CHAPITRE IX
La danse de corde est un art méconnu par lopinion. Marcher entre terre et ciel, avec la légèreté du sylplie, sur un fil à peine visible; se promener dans les airs et monter vers la nue, comme pour y rejrarder les étoiles face à face; se heurter en passant à Taile elTarouchée des oiseaux, qu'on pourrait prendre en étendant la main; lutter avec le vertige, braver la mort à chaque mouvement, dans de superbes gambades et d'orgueilleuses cabrioles à travers l'infini; tenir tout un peuple haletant à la fois d'admiration et de terreur, et toujours, au milieu des angoisses de la foule, des cris d'épouvante, des éblouissements, des applaudissements, lorsque les plus braves euxmêmes parmi les spectateurs ferment les yeux pour se dérober à la peur qui les gagne, reparaître calme, intrépide, souriant, inébranlable, voltigeant dans une atmosphère lumineuse, comme une vision de l'autre monde : voilà le sort et voilà la gloire de l'acrobate. Les Grecs, maîtres et arbitres du beau, qui se connaissaient en arts élégants et nobles, honoraient la danse de corde d'une particulière estime, dans ces jeux où ils cherchaient à développer à la fois la force du corps, la souplesse des mouvements, la grâce des attitudes et l'audace de l'âme. Les schœnobatcs, qui se suspendaient par les pieds, ou le cou et tournaient autour de la corde, comme la roue autour de l'essieu; les acrobates, qui, les bras et les jambes tendus, volaient de haut en bas le long de la corde appuyée sur leur estomac ; les oribaies et les neurobales , qui couraient sur la corde horizontale et y formaient tous les pas de la danse au son de la flûte, avaient porté chez eux ce grand art à u|i degré de perfection que n'atteignirent jamais, malgré la protection de l'empereur philosophe Marc-Aurèle et du divin Iléliogabale, prêtre du Soleil, les funambules du grossier peuple romain.
J'admire notre inconséquence. Une danseuse de l'Opéra qui fait des entrechats et des pirouettes sur le plancher des vaches, avec une robe aussi courte par en haut que par en bas, c'est une artiste : les Dorât et les Gentil -Bernard la chantent dans leurs petits vers, et on la paye cent mille francs par année; un acrobate, qui fait tout cela et bien d'autres choses encore, à cinquante pieds du sol , sur un fil de la grosseur du petit doigt, où un moineau même ne se pouiTait hasarder sans que la tête lui tournât, c'est un saltimbanque, et il aura bien de la peine à gagner de quoi vivre de pain sec et d'eau claire ! Est-ce donc parce qu'à l'élégance, à la grâce, à la souplesse des autres danseurs, il faut nécessairement qu'il joigne une adresse quasi surhumaine, un courage et un sang-froid extraordinaires? est-ce pour cela que l'opinion, tout en l'admirant, le méprise? Et les danseuses, qui s'oFTeuseraient d'un rapprochement avec ces modestes héros de la corde raide, trouvent- elles qu'il soit plus déshonorant c tourbillonner dans l'espace comme un alome, comme une ètincelU comme un rayon, en jouant sa vie le sourire aux lèvres, que de saute prosaïquement sur des planches où le plus grand risque qu'on puîsf courir est d'attraper une entorse? Est-ce le péril qui fait leur tnféri<d rite? est-ce leur courage qu'on méprise en eux? Saltimbanques poŒ saltimbanques, — ou artistes pour artistes, — je me déclare i lument, quant à moi, en faveur des plus vaillants, et au vaudevil]( du corps de ballet je préfère le drame de la danse de corde.
Les exercices des acrobates remontent incontestablement chez nodj à la plus haute antiquité. Les Francs de la première race, amourt de la danse pittoresque et caractérisée, comme tous les peuples i tous les siècles à demi barbai'es, et fort experts en intrépidité, devaient se plaire à ce i^iiectacle gracieux et mâle à la fois, qui, par malheur, a manqué alors d'historiens. En tout cas, il est certain qu'on le trouve en usage dès l'établissement des foires : les danseurs de corde suivent de ville en ville ces grands marchés populaires, et vont di-esser leur tliéàtre sur la place publique, wur le champ forain. Souvent ils s'associent à un montreur d'ours, à un mire ou herbier ambulant, à quelque jongleur d'ordre infime, et déploient leur talent dans les entr'actes de la vente des drogues ou du chant d'un poème. La représentation a presque toujours lieu eu plein air, et elle est suivie de la quête '.
