CHAPITRE XLl
Le lycée Condorcet. — Un couvent de capucins. — Le lycée Fénelon. — L'hôtel de Thibaut de Champagne. — L'abri Coytier.
En 1613, le 27 avril, messire Godefroy de la Tour légua une grande maison et un jardin qui lui appartenaient, à côté de l'abbaye de Port- Royal, dans le faubourg Saint-Jacques, h des capucins, qui y installèrent une chapelle. Gondy, archevêque de Paris, leur donna les fonds pour y bâtir un monastère; ils n'y restèrent guère qu'un siècle, et, en 1783, ils émigrèrent pour aller s'établir dans le quartier de la Chaussée-d'Antin, qui devenait de jour en jour plus populeux.
L'architecte Brongniart fut chargé de fournir les dessins et de diriger la construction du nouveau couvent. Solennellement, en procession, les capucins vinrent en prendre possession.
Ils n'y firent pas long feu, car la Révolution supprima le couvent en 1790; pendant quelque temps, un hospice y fut installé.
En 1800, le gouvernement consulaire y fit exécuter de grandes réparations et y installa un des quatre lycées de Paris. Le premier proviseur fut le dernier recteur de l'ancienne Université, M. Binet. Suivant les fluctuations de la politique, le lycée s'appela tour à tour Bonaparte, Bourbon; il porte aujourd'hui le nom de Condorcet, de l'éminenl auteur du rapport sur l'Éducation nationale, qu'il voulait gratuite à tous les degrés, essentiellement scientifique.
Parmi les élèves qui en sont sortis, il faut citer: Adam, Ampère, Banville, Bellanger, Giiizot, Uamon, Haureau, Amédée Jacques, A. Karr, H. Monnier, Nadar, Nélalon, G. Planche, Prévost-Paradol, Ram(jnan, Schœkher, E. Sue, Taine, Tcxier, Vitet, Yriarte.
LE VIEUX PARIS UMVErtSITAIUE
Le lycée Fénelon. — En août 1883, un décret créa à Paris le premier des lycées de jeunes filles de la capitale, le lycée Fénelon, qui fut installé dans l'ancien hôtel qui fait le coin des rues Saint-Andrédes-Arts et de l'Éperon, alors occupé par la vieille librairie Fume et Jouvet.
Si, comme disait Voltaire à propos des Académies de province, ce lycée est comme une personne bien sage qui n'a jamais fait parler d'elle, par contre, l'immeuble où il a été installé a joué un certain rôle dans l'histoire parisienne.
LYCEE CONDOnCET
Au treizième siècle, s'élevaient là des granges et des chaumières appartenant à des artisans, des vignerons et ciriers, lesquelles furent achetées par Thibaut, comte de Champagne, le héros de France d'abord! qui fit construire sur leur emplacement un séjour où il habitait quand il venait à Paris.
Cette résidence magnifique pour l'époque s'étendit jusqu'à la porte de Bussy et à la rue du Jardinet.
L'hôtel fut acquis ensuite par Jean, fils de Philippe de Valois, qui, en montant sur le trône, le céda à son frère Philippe, duc d'Orléans. Après la mort de Philippe, l'hôtel passa à Louis d'Orléans, assassiné par les sicaires de Jean sans Peur, rue Barbette.
Son pelil-fils, Louis d'Orléans, qui fut roi sous le nom de Louis XI, en était propriétaire en 1 474 ; il le vendit pour soixante livres de rente à un conseiller au Parlement, à un correcteur des Comptes et à un avocat.
L'hôtel fut alors morcelé; le correcteur des Comptes, Nicolas VioUe, qui devint plus tard prévôt des marchands et dont la statue est à l'Hôtel de Ville, eut le lot sis au coin des rues de l'Éperon et Saint-André-des- Arts; ce lot ne mesurait que quatorze toises sur la rue Sainl- André-des-Arts, mais il occupait tout le côté occidental de la rue de l'Éperon.
Violle y fit bâtir un édifice en rapport avec l'importance de sa charge.
L'avocat au Parlement, Hureau,.qui avait le lot conligu sur la rue Saint-André-des-Arts, le vendit à Jacques Coytier, le fameux médecin de Louis XF, qui en fit une résidence superbe; c'est là qu'il mourut en 1505.
Coytier avait pris pour devise un abricotier, indiquant qu'il n'avait rien à craindre en celte demeure de la vengeance de Louis XI, « qu'il outrageait de violentes et rudes paroles et d'extorsions d'évêchés et bénéfices », mais à qui il avait fait croire qu'il ne vivrait pas huit jours après lui.
Les héritiers du prévôt des marchands vendirent la maison paternelle à Jacques de la Guesle, gentilhomme de la suite de Henri III, qui eut la malecliance d'introduire Jacques Clément auprès du roi.
A sa mort, sa fille IMarie épousa le comte de Château et lui apporta l'hôtel en héritage. L'hôtel fut ensuite morcelé de nouveau, et une partie, les communs, fut achetée par le comte de Villayer, qui fit reconstruire l'hôtel, qui devait servir d'installation au lycée Fénelon.
FENÊTRE U E L ' H 0 1 E I, C O \ 1 1 t il
Les descendants des Chaleau-Vieux vendirent l'hôtel à un de ces tenanciers qui avaient établi nombre de maisons meublées dans ce quartier voisin du Palais, oîi beaucoup de provinciaux venaient pour suivre et activer leurs interminables procès et arroser d'épices le palais en feu de dame Thémis. Remeilz, conseiller du prince de Waldeck, dans un livre fort curieux publié en 1727, Séjour de Paris, recommandait aux jeunes gens de bonne famille et à ceux qu'attiraient à Paris leurs affaires et leurs plaisirs ledit hôtel pour sa belle tenue et sa bonne chère. On y dînait pour trente sols.
Depuis le commencement du siècle, des marchands de papier et des librairies s'y installèrent.
Espérons que ce coin de Paris, si tourmenté, n'aura plus, comme les gens heureux, d'histoire et d'avatars nouveaux.