‹ Le vieux Paris universitaireChapitre 65 sur 72 · CHAPITRE XLII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLII

Les origines du Concours général. — La Saint-Louis. — Les distributions des prix d'autrefois. — La fondation du chanoine Legendre. — Les lauréats des concours.

Le Concours général, celle joule universitaire entre les lycées de Paris el de Versailles, paraît d'origine moderne; il n'en est rien; c'est un des legs de l'ancienne Université à la nouvelle qu'on retrouve aujourd'hui sous la poussière des choses mortes.

Il était d'usage immémorial, dans l'Université de Paris, qu'à la fin de chaque année, il y eût dans chaque collège une distribution des prix consistant en couronnes, fleurs arlillcielles, branches de laurier. Le jour de la Saint-Louis, le 2.5 août, la cour du collège était tendue de draps blancs, sur lesquels on exposait, entre des guirlandes de feuillage, les bonnes pages d'écriture des commençants et les pièces de vers ou aulres compositions des humanistes distingués; c'était d'une calligraphie superbe, rehaussée de lettres en or et d'enluminures. Chaque candidat se tenait à pied d'œuvre, le front couronné d'une aimable rougeur.

Puis la séance solennelle s'ouvrait dans la chapelle ou la salle d'honneur, sous la présidence d'un prélat ou d'un magistral. Les logiciens discutaient, argumentaient de omni re scibili. Les rhétoriciens disposaient les copies d'une composition qu'ils avaient faite la veille en loge fermée. Séance tenante, on discutait le prix pour les logiciens et les rhétoriciens : c'était un bonnet d'éludiant.

On célébrait la fin du carnaval et la distribution des prix par la représentation de deux tragédies lalines. Une de celles qui eurent le plus de vogue représentait la défaite du Solécisme, où les chevaliers

LE VIEUX l'AHIS UNIVEUSI lAIUE

Prétérit et Supin repoussaient l'assaut dos princes Solécisme et Barbarisme. Toutes les fêtes du calendrier universitaire étaient célébrées par des danses au tambourin et des farces jouées dans la grande salle.

On ne songeait guère, à cause des haines violentes qui existaient entre les collèges, à les faire concourir ensemble. C'est alors qu'on aurait vu de belles batailles et d'épiques mêlées.

Ce n'est qu'en 1744 que l'Université décrétait « qu'il y aurait pour tous les écoliers des collèges de plein exercice une distribution solennelle de prix, en conséquence de compositions où ils concourraient tous ensemble ». Cette fondation avait été faite au moyen d'un legs

COLITE C-S DU ÇARBIXALi LE MOltMlJ

I™'-""'' I';."""r" ' "" Illl^llWlljllillllillililllf""'"' ■' """"'"-'"'■"■ "•"-'" ""■"■

de dix-neuf cents livres de rente, porté sur le testament de M. Leijcndre, chanoine et sous-chantre de Notre-Dame. Ce grand écolâtre devant l'Éternel avait laissé cette somme pour « récompenser les belles pièces de prose française , grandes pièces françaises de vers héroïques, mirifiques odes latines, superbes morceaux de musique àla louange de la nation ou de ses grands hommes ». Ces prix devaient être décernés tous les quatre ans, « à l'instar de ceux donnés aux jeux Olympiques ».

Ce n'était pas trop mal pour un chanoine, mais le legs faillit devenir caduc. Le testateur avait eu le tort de nommer exécuteurs testamentaires ses collègues Messieurs de Notre-Dame, et à leur défaut les Cordeliers du grand couvent de Saint-François. Les uns et les autres.

trouvant que ce legs ne leur disait rien qui vaille et qui auraient préféré le voir tomber dans leur mense, refusèrent de s'en tharger. Le Parlement, bien inspiré, allribua la jouissance du legs à l'Université, pour distribuer chaque année solennellement des prix de compositions latines et grecques à la suite d'un concours entre les élèves des collèges parisiens, depuis la rhétorique à la troisième.

La première distribution se fit le 23 août 1747, dans la grande salle des Écoles extérieures delà Sorbonne, à quatre heures de l'après-midi. Les compositions avaient duré neuf jours, sous la surveillance d'appariteurs.

La séance était des plus solennelles; le Parlement en robe « l'honora de sa présence » ; le premier président remit le premier prix d'honneur de discours latin à un élève du collège des Grassins, Vilkinson.

