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CHAPITRE XLVII

Les institutions privées : Barbette, Favart, Jauffret, Massin, Lepitre, Bourdon, Savouré, Barbet Jubé, Lelarge, Chevallier. — Barras et Bonaparte. —Les professeurs républicains.

A côté de celle aima mater, de celle Université, de ces collèges d'Étal à l'organisalion puissante, existaient de nombreuses institutions particulières qui vivaient à leur ombre, leur apportant une active collaboration de chaque jour. Ce sera le dernier chapitre de cette élude sur la vieille Université parisienne, que ce souvenir donné fl ces modestes mais utiles auxiliaires, presque tous disparus aujourd'hui et qui, pendant près d'un siècle, ont concouru si brillamment à son éclat et à sa grandeur.

Ce fut à la suite de la suppression de l'ancienne Université, au début de la Révolution, et en attendant la réorganisation, que d'anciens maîtres des vieux collèges ouvrirent au Marais les premières maisons d'éducation. Ce furent celles de MM. Lechevalier, dans l'hôtel Lepellelier Sainl-Fargeau, et Barbette, rue des Francs-Bourgeois. Puis successivement d'autres furent fondées pendant l'Empire, se groupant autour du lycée Charlemagne, qui ne recevait pas d'internes.

Un ancien libraire, M. Favart, recueillit chez lui, rue dos Amandiers-Popincourt, alors que l'Université n'était pas encore rétablie, quelques jeunes gens : le nombre des élèves s'augmenlant, il transféra son institution rue Saint-Antoine, dans le bel hôtel d'Ormesson.

L'institution, qui eut de nombreux succès (dix prix d'honneur de philosophie et de rhétorique), vécut soixante-cinq ans : elle se fondit dans l'inslitulion Jauffret. Ou remarque, parmi les élèves qui eu sor-

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tirent, A. Maquet, général Bedeau, Vandal, Colmet d'Âge, de Molènes, Vacqiierie, Amigues, P. Blewice, Colmet de Santerre.

L'inslilulion Lechevalier s'installa d'abord à l'hôtel Saint-Fargeau, où habitait le célèbre conventionnel Michel Lepelletier de Saint-Fargeau, lorsqu'il fut assassiné par le garde du corps Paris. Ses principaux élèves furent : F. Mallefille, de Maypassant, Dehrieitx, Tardieu, Gar sonnet, Zeller.

En 1837, M. Javffret en devint directeur et propriétaire et en fil l'institution la plus imporlanle de Paris. 11 sut, après le coup d'Etat, attirer à lui les professeurs qui avaient refusé le serment : Vapereau, Barni, Mesnard, Catalan, Moutard, de Montmahoii, Dehéram, qui donnèrent à sa maison une force d'études incomparable. Les principaux élèves qu'il forma furent Brasseur, Merlet, Tissât, Got, Ch. Hugo, Ulbach, Manuel, E. Baspail, Ahout , Hadamard, Accarias, Demogeot, Empis, Dufaure, Napias, etc.

L'institution Lcpître, rue de Turenne, était très florissante sous l'Empire. Parmi ses élèves : V. Cousin, Ai'vers, qui remportent les prix d'honnenr.

L'inslilulion Bourdon, rue Payenne, obtint de grands succès au Concours général : la liste des élèves est briilanle : Cambacérès, Debelleijme, Roqueplan, Pouchet, Astruc, Cuvier, Pasquier, Massenet, etc.

En 1816, M. Landry établit une institution rue de la Cerisaie, dans l'ancien hôtel de Lesdiguières; ses principaux élèves furent Sainte- Beuve et Ledru-RolUn.

M. Lefortier avait fondé en 1810, dans l'ancien hôtel des ducs d'Aumont, 7, rue de Jouy, une institution dont les élèves remarquables furent : Saint-Reiié Taillandier , Ed. Thierry, Guéroiilt, Geffroy, etc.

De toutes les institutions qui entouraient le lycée Charlemagne, la plus brillante, avec Favart, fut l'inslilulion Massin, installée dans l'ancien couvent des iVIinimes, près la place Hoyale. Les succès qu'elle remporta au Concours général n'ont jamais eu d'équivalent dans l'Universilé.

Parmi les prix d'honneur : G. Perrot, Buffet, Ctivillier, Desmarets, Ch. Deslys, Fustel de Coidanges, Fould, Glandaz, Gastambide, Halévy, Jurien de la Gravière, Lasteyrie, de Laborde, Plocque, Saint- Agnan-Choler, Sarcey, E. Thomas.