A partir du milieu du .xiiP siècle, nous marchons un peu moins à tâtons, et les chroniciucurs commencent à s'occuper des faits et gestes de nos héros, (pie nous pouvons dès lors suivre, pour ainsi dire, à
' Spon, Rti-htrehc» cunViisrt dfs anliquilfs , 168,T, in-V.
la piste. Alljéiic des Trois- Fontaines nous appiend qu'aux noces de Robert d'Artois, frère de saint Louis, un ménestrel traversait les airs sur une corde. Sous Cliailes V, on vit dans le même genre, à Paris, quelque cliose <le bien plus mei'veilleux, et la docte Cbristine de Pisan n'a pas dédaigné d'en transmettre le récit :i la postérité. Nous allons lui laisser la parole :
-i II y avoit un boninie à Paris, du temps du saf,'e loi Cliailes, ([ui
Les baleleurs, il'ii|ii'èd une gravure de Caudex-Veune, 1621).
avoit une telle industrie (|u'il sautait morveilleusemcnt, lonilioit et faisoil, sur des cordes tendues haut en l'ail-, plusieurs loui's qui seni- Meroient cbose impossible si on ne l'avoil vu; car il tendoit des cordes bien menues, allant depuis les tours de Noslro-Dame do Pai-is jusques au Palais et plus loin, et par-dessus ces cordes sautoit et faisoil des tours de souplesse, si bien qu'il senibloit voler; aussi l'appeloit-on le Voleur. Je le vis, et beaucoup d'autres aussi. On disoit qu'il n'avoit jamais eu son pai'eil en ce métier... Il vola ainsi pai- plu- »ieui's fois devant le roi. Et conune, quelcpie temps après, le roi appnt (jue cet bomme, en volant, avoit manqué la corde qu'il devott prendre avec le pied, et qu'il étott tombé de si baut qu'il s'étoit entièrement
broyé : « Certes, dit-il, il est impossible qu'à la fin il n'arrive malheur « à un homme qui présume trop de son sens, de sa force, de sa légè- € reté ou de toute autre chose *. »
Cette réflexion philosophique est venue très à propos pour relever un sujet que beaucoup de gens trouveront bien futile. J'en pourrais moi-même hasarder quelquefois de semblables ; je prie néanmoins le lecteur de m'en dispenser : celle du sage Charles V est de taille à servir pour tout le reste du chapitre.
Sous le règne do son successeur, Paris vit se renouveler ce spectacle extraordinaii-e, dans des circonstances et avec une mise en scène qui lui ajoutaient un intérêt nouveau. On a raconté mille fois le trait de ce Génois (ou Genevois) qui, à l'entrée d'Isabeau de Bavière à Paris (1385), se laissa couler, en chantimt, sur une corde tendue depuis le haut des tours de Notre-Dame jusqu'au faîte de la maison la plus élevée du pont Saint- Michel, selon Froissart, ou, selon Juvénal des Ursins, jusqu'au Pont- au -Change, sur lequel passait la reine; puis entra par une fente pratiquée à l'étofle de tafletas d'azur, semée de fleurs de lis d'or, dont le pont était recouvert, et, après avoir déposé une couronne sur la tête de la nouvelle souveraine, repartit par le même chemin, comme s'il fut remonté au ciel. Pour dissiper l'obscurité naissante, le Génois tenait de chaque main un flambeau allumé, et les villageois des environs de Paris, qui aperçurent, dit-on, à trois ou quatre lieues à la ronde cette illumination mouvante, pensèrent qu'un ange était descendu du paradis tout exprès pour saluer la reine à son entrée dans sa bonne ville. Les plus sceptiques durent croire tout au moins à quelcpie lumineux météore, complice de la joie universelle, ou présage* d'un grand événement public.
Dulaure, qui a découvert dans l'histoire de Paris tant de choses étonnantes qu'on n'y avait jamais soupçonnées, a fait aussi sa petite découverte sur ce point particulier de notre histoire nationale*. 11 dit (jue ce funambule est sans doute le même que le Voleur dont a parlé Christine de Pisan. Je suis tout disposé à le croire, mais une difficulté m'arrête, et je me demande comment un homme qui s'était <c entièrement broyé » dans une chute, sous le règne de Charles V, se trouvait si ingambe sous le règne de (Iharles VI. A moins que l'esprit fort Dulaure ne croie aux miracles de Sganarelle, qui ressuscitait les enfants tombés du haut d'un clocher, et les envoyait aussitôt jouer à la mai^elle et à saute- mouton.
