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essaya vainement d'établir à Rouen les courses de taureaux, résida plusieurs années à Lyon, et, en 1783, s'associa une première fois avec Astley. Mais, comme ses oiseaux savants semblaient peu goûtés des Parisiens, il retourna en province, où il commença à s'exercer dans la caiTière qui devait faiœ l'illustration de la famille. Le l"! avril 1791, Franconi, « citoyen de Lyon, * revenait débuter comme écuyer dans le manège d'Astley; malgré le succès de ce début, il retourna encore presque aussitôt à Lyon, où son cirque des Brotteaux devait être détruit de fond en comble à la suite du siège, en 17ifâ. Le 21 mars de la même année, il ouvrit enlin, dans lancien anipliithéàti^e d'Astley, dont il éUiit devenu le pi'opriétiiire, le cirque de Franconi. 11 parut plus d'une fois sur des scènes proprement dites. A l'ouverture du Théâtre national de la rue de la Loi, le 15 août 1793, les chevaux de Franconi furent à peu près les seuls acteurs cpii obtinssent quelque succès, par la manière biillante dont ils figurèrent dans le ballet de la Constitution d Constantinople.

Franconi ti'a versa tant bien que mal la période révolutionnaire, joignant à ses représentations équestres quelques rares intermèdes à deux personnages. Puis, voulant développer cette partie de son spectacle, il fit bâtir dans lancien enclos des Capucines un autre manège, à l'extrémité duquel s'élevait une scène assez vaste, où l'on jouait des pantomimes. Le percement de la rue Napoléon (depuis rue de la Paix) força Franconi, ou plutôt ses fils, à qui il avait cédé son exploitation en 1805, d'émigrer, et le 28 décembre 1807 s'ouvrit le Cirque Olympique, sur l'emplacement où s'éleva plus tard la salle Valenlino. Tout Paris passa par cette salle pour y admirer les scènes équestres et les pantomimes exécutées avec une rare perfection par Laurent et Henri Franconi, aidés de leurs femmes. Les Forces d'Hcr-

culc et les Centaures ou l'Education d'Achille obtinrent le succès le plus prodigieux. Lauient Fi-anconi excellait particulièrement dans l'éducation des chevaux : il en produisit vingt-deux.

En 1817, nous retrouvons au faubourg du Temple le cirque Franconi, délogé du quartier Mont-Thabor par l'installation imminente du Trésor. 11 y resta jusqu en 1820, toujours en possession de la faveur publique. Détruit par un violent incendie, il fut rebâti rapidement sur le boulevard du Temple, grâce à un concours sympathique, qui se manifesta par des rei)rés(Mitations au bénéfice des deux frères, par des souscriptions, par la prolongation de leur privilège. La nouvelle s;ille fut construite dans des conditions d'aménagement qui permettaient le déploiement d'une troupe immense, composée de cinq à six cents personnes, fantassins, artilleurs, cavaliers, et la figuration d'une

bataille. Cest de cette époque que date le mimodrame militaire, dont le tableau linal mettait invariablement en scène une mêlée avec coups de canon, charges de cavalerie, feux de Bengale et apothéose patriotique.

Quelques mois après Touverture de la nouvelle salle, Adolphe Franconi succédait à son père et à son oncle. 11 s'associa Vilain de Saint- Hilaire et Ferdinand Laloue, dont le nom est resté particulièrement attaché aux pièces militaires de l'ancien Cirque Olympique. Enfin, en 18;J5, le Cirque échappa aux mains de la famille Franconi pour passer à celles de M. Dejean, qui, quelques années après, linit par renoncer au théâtre du boulevard du Temple pour se consacrer tout entier aux représentations équestres, renforcées par tous les exercices gymnastiques, tous les spectacles de phénomènes et de curiosités qu'il y put joindre, d'abord dans le seul Cirque construit en 1844 par M. Hittorf aux Champs-Elysées, auquel il adjoignit, au commencement de l'empire, le cir([ue d'Hiver ou cirque Napoléon. Ce que M. Dejean, pendant sa longue carrière, a produit dans ses deux établissements de chevaux dressés, d'écuyers et d'écuyèrcs, tlepuis les Paul et les Bastien jusqu'aux Loisset, aux J^oyal, aux Lalanne, aux Paul Cuzent, sans oublier la fameuse Coralie et l'illustre M^^ Lejars, — surtout (juand il eut été stimulé, en 1845, pai' la création de l'Hippodrome, spécialement destiné aux courses en char, aux parades militaires et au déploiement de grands spectacles équestres, — demanderait une énumération homérique ^ Faut-il rappeler le cheval Gastronome, s'asseyant à table et dégustant les vins et les mets, avec les airs de tète d'un (hsciple émérite de Brillât- Savarin ; le Réyentei le Glorieux, dressés à des pi'odiges d'obéissance et d'habileté, et tous ces chevaux savants, dansant en cadence, faisant les morts, ramassant un fouet, un mouchoir, ou même leur cavalier couché par terre, et (jue n'ont [ni dépasser aucun de leui's rares rivaux, pas même le cheval extraordinaire de Cottras, gloire du Pont-aux- Choux sous la Restiiuration. Tout récemment le Cirque est revenu aux mains d'un héritier de la grande famille des Franconi, dont le nom toujours populaire reste indissolublement attaché aux spectacles équestres*.

