‹ Le vieux Paris universitaireChapitre 7 sur 72 · Éclabousser · texte numérisé non relu

Éclabousser

2t LE VIEUX PARIS UNI VERSITAinE

moustier de Sainte-Catherine. Une flèche vint même se ficher dans le maître-autel, derrière lequel le prêtre célébrant dut « se muscher' ».

Abominable sacrilège! L'Université porta plainte au roi, et, sans attendre qu'il fût statué sur ses réclamations, elle ordonna que, surle-champ, les classes fussent fermées et que les prédications cessassent dans tout Paris.

Cette mise en interdit, cette excommunication scolastique eut un prompt efTel. Le Parlement, qui, ainsi que le roi, tremblait devant la terrible férule universitaire, arrêta que, avant jugement, Savoisy aurait la ville pour prison, et qu'il n'en pourrait sortir sous peine de confiscation de ses biens.

Savoisy eut beau demander pardon à l'Université et déclarer « qu'il était prêt à livrer le coupable de sa propre main^ ». Il était un des serviteurs du duc d'Orléans, cela suffit pour que l'Université, qui était du parti du duc de Bourgogne, le traitât avec la dernière férocité. Ce peuple de docteurs, fanatiques, orgueilleux jusqu'au délire, fut implacable. -

Comme Savoisy avait avoué ses valets en les excusant, elle poursuivit l'injure avec la dernière âpreté.

Le conseil du roi dut évoquer l'affaire sur le réquisitoire de Gerson, l'auteur de VJmilation de Jésus-Christ, qui porta la parole au Parlement, « cette cour très honorable oh. repose sans muer et défaillir la royale authorité ».

Ce fut un frère mineur, Jacques des Bœufs, qui soutint, au nom de l'Université, l'accusation devant le conseil du roi.

Son discours, d'une violence inouïe, est un monument du mauvais goût et de la déclamation burlesque qui caractérisaient à cette époque l'éloquence judiciaire et sacrée.

Le thème était un texte — tronqué d'ailleurs — de l'Évangile selon saint Marc : Deprecabuntur eum ut imponent ei mamini.

Le moine cite d'innombrables versets de l'Écriture, rappelle que dans l'antiquité, à Troie, les temples d'Hercule et de Vénus furent violés, que saint Thomas de Cantorbéry fut tué au pied des autels, que Savoisy, « homme de Madian, avait, en poursuivant d'innocents (?) clercs de la sainte Église, violé le temple sacré de Jhesu-Crist ».

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