ANGÉLIQUE
Tu briguas chez Bary le quatrième employ;
Bary t'en refusa, tu t'en plaignis à moy,
Et je me souviens bien qu'en ce temps- là mes frères
T'en gaussoient, t'api)elant le mangeur de vipères;
Car tu fus si privé de sens et de raison
Et si persuadé de son contre -poison.
Que tu t'offris à luy pour faire ses épreuves,
Quoy qu'en nostre quartier nous connussions les veuves
De six fameux bouffons crevez dans cet employ.
Ce fut là que chez nous on eut pitié de toy,
Car mes frères, voulant prévenir ta folie,
Dirent qu'il nous falloit faire la comédie *.
Plus haut (acte I^, scène m), le Boulanger de Chalussay nous avait montré Molière en tête à tête avec l'Orviétan et Barry, et relïïsant de s'asseoir dans un fauteuil devant eux, parce qu'il se souvient •
(Jue l'un et rautre fut son maistre.
Il ne nous dit pas pourtant en propres termes qu'il soit monté sur leurs tréteaux et qu'il ait mangé des couleuvres en place publique; il faut lui en savoir gré. Sous l'exagéi-ation haineuse d'un ennemi, il pourrait bien y avoir un fond de vérité dans ces assertions, en ce sens du moins que Molière, qui, non content d'étudier Scaramouche et Gaultier-Garguille, avait également tiré parti du théâtre deTabarin, dut ne pas dédaigner davantage les parades de Barry et de l'Orviétan.
I^ Boulanger de Ciialussay prête à ceux-ci un langage sentencieux, emphatique et farci de citations, ({ui n'a rien que de très vraisemblable. L'Orviétan s'exprime en un baragouin mi-tudesque, mi-italien, qui ajoute un charme particulier à ses hâbleries :
Ma, foussiez-vous larté d'as[»ics et de vipères, Lio forte et Tarsénic proulast-il fos fiscères, Déjà fos intestins en foussent-ils ronchcz, Et foussicz-vous mordou de cent chians enrachez, Né craindé pu la mort, ny que le mal empire: Foicy moy l'Orfiétan, et cela c'est tout dire.
' Elomire hypoœndre, scène ii du Divorce comique, intercalé dans le IV» acte.
11 est permis de croire qu'il a un peu forcé la note; surtout quand il parle des six bouffons crevés dans lemploi de mangeurs de vipères chez Bari-y, en dépit de son contrepoison , je n'hésite pas à croire à une cïdomnie. 11 faut se rappeler que Fauteur était probablement un membre de la Faculté, comme semble le prouver le sous-titi-e de sa pièce {les Médecins vengez) et cent détails cpii s'y trouvent disséminés : en celte qualité, il devait en vouloir aux deux illustres opéi*ateurs non moins qu'à Molière, et ils ont la gloire d'avoir été calomniés en même temps (jue hii.
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