1 Rappelons au moins en passant le souvenir d'une écuyère qui ne parut, je crois, ni au Cirque, ni à rUippodrome, mais à la Gaieté, dans les Pirates de la Savane, où elle jouait un rôle de Mazeppa femelle, qui lit courir tout Paris en 1867 : la belle miss Ada Menken , morte r année suivante à la Heur de rage, — créature aussi richement douée de tous les dons de l'esprit que du corps, — car elle traduisait Viliade à treize ans, elle jouait la tragédie, elle avait été brillante journaliste, elle savait à fond sept ou huit langues, — mais plus excentrique, aventureuse et désordonnée que Lola -Montés elle-même.

* Le Cirque Francufii, in-8», 1875.

L'histoire des courses se rattache étroitement à celle que nous venons desquisser. Dans sa nouvelle d'Arabian Godolphin, Eugène Sue a retracé Thistoire des huit chevaux barbes envoyés en 1731 par le bey de Tunis au roi de France, à la suite d'un traité de commerce, et spécialement de celui qui, sous le nom que nous venons de transcrire, devint la souche de la race illustre des chevaux pursang qui triomphent aujourd'hui sur toutes les arènes de rEuroi)e, et enseigna aux sportsmen anglais le secret de ces croisements dont ils ont si bien su tiier parti. Ces chevaux, ù l'allure brusque et impétueuse, aux jambes sèches, à la physionomie sauvage, au poil rare, aux formes anguleuses et décharnées, encore amaigris par les fatigues de la route, furent d'aboid i-eçus dans les écuries royales avec la plus grande insouciam^e et traités ensuite avec un extrême dédain. On alfectionnait aloi-s, pour la guerre et pour la chasse, des chevaux d'espèce anglaise, ordinairement élevés dans le comte de Sulfolk, ramassés, très près de terre, api)elés en France cot/rtauds, ou les mecklembourgeois massifs que vous pouvez voir dans les tableaux de Van der Meulen. De là le mépris qui accueillit les huit chevaux baibes du bey de Tunis. Mal soignés, mal traités par les palefreniers, l'énergie de leur sang arabe se révolta contre la souffrance. On les trouva bientôt vicieux, indompUibles, et peu à peu on s'en délit à vil prix.

Un jour, un quaker anglais, M. Coke, vit un charretier rouer de coups un cheval attelé à une lourde voiture, et qui s'était abattu, épuisé. L'Anglais, d'un regard rapide, reconnut dans la pauvre bête le type du pur arabe. Séance tenante, il conclut marché avec le charretier et emmena le cheval , faisant en même temps une bonne action et une bonne affaire.

Ce cheval de charrette n'était autre que le dernier survivant des huit chevaux barbes du bey de Tunis. Coke lui fit franchir la Manche, et il entra dans l'écurie de lord Godolphin, où il donna le jour à un poulain giêle et sauvage auquel les employés du haras ne firent d'abord guère attention eux - mêmes. Mais lorsque le poulain , signalé pai* le bruit de ses exploits précoces, eut été envoyé sur le champ de courses, où il triompha, comme en se jouant, des plus redon-

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tables î'ivaiix, le barbe qui l'avait engendré fut enfin estimé à toute sa valeur. Le noble lord voulut lui servir de parrain, et les fastes du sport enregistrèrent le nom immortel d'Arabian Godoïphin,