' Chrisliiie de Pisan, le Liorc des faits et bonnes mœurs du sage roi Charles, 1I« part.,
Dans le cours du xv^ et du xvio siècle, on voit lu danse de corde répandue et cultivée partout : Tétranger rivalise avec la France, et la province avec Paris. Les historiens du temps, moins dédaigneux que ceux du nôtre, semblent avoir compris Timportance de ce gmnd art, et ils ne manquent pas d'en transmettre avec admiration les exploits à la postérité, comme avaient déjà fait avant eux Christine de Pisan, Froissart, Juvénal des Ursins, et d'autres encore. Matthieu de Coucy, dans son Histoire de Charles VIF, parle d'un Portugalois qui faisait des tours extraordinaires devant les ambassadeurs du roi de France à Milan, sur une corde tendue à cent cinquante pieds de haut. Jean (UAuthon a gravement enregistré dans sa chroni(iue les prodiges exécutés à Màcon, sous le règne de Louis XII, par le funambule George Menustre : c'était un jeune honune qui, deux soirs de suite, exécuta les gambades les plus audacieuses, les danses en vogue, les niorisques les plus échevelées, sur une corde à vingt-six toises du sol, qui allait de la grosse tour du château de Màcon jusqu'aux clochers des Jacobins, et à laquelle, de temps à autre, il se susjjendait par les pieds ou par les dents.
Que nos grands acrobates du xix« siècle ne soient donc pas trop liers : leurs ancêtres les valaient bien. Blondin a travei'sé sans balancier la cataracte du Niagara; était-il beaucou[) moins difficile pour rép0({ue, et vu l'état peu avancé de la civilisîition, de traverser ^Fàcon en se crami)0nnant à la coi'de par la force de la màcboire, ou de se laisser glisser du haut des tours de Notre-Dame jusqu'au Pont-au- Change avec un llambeau à cluuiue main?
A la Ihi du xvP siècle, un illustre acrobate, Italien d'origine. Archange ïuccaro, consigna dans un ouvrage curieux le grave résultat de ses méditations ])rati(jues sur son art. Né à Aquila, dans les Abruzzes, il avait suivi en France Elisabeth d'Autriche, lllle de Maximilieu, mariée à Chai'les IX. Il eul l'honneui* de danser à Mézières «levant la cour, et d'accompagner dans son voyage en Touraine le jeune souverain, qui, charmé de ses talents, lui décerna le titre de Sallarin du roi. Enivré d'un tel honneur, Tuccaro lit imprimer Trois dialogues de Vexercice de sauter et voltiger en Vair, avec des figuius (Paris, 1599, in-4«), composés, dit-il, pour plaire au monarque, € qui étoil désireux au possible de s'exercer à ces sauts périlleux, es quels j'avois l'honneur de lui servir de maître. » Cbarles IX était mort depuis longtemps; mais Tuccaro, (]ui avait la conscience de sa valeur, et qui se glorifiait d'avoir eu un Valois pour élève, n'hésita pas à dédier son livre à Henri IV.
Néanmoins le xvF siècle ne semble pas avoir produit, à Paris même.
de funambules comparables au Voleur et au Génois. George Menusli-e était i>eut-ûlre un étranger : en tout tas, nous ne voyons nulle pari qu'il se soit moiilré à Paris. On dirait tjue le grand art, en se popularisant, s'était abaissé, qu'il avait perdu en liauleur ce qu'il avait gagné en étendue. La danse de corde était devenue un spectacle vulgaire, prodigué dans toutes les rues et sur toutes les places publiques, et elle semblait vouloii- courber sa vieille gloire sous le niveau uniforme d'une médiocrilé banale. Un auteur contemporain de Henri II parle
HÏècle, d'après u
impe du temps.
avec enthousiasme d'un Turc qui, marclianl sur une corde avec, un bassin ', se laissait tomber sur une autre tendue plus bas, où il faisait mille tours de son métier. On avait déjà vu mieux, et on ne devait pas tarder à voir mieux encore; mais l'admiration de l'auteur semble prouver -pie ce Turc fut un des restaurateui's de la haute école, et qu'on lui doit en partie cette renaissance de la danse de corde qui fut contempoi'aine de la renaissance des lettres.
