CHAPITRE XLVI
Les étudiants étrangers. — B. Latini. — Le Dante, Boccace. — Collèges Scandinaves, Sainte-Barbe et les Portugais. — Les Lombards. — Collège des Escossois. - Université Hall.
Le nombre des étudiants étrangers était considérable, à Paris, au moyen âge. De tout temps, le Quartier Latin, la Montagne sacrée, apparaît surmontée du pbare lumineux dans les rêves de l'étudiant étranger, qui veut venir à l'Université de Paris, « cette mère de toutes les Universités », comme on l'a appelée.
De tout temps, la jeunesse studieuse de l'étranger est venue apprendre, travailler à nos écoles. De leur séjour en France, les étudiants étrangers emportent un peu de la chaleur de notre accueil, de l'enthousiasme de nos fêles, de l'indépendance de nos esprits. Ils se rappellent qu'à l'endroit même où ils s'assoient, d'autres très illustres sont venus s'asseoir avant eux.
Les souvenirs se lèvent en foule pour les recevoir dès leur entrée dans la cour des Écoles.
C'est là, sur cette plate-forme, devant le Collège de France, en plein air, que Giordano Brimo, fuyant la haine des papes, vint parler de philosophie et de liberté naissante.
C'est dans la rue du Fouarre que le proscrit italien Bninetlo Latini professait la grammaire et la philosophie et commençait son cours par ce merveilleux éloge de la langue française : « Sa parleure en est plus délectable et plus commune à toutes gens. »
C'est au pays latin que le Dante, banni de Florence, vint étudier le grec sous le docteur Sigier. C'est en mémoire de son séjour à Paris qu'il chantait que la France était douce, que son âme était lumineuse
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et que son esprit avait des ailes : « 0 ma chanson, dis à Florence que là où je suis une chaîne me relient. »
Dès 1280, une foule d'éludianls suédois sont inscrits à l'Université de Paris, si bien que des statuts pro scolaribiia Parisiensibus furent rédigés par l'archevêque Jean. Au treizième siècle, trois collèges suédois existent à Paris : le collège de Scora, dans la rue du Clos- Bruneau, en activité jusqu'en 1303; le collège de Linkoipm, rue des Carmes, et le collège d'Upsal, rue Serpente. Plusieurs de ces Suédois du Quartier latin furent admis à professer en Sorbonne. Tel, maître Laureiiùm, qui enseignait la philosophie et les autres arts libéraux, en 1348; tel, Andréas, cum celebritate et ingentis nominis fama; Martinus, professeur de droit, auteur d'une œuvre renommée, Significandl modi; laquelle garde sa place dans l'enseignement juridique jusqu'au seizième siècle.
Le collège des Bernardins fut fondé pour les étudiants anglais; le collège de Tournai, destiné aux Flamands.
Une des quatres nations de l'Université était exclusivement composée d'Anglais, d'Écossais, de Saxons et de Germains.
Les étudiants portugais et espagnols affluaient à Sainte-Barbe; ils y formaient une tribu nombreuse et bruyante; ils restèrent longtemps les tenants de la vieille scolastique. C'est parmi eux qu'éclata soudain cette sorte de folie religieuse, de dévotion excessive dont Ignace de Loyola fut le représentant le plus célèbre.
Les Italiens suivaient de préférence les cours du collège des Lombards, fondé en 1330 sous le nom de Maison des pauvres écoliers de Notre-Dame par quatre Italiens : Chinni, évêque d'Arras; Hôpital, bourgeois de .Modène; Rénies de Pestoge, apothicaire; et Manuel Bolland, de Plaisance. Plus tard, les bâtiments tombant en ruine, deux prêtres irlandais, Kellg et Magidn, obtinrent en 1681 des lettres patentes qui les autorisaient à le rebâtir pour y recevoir les Irlandais étudiant en l'Université de Paris.
En 1325, David, évêque de Murray, et Jacques Bethoun, archevêque de Glasgow, fondèrent le collège des Écossais pour les pauvres étudiants de la nation écossaise; c'est en 1662 que Robert Bardai fit bâtir sur la rue des Fossés-Saint-Victor la maison qui existe encore aujourd'hui. 11 y a quelques années, des délégués des Universités écossaises sont venus à Paris renouer les relations intellectuelles qui existaient autrefois entre les deux pays.
En 1273, un docteur danois donna aux écoliers de sa nation une maison située à Paris pour fonder le collège de Daii. Après la prise de Constantinople, des jeunes gens furent réunis dans un collège qu'on appela collège de Constantinople.
Quand les Universités françaises furent abolies, les étudiants étrangers désertèrent Paris; mais dès que les Universités furent reconstituées et qu'elles redevinrent vivantes comme au moyen âge, elles reconquirent peu à peu leur ancienne puissance d'attraction; on y vint de nouveau de tous les points de l'Europe.
Une des plus nombreuses est la colonie roumaine universitaire. Dans un quartier pauvre, vivant avec une sobriété touchante, étudient les étudiants russes.
Notre Université commence à prendre son rang; elle lutte contre les Universités allemandes, qui avaient réussi à détourner chez elles le grand courant universitaire et dont la population scolaire compte plus du tiers d'étrangers.
Il faut que nos écoles attirent à elles tous ces étudiants, qui deviendront des propagateurs de nos idées scientifiques, de notre littérature, qui nous prépareront des conquêtes de tous genres; il faut que de Paris, ce centre, retournent chez eux, avec le cerveau meublé, le cœur plein de reconnaissance, ceux qui furent nos hôtes et qui nous aimeront mieux, car ils nous auront mieux connus avec nos bonnes qualités d'hospitalité joyeuse.
Au Quartier latin, un certain nombre d'œuvres ont été créées, en ces derniers temps, dans l'intérêt des étudiants et étudiantes étrangers. On les désigne sous le litre de Université Hall. Il y a un comité de patronage des étudiants étrangers dont le siège est à la Sorbonne. Un comité de voyages d'études s'est constitué le correspondant des jeunes gens qui désirent venir étudier à Paris. La Résidence universitaire et le Home universitaire son\, pour les étudiants étrangers des deux sexes, les maisons hospitalières où ils trouvent des compatriotes et une installation matérielle peu coûteuse.