‹ Le vieux ParisChapitre 3 sur 35 · FOIRES DU LANDIT, DE BEZ0N3, SAINT-OVIDE, SAINT-LAURENT · texte numérisé non relu

FOIRES DU LANDIT, DE BEZ0N3, SAINT-OVIDE, SAINT-LAURENT

FOIRE 3AINT-GERMAIN. - LEâ FOIRES QUI SUBSISTENT

L'étQde t!e nos vieilles foires parisiennes oITre un gramf intérL-l, ;'i des points de vue très divers : on i>eul dire qu'elles furent l'embryon

Momué Tnmttrant leJ'Lo^^siéd Parades et ifjJt'UX deiit /oirc-.

'nulap'ieedetliémoirapaurieriiiràfhiitoiredetipecttKteêdtlaluire. — Pam, 1713, Jn-S°, (Ea-madu premier volume: Bibl. du musée Carnavalet, n°3676.)

les expositions universelles, — avec des différences notables sans loute, mais aussi avec certaines analogies, telles que les divisions

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par branches d'industrie et les classements d'objets par pays de provenance, — car on s'y rendait de toutes les parties de l'Europe el quelquefois du monde. L'opéra-comique y eut son l)erceau ; quoi qu'en puisse penser son orgueil de parvenu , c'est bien là qu'il est né et qu'il a commencé à grandir, entre les marionnettes, les veaux à deux têtes, les escamoteurs et les danseurs de corde.

Si aujourd'hui les foires tendent à disparaître, par suite de l'extinction des privilèges, de la rapidité des communications, de la difTusion de l'industrie et de cent autres raisons analogues, elles étaient autrefois une des nécessités principales d'un commerce encore au l>erceau. Outre ses grands marchés, Paris en avait de vastes et nombreuses, dont quelques-unes jouissaient d'une réputation européenne.

De ce nombre était, par exemple, la foire du lendit, ou, pour suivre une orthographe plus conforme à Tétymologie, de l'Indict, dont nous avons parlé dans le chapitre précédent. Aux environs de Paris se tenait également une foire beaucoup moins ancienne et moins importante, mais qui ne fut pas moins populaire en son genre : celle de Bezons, petit village qui fait actuellement partie du département de Seine- et- Oise. Elle avait lieu le premier dimanche de septembre, et les Parisiens s'y rendaient en foule. Gabriel de Saint-Aubin nous en a laissé un vif croquis dans une de ses plus curieuses esUimpes (1750) : c'est un fouillis, une cohue pitloresijue de tentes sous les arbres, d'acheteurs, de badauds, de carrioles sur lesquelles sont juchées des caravanes entières de visiteurs et de personnages travestis. La prairie de Bezons voyait bien des folies de toutes sortes pendant la durée de cette foire, véritable renouveau du carnaval, où l'on allait en partie fine comme au Moulin de Javelle et au Port -à- l'Anglais :

Haut le pied, belle Alizon!

Pour gambader, rire el boire.

Vive la foire

De Dezons !

On V danse

En cadence;

On s'y balance

Sur le gazon ».

* Dancourt, la Foire de Bezons y 169o. — V. aussi le Retour de la foire de Betonê, par Gherardi (id.). — Cabinet des Estampes : Tupographie de la France, Seiiie-et-Oise , I (2 es*

Les jeunes seigneurs, les muguets, les phtmets et le pelit peuple qui étaient allés s'égayer à ce grand rendez-vous à la mode, revenaient en cortège triomphant à Paris, et l'avocat Barbier nous appi-ond dans son Journal (septembre ÏT20) que les bourgeois de la bonne ville avaient coutume de se réunira l'Étoile, au bout des Champs-Elysées,

La foira de Dezons.

" Le bac et la parade. ■ d'après une grarure conservée au cabinet des Estampée.

(Topographie de la France, Seine- et- Oise, canton d'Argenleuil.)

pour assister au joyeux retour, j'allais dire à la descente de celte foire, véritable ilélilé de masques; car il était d'usage de s'y rendre sous des déguisements divers.

Parmi celles qui se tenaient à Paris même, et (|ui ont disparu, nous citerons : la foire du Temple, pour les fourrures et les merceries; la foire Saint-Clair, qui s'échelonnait pendant liuit jours le long de la rue Saint-Victor, à partir du "18 juillet, et qui était très fréquentée par les joueurs de marionnettes et les montreurs d'animaux ; In foire du Saint-Esprit , qui se renouvelait tous les lundis sur la place

de Grève, au xviiic siècle; puis deux autres plus fameuses : les foires Saint-Ovide et Saint- Laurent.

Au xviio siècle, la foire Saint -Ovide avait lieu place Vendôme. Sa première origine ne remonte pas plus haut que Tan 1665, où, le duc de Créqui ayant donné aux capucines de cette place le corps de saint Ovide, qu'il avait reçu du pape Alexandre Vil, il s'ouvrit aux abords du couvent une petite foire de pâtisseries, de pains d'épice, de jouets, de bijoux enfantins, d'objets religieux, pour profiter du concours des fidèles. Cette foire s'augmenta vite avec l'aflluence populaire. Il s'y établit des tentes, des cabarets, des guinguettes, à l'usage spécialement des gens de la campagne, mais dont les Parisiens ne se firent pas faute de profiter non plus. Elle durait un mois, du 14 août au 15 septembre. En 1764, un industriel obtint de faire construire autour de la place des loges de charpente pour les marchands et d'autres pour les specUicles forains*; ce qui n'empêcha pas la foire Saint-Ovide, quelques années après, en 1772, d'émigrer sur la place Louis XV, où elle fut incendiée en 1777. C'était la réunion populaire et plébéienne par excellence.* Tous les baladins, danseurs de corde, montreurs de curiosités et de phénomènes, saltimbanques vulgiiires, avaient fini par en faire le centre de leur industrie. Cependant il ne faudrait pas croire que là se bornât le cercle de ses exhibitions : la foire Saint- Ovide avait aussi son public aristocratique, qui y venait par curiosité. Les fournisseurs en vogue, les modistes, les coiffeurs en profitaient pour y exposer le fruit de leurs doctes méditations, et, en 1772, on y vit figurées, sur de grands mannequins, dans un des nombreux cafés qui la remplissaient, les gigantesques coiffures à la Monte- auciel, que le peuple s'attroupait pour saluer de ses applaudissements ironiques *.

C'est à la foire Saint -Ovide que le rédacteur des Mémoires secrets rencontra un jour ce saltimbanque qui, après avoir exécuté différents tours de passe-passe, s'arrêta tout à coup avec recueillement et inter- ])ella les si)ectateurs en ces termes :

« Messieurs, je vous prie de prêter une attention toute par ticuUère au tour qui va suivre. Je l'ai appris à Ferney, de ce grand homme qui ftiit tant de bruit ici, de M. de Voltaire, — notre maître à tous! >

Et il se découvrait respectueusement.

Plusieurs étabUssements religieux avaient le privilège d'ouvrir des boutiques dans leur enceinte. Les fêtes patronales de la plupart des

^ Huriaut et Magoy, Dictionnaire historique de la ville de Paris, III, 48. * Mémoires de la république des lettres, t. XX IV. — E. et J. de Goncourt, la Femmi au xviii* siècle, in-8», p. 314.

paroisses de Paris donnaient également lieu ù de petites foires ijni s'établissaient aux alentours de chaque église, à peu près comme celle qu'on voit aujourd'hui près Sainl-Étienne-du-Mont, aux premiers

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