CHAPITRE XL
Les grandes Écoles municipales : Lavoisier, RoUin et Sophie-Germain. — Un collège janséniste. — Un grand seigneur chimiste. — L'hôtel de Fourcy.
La Ville de Paris possède plusieurs écoles primaires supérieures. Sauf quatre, toutes doivent leur création à la République; elles sont de fondation récente et n'ont, en bonnes travailleuses, pas de passé que la date de leur fondation.
Sauf Chaptal, qui mérite une place à part, les écoles qui font exception ont une histoire et se rattachent par l'immeuble oîi elles sont installées, de même que par leurs origines, à l'histoire du vieux Paris universitaire.
Collège liollin. — La première en date est le collège Rollin, qui a été acquis en 1826 par la Ville de Paris. Le collège Rollin a une illustre origine; c'est un rameau détaché de l'antique communauté-collège Sainte-Barbe.
Les supérieurs, qui étaient d'ardents jansénistes, avaient imprimé à la vieille école un caractère quasi monastique. Le théâtre était mis à l'index; exercices religieux, homélies, prières, deux ou trois par jour; messe chaque matin, suivie du catéchisme; tous les ouvrages du jour prohibés, comme « pouvant porter la jeunesse aux galanteries ou au mépris de la religion ». Ces rigoristes refusèrent, en 1791, de prêter serment à la Constitution civile du clergé, et la communauté fut dès lors dispersée; la maison fut louée à un mécanicien. En l'an Vil, Victor de Lannëau, prêtre marié, prit tous les bâtiments à bail et rouvrit l'ancien collège, qui arriva à de si hautes destinées.
Quelques maîtres qui avaient professé à la Sainte-Barbe des Champs,
à Genlilly, ouvrirent un établissement rue Tournefort, dans les anciens bâtiments de la congrégation de Saint- Aure, adoratrice du sacré cœur de Jésus, et dont une des élèves fut M""" du Barry; ce sont MM. Planche> Gondouin et Parmenlier.
En 1806, la pension fut transférée rue des Postes, dans l'ancien bâtiment des Filles de Notre-Dame de la Charité, asile de filles repenties.
En 1815, l'élablissement était entre les mains de deux ardents royalistes, les frères Nicolle; il continuait à porter le titre de Sainte- Barbe. La vieille Sainte-Barbe qu'avait fondée à nouveau M. de Lanneau avait des tendances libérales; elle revendiqua son glorieux nom; ce fut une guerre d'épigrammes, d'articles; mais le directeur de l'établissement était ancien aumônier du dauphin, recteur de l'Académie, et le roi érigea la Maison Nicolie, comme on l'appelait par dérision, collège de plein exercice, avec le titre de collège de Sainte-Barbe.
Quelque temps après, la Ville de Paris achète l'établissement, qui devient Collège municipal. A la Révolution de 1830, Sainte-Barbe de la rue de Reims reprit son nom, et on donna au collège de la rue des Postes le nom de Rollin, le grand recteur de l'Université. Le berceau des Jésuites sous l'invocation du plus illustre des jansénistes!
Les élèves les plus remarquables qui en sont sortis avant le transfert du collège, en 1876, à l'avenue Trudaine, sont : V. Duriiy, Gavarret, Villemain, de Montalembert , Nettement, de Sénarmo7it, Nisard, G. Nadaud.
École Lavoisier. — L'École Lavoisier a été fondée en 1872 dans un vieil hôtel qui a un passé curieux, et va être considérablement agrandie.
L'hôtel avait été construit à la fin du règne de Louis XIV par un duc de Chaulnes qui venait de vendre aux Nicolaï son hôtel de la place Royale. Sous Louis XVI, un des descendants de ce duc de Chaulnes, qui faisait si bien brancher les paysans bretons, commandait, à vingt-quatre ans, un régiment de dragons ; il se lassa de celte inutile vie de garnison et, pris, comme tant d'autres à cette époque, de la manie des inventions merveilleuses, se voua aux recherches scientifiques.
Il était de cette race des Montbarrey, des Cagliostro, des Saint- Germain, chez qui un grain de mysticisme s'alliait fort bien avec un esprit et un sens des plus pratiques. Nous avons vu, au milieu de ce
LE VIEUX PAIIIS L'MVERSITAIHE 191
siècle, celle phalange d'apôlres polytechniciens : les Phalanstériens, les Fouriéristes, les Saint-Simoniens, les Positivistes.
Le duc de Chaulnes passait sa vie au milieu de ses cornues, où il opérait les mélanges les plus bizarres et les plus détonants; il publiait des mémoires fantastiques, des plans bizarres, inventait des parachutes aériens; au milieu de ses folies, il fil une découverte utile ; ce fui lui qui le premier soupçonna l'utilité de l'alcali volatil pour porter secours aux asphyxiés. 11 en fit l'expérience sur lui-même, dans un cabinet vitré où il s'asphyxia; un domestique devait surveiller les progrès de l'asphyxie et immédiatement lui faire respirer l'alcali.
Ses mânes doivent tressaillfr d'aise, à voir son hôtel envahi par des fourneaux et des cornues.
École Sophie-Germain. — En 1882, la Ville de Paris a fondé l'École Sophie-Germain, qui prépare les jeunes filles aux carrières commerciales, industrielles et administratives, dans un vieil hôtel de la rue de Jouy, bâti sur les ruines d'un ancien castel appartenant à Jean de Montaigu, surintendant des finances sous Charles VI. L'hôtel avait été bâti par l'abbé de Charlis, qui en fit sa résidence urbaine; il fut vendu par un abbé commendalaire et acquis par Henri de Fourcy, prévôt des marchands. De Fourcy fit restaurer l'hôtel, qu'il fit meubler somptueusement, car il reçut le Roi-Soleil vers 1687 en une réception qui fit grand bruit à l'époque.
A la suite de la licitalion qu'en firent les héritiers du chef de l'édilité de la ville, l'hôtel fut vendu en plusieurs lots qui, plus tard, furent rachetés par M. de la Varenne. Sous la Restauration, une école iancaslrienne y fut installée, puis une institution dont les élèves suivaient les cours de Charlemagne s'y fonda. Elle exerça jusqu'en 1872, sous la direction de M. Harent, qui vendit l'immeuble à la Ville de Paris.