C'était surtout les diinanclies et les jours de fête que la danse de conle faisait mei-veilles dans les l'ues. Kn ir»00, sur les plaintes des
e fais i]ue Iranâcrire SauM
ACBOBATEP RT SAUTEURS 341
turt's de Paris, un régicment iJe police, enregistré par ia Maie, réduisit les acrobates à ne plus se montrer (pi'aux foires Saint- Germain et Saint-Laurent.
En I58;ï, une troupe de voUitjcur& ant,'lais émerveille les Parisiens, et, sous Henri IV, un aerubale irlandais et le sauteur Colas amusent le jeune Dauphin à Fontainebleau'. A mesure qu'on avance, l'acrobatie est de plus en plus atcaparéo par les spéciales forains; cepeii- (ianl, sous Louis XIV même, elle ne laisse pas, dans certaines
eiècle, d'après une eelampe du temps.
circonstances solennelles, de se montrer iiuekjuefois encore en plein ail", comme pour prouver à la face du ciel qu'elle est digne du jjrand siècle et à lu liauleur de tous les autres arts. Un jour, un acrobate intrépide lit tendre une coide do la tour de Nesie à la tour du Grand- Prévùt, c'est-à-dire de l'emplacement actuel de l'ijùtel de la Monnaie à celui do Saint-Gormain-l'Auxerrois, et il voltigea là-dessus tant et si bien, il y lit tant et tant de tours de souplesse, de gambades, de cabi'ioles, de pirouettes et ile sauts de carpe, ipi'il finit jiar tomber la tèle la première dans la Seine, mais sans se faire auti-ement de mal. Il avait négligé peut-être de mâclier, avant ses exercices, cette racine
I Journal d'Iléroard; Didol, in-8-, pp. 90, lïfi, :
qui servait de préservatif à tous ses confrères contre le vertige et les étourdissements ; mais il avait eu du moins la prudence, dont il ne se repentit pas, de dresser sa corde au-dessus de la rivière.
D'après un passage d'une mazarinade de 1649 : le Ministre d'Élai flambé, commenté par d'autres écrits du même temps, il semble aussi qu'il y avait alors des acrobates établis sur le Pont-Neuf ou aux environs. Deux vers de cette pièce s'expriment de la sorte, en parlant des saltimbanques de ce pont fameux :
Cardelin semble ôlre perclus,
Son corps ne fait plus de merveille.
Or nous savons d'autre part * que ce Cardelin étiiit un habile acrobate italien qui, au ballet de la Prospérité des armes de France (IGil), avait représenté la Victoire en dansant sur une corde, environné de nuag(»s : il semble donc assez logique d'en conclure que le même exercice faisait partie de ses cabrioles sur le Pont- Neuf.
Mais, nous lavons dit, la foire était le grand centre, le quartier général des funambules. Dos l'origine, ou du moins dès qu'on commence à distinguer ce qui s'y passe, les diverses troupes qui viennent s'y établir se comiKjseut surtout de cabrioleurs, les uns gambadant sur les planches, les autres sur la corde raide, et pendant d'assez longues années les spectiicles forains ne sont guère autre chose. Nous avons déjà cité * les noms d'Allard, qui occupe une des premières places dans les fastes de l'acrobatie foraine, où on le voit apparaître dès 1078; de Maurice Vondrebeck ou von (1er Beck, dit simplement Maurice, d'abord pensionnaire, puis associé, enfin rival des Allard, et dont le lils du célèbre Daron épousa la lille en lOîXP, et de quelques autres. Ces troupes de danseurs de corde, comme on les appelait, même lors(iu'elles mêlaient à leurs s})cctacles des représentations de farces, de vaudevilles, de pantomimes et pièces par écriteaux, étaient innombrables, et il serait aussi long que fastidieux de vouloir les énumérer toutes. Mais comment ne pas accorder tout au moins une mention spéciale à des artistes comme Antony de Sceaux et Crespin, dont les talents illustrèrent la lin du règne de Louis le Grand? Antony est certainement un des funambules les plus étonnants qu'on ait vus en France, et nul n'a surpassé son adresse, son aplomb, son agilité. Il brillait également dans les exercices nobles et les exercices de fantai-
^ Mémoires de Marolles, t. I*% p. 126.— Beauchamps, Recherches sur les théâtres , t HI,
sie. Il avait inventé la danse d'ivrogne, et les sauteurs de sa troupe figurèrent déguisés en ours, en lions, en tigies, qui se livraient à des bonds prodigieux et à tous les tours de force de la voltige, dans les fêtes offertes par le duc de Bourbon à Louis XV pour son sacre. Crespin était un boiteux qui, malgré son inlirniité, jouait les premiers rôles dans les troupes de la veuve Maurice et du chevalier Pellegrin, et brillait comme pas un dans le tour de la table ou le saut du manche à balai.
