gard. Elle est divisée en section française et section indigène.
La section française se partage en École préparatoire, division commerciale et division administrative. La durée des études dans la division commerciale est d'un an; elle délivre des brevets spéciaux.
Dans la division administrative, la durée des cours est de deux ans; elle prépare au commissariat colonial, aux carrières indo-chinoises, africaines et coloniales; elle prépare des administrateurs pénitentiaires.
La section indigène prend les élèves indigènes de quatorze à vingt ans envoyés par les colonies et les pays de protectorat pour compléter leur instruction. L'entretien est payé par les colonies.
L'École est installée au coin de l'avenue de l'Observatoire et de la rue Auguste-Comte. Elle a été bâtie avec les fonds du legs Giffard et une subvention de l'Indo-Chine; l'État a fait le reste. La façade donne sur l'avenue de l'Observatoire; conçue dans le style mauresque, elle est vraiment originale.
COLLE n E DES CHOLETS
Au milieu s'élève un pavillon qui surmonte l'ensemble de l'édifice el renferme l'entrée monumentale de l'École.
Les bâtiments qui encadrent à gauche (pavillon GifTard) el à droite le pavillon central portent inscrits dans la pierre les noms des Français qui ont fait le plus pour nos colonies : Richelieu, Colbert, Dupleix, Jacques Cartier, Coligny, Champlain, Montcalm, Faidherbe, Courbet, Dufjeaud.
Dans le vestibule est placé, contre une fausse fenêtre, le tableau d'honneur des anciens élèves morts en service. Le cadre de ce tableau d'honneur est fait de bois coloniaux fort précieux.
Au fond se trouve îe grand amphithéâtre, qui contient cinq cents places; aux deux tiers de sa hauteur court une galerie ornée d'une rampe en bois exotique.
Derrière est le dépôt d'armes, qui renferme trois cents fusils. On sait, en effet, que les élèves de l'École coloniale sont astreints, en cours d'études, à l'exercice : ils revêtent pour l'exercice un uniforme bleu foncé qui se rapproche beaucoup de l'uniforme de l'infanterie de marine. A droite du vestibule se trouvent, en bordure de l'avenue de l'Observatoire, de spacieuses salles de cours.
L'escalier d'honneur s'ouvre au fond du vestibule; il conduit à une magnifique salle de travail-bibliothèque qui contient plus de cinq mille volumes.
Les chambres el les dortoirs des élèves annamites el cambodgiens sont situés au premier et au second étage, au-dessus des salles de cours.
Les principaux cours sont ceux de topographie pratique, de colonisation, à' organisation des colonies, à' ethnographie, di' acclimatation et de médecine coloniales, d'histoire des mœurs et religions, de démographie, de législation pénale.
L'allemand, l'anglais, l'annamite, le malgache, l'arabe, sont enseignés par des professeurs spéciaux.
Nous avons fait nos réserves en tête de ce chapitre; mais nous reconnaissons que, grâce à l'énergique impulsion donnée par MM. Dislère et Aymonnier, l'École n'a pas failli à sa tâche, et qu'elle a su déjà former un corps de fonctionnaires qui ont pu, ayant des notions générales sur les peuples qu'ils avaient à administrer, être à la hauteur de leur mission.