Dans la Correspondance secrète entre Marie- Thérèse et le comte de Mercy-Argenteau, on trouve de curieux détails sur Torigine et rétablissement des courses en France. Ce fut encore une suite de Tanglomanie qui s'était répandue chez nous. L'une des premières eut lieu en 4776, dans la plaine des Sablons. « Quelques jeunes gens avaient imaginé cette nouveauté, à l'imitation de ce qui se fait en Angleterre. Une foule de monde s'était rendue à ce mince spectacle (c'est Son Excellence l'ambassadeur qui parle, ne l'oubliez pas). La reine y est venue avec Monsieur, Madame et le comte d'Artois. Quoiqu'il n'y eût rien à redire à cet objet de promenade, elle ne fut point accueillie avec les applaudissements et marques de joie accoutumés. » Le vainqueui* de cette course fut le duc de Lauzun, qui l'avait organisée avec le marquis de Conflans * et le duc de (Chartres, dont le cheval normand fit trois fois en six minutes le tour de la pisle.

Beaucoup d'auti'es suivirent coup sui* coup (il y en avait plusieurs par semaine), soit au bois de Boulogne, soit à Fontainebleau. Toute la cour s'était prise de passion pour cet amusement, que patronnaient chaudement le comte d'Artois et le duc de Chartres, et où la jeune reine se laissait entiaînei* avec l'impétuosité de son caractère et de son âge : gi'ave sujet d'inquiétudes et d'alarmes pour le surveillant dévoué, mais un peu morose, que lui avait donné sa mère. Il ne tarit pas en réflexions sur les inconvénients qu'entraîne cette habitude, et sur la promiscuité peu séante à laquelle Marie- Antoinette s'y trouve exposée :

« Ces courses ne sont qu'une parodie assez puérile de celles qui se font en Angleterre, et ne mériteraient certainement pas d'être honorées de la présence de la reine. On a bâti pour Sa Majesté une sorte d'estrade où elle se place pour voir ce spectacle, où il y a toujours une afïluence de monde peu choisi, beaucoup de jeunes gens mal vêtus; ce qui, joint à beaucoup de confusion et de bruit, forme un ensemble qui ne s'accorde [)oint avec la dignité qui doit environner une grande princesse. »

Louis XVI n'avait aucun goût pour ce spectacle ; mais il ne savait pas résister à la reine, et celle-ci finit par l'entraîner à la fameuse

* Le même qui, peu de (emps après, gagnait le pari de parcourir deux lieues au trot eu tenant un verre plein dont il ne répandrait pas une seule goutte.

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course du 13 novembre 1770. C'est qu'il ne s'agissait de rien moins que d'une lutte à outi*ance entre deux princes du sang, les sportsmen les plus acharnés du royaume, — le comte d'Artois et le duc de Chartres, — et des débuts en France d'un pur- sang anglais, King- Pépin, le Gladiateur du temps, dont on disait merveilles, et que le frère du roi s'était chargé de produire. King- Pépin fut honteusement battu et fit perdre des sommes énormes à ses partisans. Les agences de poules n'étaient pas encore institucH?s, ce qui n'empêchait point les paris. Je crois même que les plus gros d'aujourd'hui paraîtraient bien mesquins à côté de ceux qui se faisaient couramment aloi's dans l'entourage de la reine.

Quelques jours après, le sévère Mercy trace ce tableau, sans doute un peu chargé, de la tribune royale pendant les courses et du sansfaçon qu'il y avait remarqué :

« A la première course, je m'y rendis à cheval, et j'eus grand soin de me tenir dans la foule, à distance du pavillon de la reine, où tous les jeunes gens entraient en bottes et en chenille (costume non habillé). Le soir, la reine, qui m'avait aperçu, me demanda à son jeu pour- (juoi je n'étais pas monté dans le pavillon pendant la course. Je répondis, assez haut pour être entendu de plusieurs étourdis qui éUiienl [)résents, que la raison qui m'avait empêché de monter dans le pavillon étîiit que je me trouvais en bottes et en habit de cheval, et que je ne m'accoutumerais jamais à croire que l'on pût paraître devant la reine dans un pareil équipage. Sa Majesté me sourit, et les coupables me jetèrent des regards fort mécontents.