Dix ans après, Collet, chanoine de Saint- Germain -l'Auxerrois, et professeur émérite de l'Université de Paris, janséniste et grand ennemi des jésuites, fonda des prix depuis la quatrième jusqu'à la sixième. Les professeurs de chaque collège envoyaient les meilleurs de leurs écoliers, au jour dénommé pour les compositions, qui se faisaient dans la salle de Saint-Thomas des Jacobins de la rue Saint-Jacques; le sujet était choisi par le recteur. L'ouvrage ne devait être que d'une demi-heure de lecture, clos sous une enveloppe; le devoir ne sera pas signé, mais muni d'une sentence; les noms, qualités et adresses seront écrits à part, clos et attachés à la pièce.

De nouveaux prix furent ensuite fondés par Coffiii, principal du collège de Beauvais, Coignard, ancien imprimeur de l'Académie. La distribution des prix se continua sans interruption, chaque année, jusqu'en 1793. Elle était toujours ouverte par un discours latin prononcé par un professeur; la tradition, on le voit, est vivace.

Sous l'ancien régime, les principaux lauréats furent Dorât, Mac- Malion, Royou, Chamfort, DeiUle, Laharpe, Lhomond, Robespierre, CamilleD esmoidins, etc.

La dernière distribution du grand concours avait eu lieu le 4 août 1793, dans la grande salle des Jacobins, en présence de députalions de la Convention, des tribunaux des sections. Chaque lauréat reçut avec ses prix une couronne de chêne et un exemplaire de la Constitution. Le citoyen Crouzat, principal du collège de Montaigu, lut un poème français sur la Liberté, oti l'orateur faisait une allusion attristée aux

LE VIELX PAllIS INIVERSITAIHE

embûches, aux complols, aux coalilions qui cherchaient à détruire l'œuvre de la Révolution :

France, la liberté que tu sus ressaisir.

Hélas! coûte à garder bien plus qu'à conquérir.

Le jeune auditoire était enthousiaste, elle lendemain les lauréats furent admis à la barre de la Convention, qui décida que leurs noms seraient lus dans tous les théâtres de Paris.

Mais cette belle fête resta sans lendemain. La Convention supprima les collèges.

Ce ne fut qu'en 1800 qu'un arrêté de Frochot rétablit l'équivalent

CCjrajDU COLLEGK X>BS &aA.SSIHS .

mi

de l'ancien Concours général en faisant composer entre elles les Écoles centrales; dans son discours, il rappela « ce concours général dont le nom seul rappelle à l'esprit tout ce que l'émulation a de plus enchanteur, les premiers succès de plus enivrant ».

Le concours eut lieu avec pompe à l'Oratoire; ce fut Marie-Joseph Chénier qui prononça le discours d'usage.

Depuis cette époque, le concours ne fut interrompu qu'en 1815, à la rentrée des Bourbons et des cosaques. Plusieurs prix nouveaux furent créés depuis cette époque : de philosophie, de mathématiques.

Le lauréat du prix d'honneur dînait le soir chez le ministre et, chose plus palpable, était affranchi de la conscription et des frais d'examen.

200 I.E VIEUX PAIUS UNIVERS ITAl [lE

Nous avons cilé des lauréats du concours qui, avant la l^évolution, avaient lait quelque bruit dans le monde. Depuis le rétablissement du Concours général, on relève les noms de V. Cousin, Arvers (l'auteur du fameux sonnet), Glachant, About, Perrot, Ch. .Hugo, Cavaignac, Blanqui (Charlemagne); Cuvillier-Fleiiry, Droiiyn de Lhuis, Weiss (Louisle-Grand) ; Taine, Darmcsteter, Prévost-Paradol, de Broglie (Condorcet); de Jussieu, de Wailly , Leclerc , Lenient , Hiissoti, Berthelot (Henri IV); Despois, ^mvzo?// (Saint-Louis); Ravaisson [^o\Wn)\ Hiiet, C«ro (Stanislas); Rigaidt (Versailles).

Jusqu'à la guerre de \ 870, c'est Charlemagne qui l'emporta de beaucoup sur ses concurrents pour la distribution des prix d'honneur. Il en a remporté 36; Loiiis-le-Grand, 28; Condorcet, 23; Henri IV, 21; Saint-Louis, 17; Rollin, 9; et Versailles et Stanislas, seulement 6. Mais depuis celte époque cette proportion s'est considérablement modifiée.

Page 1