Vers la fin du xviP siècle, à la foire Saint-Germain, un Turc* montait tout droit le long d'une corde qui partait du sol pour se rattacher au l)Out d'un grand mat, presque sous le plafond du jeu de paume. Une fois arrivé sur le faîte, il attachait son l)alancier au mat, ({ui était surmonté d'un rond de bois large comme une assiette, et là il virait de tous les côtés sur lui-même comme une toupie fouettée par un écolier, puis dansait la tète en bas et les pieds en l'air, en exécutant une foule de mouvements conformes à la cadence des violons ; enfin il descendait tout debout sur la corde, quoiqu'elle fût tendue de haut on bas, comme je l'ai dit. Il est vrai que cet homme extraordinaire était un Turc, et que les Turcs passaient, avec les Anglais et les Chinois, — singulière association, n'est-ce pas? — pour les plus habiles danseurs de corde du monde. Aussi les Turcs plus ou moins authentiques abondaient-ils parmi les acrobates et les équilibristes. Ce Turc périt au milieu de ses dangereux exercices à la foire de Troyes, victime, dit-on, de la trahison d'un Anglais de sa troupe, qui, sans doute par jalousie nationale, avait graissé perfidement la corde.
On trouve dans l'œuvre de Bonnart une série d'estampes jeprésentant les exploits sur la corde de deux couples d'acrobates, qu'il appelle l'Anglais et l'Anglaise, le Hollandais et la Hollandaise, et qui excitaient, en ce temps-là, l'admiration des amateurs. Les deux femmes, qui sont fort belles, s'en tiennent aux traditions vulgaires, mais l'Anglais s'étend et se balance, renversé le dos sur la corde; le Hollandais danse les fers aux pieds, exécute avec le balancier des tours périlleux, se suspend à une corde lâche au-dessus de sa tète et se laisse retomber sur la corde raide. On y voit aussi le Turc de tout à l'heure, escaladant d'un ferme jarret un cable tendu en diagonale et presque à pic.
D'autres dansaient sur la corde armés de pied en cap, les jambes enchaînées, les pieds dans des sabots ou des bottes, jouant du violon
» Bonnet, Histoire de la danse.
par derrière, au-dessus de la tète, entre les jambes. On formait spéci»lenient des troupes d'enfants acrobates, qui rivalisaient d'habileté et de hardiesse avec les vétérans du genre. C'est ainsi que tous Ifs exercices du Petit Diable et de Placide, dont nous parlerons pins loin, — 1.1 danse de torde en sabots, le.s châssis, les écarts, le saut du cheval, — élaîent réiiétés sans balancier par un enfant qui n'avait pas huit ans et qu'on avait surnommé le Petit petit Diable '.
l.es ticrnhfllei=. d'après Dupleasis- Bcrlaui.
L'histoire tlos saiih-tus se mêle intimement à colle des acrob;ites et ne sauriiil en t-lre st'parée. Non sonleinent ils travaillaient cote à côte (iani^ les mêmes tionpes, les mêmes spectacles, les mêmes i)ièces, mais pres(pie toujours les artistes forains étaient acrobates et sauteurs en même temps. Il en était ainsi, pai- e.\emple, du Basque Pieri'e DuhroL-, le |iremiei', dit-on, ipii e\éLUta le saut du tremplin on tenant à la main deux iliuiibeanx, cl aussi de l'Anglais qui, quelques années après, en 1727, exécutait le saul périlleux par-dessus quatorze personnes deliout. Cet Aujilais faisait iiartie de la Iroupe de Restier i)èit', chef de toule une dyiiaslie d'eutieprencurs de spectacles forains qui remplissent le xviir sii'rle, avec ,1.-F. Colin, Julien de Lavigne el sa veuve, Gourlioz dil C.audoti. de.
f l'.amparduri, .•<j>ccladcs de la Fvirc, I. I, p. 'JÀlS; l. 11, p. .129.