CHAPITRE XXXIX
Le lycée Saint-Louis et l'Institut. — Les collèges d'Harcourt et de Justice. — Jacques Amyot et Diderot. — A travers le rempart de Philippe-Auguste. — Le collège des Quatre-Nations. — Le testament de Mazarin. — Un enseignement moderne.
Le lycée Saint-Louis est, avec Louis-Ie-Grand, le seul des lycées de Paris établi dans un des vieux collèges parisiens. Une façade neuve en bordure du boulevard Saint-Michel cache ce qui reste de l'ancien collège d'Harcourt, un corps de bâtiment et la chapelle.
il ne date pas d'hier, ce vieux collège parisien; c'est même presque le doyen de tous ces petits établissements universitaires qui pullulaient au flanc de la montagne Sainte-Geneviève. U fut fondé en 1280 par Raoul d'Harcourt, pour douze pauvres écoliers des diocèses de Bayeux, Coulances, Évreux et Rouen, dans lesquels il avait occupé des fonctions ecclésiastiques.
Son frère, évêque de Coutances, agrandit le collège, douhla le nombre des boursiers, dont seize étudiaient en la Faculté des arts, et huit en celle de théologie. Chaque boursier avait droit par semaine à trois sols parisis. La discipline était la même que dans les autres collèges; les élèves étaient deux par chambre, les théologiens étaient séparés des artiens.
Le collège était des plus prospères, il dut s'agrandir. Louis XIII lui donna une tour et le mur de l'ancien rempart de Philippe-Auguste; on perça alors la rue des Fossés-Monsieur-le-Prince, sur laquelle le collège édifia une façade.
La fondation de la « Maison de Sorbonne » et du collège des Quatre- Nations excita le zèle du proviseur du collège, qui voulut maintenir l'établissement qu'il dirigeait à la hauteur de sa vieille renommée.
Il donna des sommes considérables pour la fondation de bourses, pour l'élablissemenl d'une grande bibliothèque et pour l'achèvement des travaux de construction et d'embellissement.
Il fit faire une porte monumentale, — on sait que la porte d'entrée, dans les collèges parisiens du moyen âge, était l'objet de grand luxe, la caractéristique et pour ainsi dire le joyau et le palladium du collège. Cette porte était richement sculptée; elle faisait par ses voussures, ses refends, ses chambranles, ses attiques, l'admiration des étrangers.
Le collège continua de prospérer jusqu'à la Révolution. Il avait eu
pour professeur Jacques Amyot, le traducteur de Plutarque. Diderot y avait fait ses humanités, qu'il alla perfectionner chez les Jésuites.
11 payait une pension de quatre cent soixante- six livres, plus vingt livres pour le bois et la chandelle.
La Révolution ferma le collège seulement en 1 793 et y installa une maison de correction pour de jeunes détenus. On y réunit les bâtiments d'un autre collège contigu, le collège de Justice, et on y installa en 1820 un collège qu'on plaça sous la dédicace de Saint-Louis.
Le collège de Justice avait été fondé par Jean de Justice, chantre, cette fondation se rattache au grand mouvement scolaire qui se produisit dans la première moitié du quatorzième siècle. Les élèves étudiaient les arts, la philosophie, la médecine; ils menèrent d'abord une vie commune, puis chacun se nourrit à sa guise de ses revenus propres ou d'aumônes. Avec un pareil système tout alla bientôt à vau-l'eau, et l'Université et le Parlement de Paris durent annexer le collège de Justice à son voisin le collège d'Harcourt. . Le lycée Saint-Louis acquit bientôt une grande réputation par ses
COLLKCIE DE JUSTICE
cours de malhémaliques et sa préparation aux Écoles Saint-Cyr et Polytechnique. Les principaux élèves qui en sont sortis sont le docteur Corvisart, Delalain, Dupeuty, Egrjer, Faye, Goiinod, Havet, de Pontmartin, Despois, Nettement, etc. Il s'est appelé, pendant la République de 1848, lycée Monge.
Mazarin, qui avait mis le Trésor public en coupe réglée, voulut au moins, avant de mourir, rendre quelque peu gorge; comme les vrais avares, il ne voulut rien donner de son vivant, mais, au moment où il allait faire le saut final dans l'infini, il fit venir deux notaires du Chàtelet et leur fit rédiger un testament par lequel il léguait une somme considérable pour la fondation d'un collège.
La réédificalion de la Sorbonne par son prédécesseur lui portait ombrage, les lauriers de Kichelieu l'empêchaient de dormir tranquillement son dernier sommeil, et il voulut attacher son nom à une grande œuvre.
Il ordonna de fonder un collège où seraient élevés
les jeunes gentilshommes ou fils de bourgeois notables, nés dans les provinces conquises pendant son ministère, de Pignerol, d'Alsace, des Flandres et de Roussillon.
11 donna sa merveilleuse bibliothèque, plus deux millions consacrés à l'édification du monument et une rente de quarante-cinq mille livres pour l'instruction, l'éducation et l'entretien des jeunes gens.
L'aîné mâle de la maison de Mazarin était le coUateur des bourses; mais, Jules Mazarin, duc et pair, étant mort sans postérité masculine en 1738, ce fut le roi qui nomma aux bourses.