‹ Le vieux Paris universitaireChapitre 67 sur 72 · COLLEGE DE K O R 1' E T · texte numérisé non relu

COLLEGE DE K O R 1' E T

rôside-t-elle lout entière dans Athènes ou dans Rome? L'élude de noire langue, de noire liltéralure, des langues des peuples modernes, ne vaut-elle pas l'élude des langues mortes et ensevelies? » Mais, pour montrer le mouvement, il fallait marcher, cl Goubaux marcha : il transforma son inslitulion d'après ses méthodes.

Dès 1844, il enseigne la comptabilité, la géographie séparée de l'histoire, la géographie commerciale; en 1848, la technologie fait son apparition; en 1856, c'est le tour des langues vivantes; en 1861, l'histoire de la civilisation se trouve dans le programme; la même année, il inaugure, dans les classes élémentaires, les leçons de choses, qui devaient faire si rapidement leur chemin. Et combien d'autres innovations heureuses, qui, aujourd'hui, sont dans le programme courant que personne ne discute, mais qui, alors, paraissaient des choses révolutionnaires!

Et ce merveilleux précurseur n'a pas seulement renouvelé la vieille méthode d'enseignement, qu'il a mis au niveau de la vie moderne, enlevé de l'Olympe-Universilé tous les vieux dieux à barbe et casque, sauf Minerve qui sourit triomphante au-dessus de la porte d'entrée du collège, il a aussi modifié le système d'éducation barbare que l'on donnait dans les écoles.

On a trop attendu de l'instruction ce qu'elle ne pouvait donner; l'instruction ne peut changer les coutumes d'une génération; elles dérivent des traditions, des sentiments et des exemples.

Éducation et instruction sont deux choses différentes; aussi le fondateur de Chaptal s'altacha-t-il soigneusement à transformer l'enfant en homme, à lui apprendre à se conduire et à vivre au collège comme il se conduirait plus tard dans la vie. Il ne faut pas que l'école produise des demi-savants infatués d'eux-mêmes, dédaigneux du labeur quotidien, dilettantes blasés, mais des hommes pratiques, façonnés à l'image de leur éducation par leur exemple et leur vie.

Dans l'ancienne Université, l'enfant était traité en serf, livré aux

REFECTOIRE DES UEUNAnDINS

LE VIEUX PAUIS LNIVERSITAIUE

châliments corporels; dans l'Université façonnée par l'Empire, il était soumis à la plus dure discipline, le collège était une caserne, et l'enfant un soldat; un règlement immuable et personnel régissait tout; on songeait moins à former, les caractères qu'à les dompter. Le maître ne devait jamais avoir tort, l'élève devait, comme le grognard de Scribe, s'incliner et se taire, sans murmurer. Et à ce propos, une anecdote amusante. Celui qui devait être plus tard le grand avocat Bétolaiid se présente, timide et nouveau, au censeur de Charlemagne. « Votre nom? — Bétolaud, » murmure le pauvre enfant ahuri par l'air rogue du fonctionnaire, qui entend et inscrit Bétoland ». A l'appel du

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nom qui n'était pas le sien, l'élève veut faire rectifier; on l'envoie au séquestre. Sur des instances de la famille, on reconnaît l'erreur, mais, comme le censeur n'a pu se tromper, on fait passer en classe un décret ainsi libellé : « Par ordre du censeur, l'élève Bétoland s'appellera dorénavant Bétolaud. »

Goubaux fait disparaître ces vieilles coutumes; il donne à la discipline une forme plus douce, plus bienveillante, plus accessible, capable de former des êtres aptes à se gouverner eux-mêmes.

Grâce à sa persistance, à sa foi profonde en son idée rénovatrice, à sa volonté opiniâtre, il réussit à faire de la petite pension un large et grand collège qui prit peu <à peu son développement progressif et régulier.

En 1844, la Ville de Paris adopta le collège, dont les bâtiments devinrent bientôt insuffisants pour contenir la nombreuse population scolaire qui s'y pressait et qu'attiraient les méthodes nouvelles d'enseignement.

Il fut reconstruit élégant et moderne, au boulevard des BatignoUes. Combien différent de l'antique geôle de Montaigu! Depuis ce jour, ses succès ne font que s'affirmer; ce qui est la preuve de l'opportunité de cette création qui a été tant imitée depuis, l'indice de nécessités nouvelles, la marque d'une évolution nécessaire dans un monde qui révèle en quelque façon à lui-même, par ses propres progrès, le monde du travail.

Plus la démocratie prend conscience de sa force et de ses destinées, plus elle appelle un enseignement qui la prépare mieux à son labeur quotidien et à son rôle.

Plus, d'autre part, la concurrence universelle se développe, les marchés se pénètrent mutuellement, les produits entrent en comparaison et en rivalité, plus l'apprentissage de la main et de l'œil doit être indissolublement lié à celui de l'esprit. C'est ce qu'a réalisé l'enseignement technique et théorique de Chaptal, c'est ce qui a produit la large trouée qu'il a faite dans la vieille Université qui chaque jour, en rechignant et en levant les yeux au ciel, est forcée de renouveler ses méthodes, son enseignement, ses formules, selon les formules, les méthodes inaugurées par Chaptal.

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