En 1829, M. Lievyns fonda à l'hôtel Carnavalet une institution qui prospéra; ses principaux élèves furent Délolaud, Francolin.

Sur la rive gauche, quelques institutions aussi s'étaient créées; la plus vieille est l'institution Savoure, rue de la Clé; depuis plus d'un siècle et demi dirigée par la même famille, c'est la doyenne de toutes les institutions parisiennes; elle fut fondée en 1729 par un vieux janséniste, Savouré, expulsé de Sainte-Barbe par les Jésuites triomphants. Son fils dirigeait l'inslilulion prendant la Révolution. Un jour, l'inepte général de la Commune Henriot vint intimer l'ordre au citoyen

INSTITUTION CHEVALLIEn. ANCIEN COLLEGE DES ECOSSAIS

Savouré, à la tête de sectionnaires, d'avoir à dénicher les statues de saints qui ornaient la façade. Or, les braves patriotes avaient pris pour des saints du calendrier Jupiter, Minerve et Vénus. On leur expliqua que c'étaient des dieux romains, pas bien dangereux. Ils furent laissés en place, et on les voit encore aujourd'hui dans la façade sur le jardin.

La pension Savouré, qui avait ouvert ses cours pendant toute la Révolution, devint fort à la mode pendant le Consulat. En 1796, un coupé s'arrête à sa porte, en descend un homme malingre, aux cheveux plats.

« Je suis, dit-il au père Savouré, le général Bonaparte; je cherche une boîte où fourrer mon frère avant de partir pour l'Italie. »

Jérôme sortait chaque décadi au Luxembourg, chez Barras; on se gênait peu devant lui, aussi son éducation laissait-elle à désirer.

Le père Savouré écrivit à Barras la très digne lettre que voici :

« Citoyen Directeur, quand le général Bonaparte m'a confié l'éducation de son jeune frère, il a voulu que j'en fisse un homme instruit et capable. Or, je crois que rien n'est plus contraire à ce but que la fréquentation de vos aides de camp.

« Veuillez donc me laisser entièrement maître de l'éducation du jeune Jérôme, ou bien le retirer de chez moi. »

Barras, furieux, retira Jérôme de l'institution.

M. Savouré n'eut pas que des élèves de ce genre. C'est de son institution que sortirent d'Houdetot, Chasseloup, l'amiral Baudin, Naudet, Chomel, de Sacy, de Grouchij.

Autour du lycée Condorcet, les institutions étaient aussi fort nombreuses; les principales étaient Dellorjiiei, où Casimir Bonjour fut répétiteur, et Carré de Mailly, qui eut Sainte-Beuve comme élève, Delahaye, Loubens, etc.

Les institutions Hallays-Dabot , Jubé, où Lenient remporta le prix d'honneur de rhétorique, gravitaient autour du lycée Henri IV.

Le lycée Saint-Louis avait comme auxiliaires les institutions Barcat, où fut élevé Bourbaki; Hortus, d'où sortit Challemel-Lacour ; De Reusse, fondée à la fin du dix-huitième siècle, a ey comme élèves Catalan, Des pois, Pontmartin, de Fréminvillè, P. Jane t.

Toutes ces institutions ont été tuées, ainsi que celles du Marais, par les nouvelles lois sur l'enseignement et par la concurrence que leur font les écoles des Jésuites, des Dominicains et des Oratoriens. 11 ne reste plus guère des anciennes institutions d'autrefois que l'institution Lelarge, qui résiste grâce à la force acquise, et l'institution Chevallier, rue du Cardinal-Lemoine, laquelle, par son passé brillant, par l'excellence de ses méthodes, est aujourd'hui sans rivale pour la préparation aux examens.

Elle fut fondée vers 1800 par un ancien vice-rccteur de l'Université, .M. Chevallier, qui avait refusé de prêter serment à l'Empire sorti du coup d'État, dans les bâtiments de l'ancien collège des Ecossais dont nous avons résumé l'histoire. Cet homme éminent sut donner à son institution une organisation remarquable : il sut s'entourer de professeurs de premier ordre, qui, ayant refusé de se courber devant le coup d'État du 2 décembre triomphant, vivaient péniblement de

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leçons et de répélilions, Marais, Michaud, Frédéric Morin, Henry, Dacosta, Grousset, Assolant, Gérono, elc, qui furent mes maîtres et qui firent de leurs élèves des républicains convaincus.

Dans ces pages consacrées à l'Université de Paris, « cette haute et magnifique nef » au glorieux passé, nous avons voulu saluer ces institutions, modestes auxiliaires, qui déjà ne sont presque qu'un souvenir et qui ont, pendant cent ans, navigué dans son puissant sillage.

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