<r A la seconde course, je m'y rendis en voiture et habillé en habit de ville; je montai au pavillon, où je trouvai une grande table couverte d'une simple collation, qui était comme au pillage d'une troupe de jeunes gens indignement velus, faisant une cohue et un bruit à ne pas s'entendie ; et au milieu de cette foule étaient la reine,

Madame, M'^e d'Artois, M^^ Elisabeth, Monsieur et M. le comte d'Artois, lequel dernier courait de haut en bas, pariant, se désolant quand il perdait et se livrant à des joies pitoyables quand il gagnait, s'élançant dans la foule du peuple pour aller encourager ses postillons ou jarpiets (jockeys), et présentant à la reine celui qui lui avait gagné une course. J'avais le cceur très serré de voir ce spectacle, et plus encore en observant la contenance gênée et ennuyée de Monsieur, de Madame, de M"ic d'Artois et de M^c Elisabeth. Il faut convenir cependant quau milieu de ce pêle-mêle la reine, se portant partout, parlant à tout le monde, conservait un air de grâce et de grandeur qui diminuait en partie l'inconvénient du moment; mais le

peuple, qui ne pouvait apercevoir cette nuauce, ne voyait qu'une familiarité dangereuse à laisser soupçonner dans ce pays-ci. p

Il paraît que le comte d'Artois n était guère récompensé de son zèle pour les courses et de ses dépenses considérables en chevaux et en postillons anglais. La plupart des chevaux qu'il faisait courir étaient battus; il perdait tous ses paris non moins invariablement, <r et l'on se permettait là- dessus, dit Mercy, des plaisanteries dont il était infiniment piqué. »

Le bon Louis XVI avait fini par s'aviser d'un moyen assez original pour empêcher la noblesse de se ruiner ainsi à l'anglaise. <r A la dernière course de chevaux, raconte M^^ de Genlis, M. de X*** a perdu 1,000 louis. Le roi a parié un petit écu ; c'est une leçon bien douce et de bien bon goût sur l'extravagance des paris. » La leçon demeura stérile, quoiqu'elle eût été renouvelée plusieurs fois; les grands seigneurs continuèrent à se ruiner. Louis XVI était un roi bonhomme, qui avait peu d'influence sur sa cour. Mais si nos sporlsmen à la mode, jaloux de ne pas voir dégénérer le champ de courses en tripot, avaient le courage de s'entendre pour faire revivre cet excellent exemple, peut-être seraient-ils plus heureux que lui. Tout le monde y gagnerait, excepté les bookmaiccrs, et Tamélioration de la race chevaline n'y perdrait rien.

La révolution interrompit naturellement les fêtes aristocratiques. Cependant, dès que Ton commença «à respirer, le Directoire rétablit, dans les fêtes publiques, les courses à cheval, avec les courses en char et les courses à pied. Malgré l'importance qu'il attachait à ce concours, qui, d'ailleurs, avait un caractère tout différent des anciennes courses de chevaux, car il s'agissait du coureur plus que du coursier; la pompe qu'il s'efforçait de donner au spectacle, qui avait lieu généralement au Champ-de-Mars, et les récompenses qu'il décernait aux vainqueurs, il ne put jamais lui assurer l'éclat qu'il rêvait. Le premier empire essaya de relever les courses, auxquelles il assigna des époques fixes et des lieux déterminés, depuis Paris jusqu'à Saint-Brieuc; mais il s'appliqua à prendre en tout le contre-pied des idées anglaises et ne réussit pas. Louis XVIII fut plus heureux, et Tannée 1820 marqua un mouvement de renaissance dans Thistoire des courses. C'est sous son règne que furent étaljHs les haras de Meudon et de Viroflay, et bientôt lord Seymour et le comte d'Orsay allaient briller cote à côte sur le turf français. On pense bien que l'ancien comte d'Artois, devenu Charles X, suivit son frère dans cette voie. Après le temps d'arrêt de la révolution de 1830, le goût et la science du sport reprirent une nouvelle vigueur par la création du Stud-book

vu LE VIEUX l'ABIS

frjri^^uis, c'est-à-dire Ju livi-e d'or, de l'arbre généalogique, pour ainsi dire, des chevaux de pur-sang, par celle du Jockey-Clul> et de la Société d'encouragement, qui lui prêta un actif concours pour le développement des courses '. Cliantilly était surtout le rendez-vous des turfistes et le (irand champ de bataille équestre.

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