I-ea premières c
s Louis XVI, d'iprèa une wlampe du umps.
Mais le second empii-e fut l'dge d'or de cette institution. C'est alora qu'elle a pris tout son essor el toute su splendeur. L'hippodrome parisien n'avait été, jusqu'en 185G, que le Cliamp-de-Mars ; il émigra alors dans la belle et vaste plaine de Longcliamp. I^ fondation du grand prix de la Ville de Paris, — 100,000 francs, donnés moitié par la Ville, moitié pur les compagnies de chemins de fer, — pour chevaux de trois ans, en 1801. marqua l'apogée des courses. Parmi
' L. Énault, Revue fra
les conquérants du grand prix, qui se partagent à peu prùs également entre la France et l'Angleterre, on a retenu surtout le nom de Gladiateur, au comte de Lagrange, également vainqueur aux courses
D cheval de courses : grandeur et décadence. Le cheval du saltimbanque, par M. Frémiet.
d'Epsom. Ce double triomphe prit les proportions d'un grand événement.
Sans pouvoir rivaliser encore avec le derby d'Epsom, le cliamp de courses de Longchamp, un jour de grand prix, est un spectacle à voir. L'enceinte du pesage, avec ses illustrations hippiques, la foule immense accumulée dans les tribunes ou autour de la piste, les équi-
pages, hreaks, chars à bancs, calèches où Ton se tient debout et où on hinche dans Tintervalle des épreuves, les voitures de bookmakers, le public d'initiés et de néophytes qui s'écrase autour du tableau des poules, les costumes éclatants des jockeys, Tanimation, les transports, les cris et les battements de mains quand, de la grappe de chevaux qui passent comme un tourbillon , comme un éclair, le favori se détache et prend les devants aux approches du poteau , il y a là de quoi griser Timagination pendant quelques minutes.
Pindare est né deux mille quatre cents ans trop tôt. Lui qui a chanté les athlètes des jeux olympiques, quelle riche matière n'eiit-il pas trouvée dans les courses de Longchamp et le grand prix de la Ville de Paris ! Quelle ode frémissante d'enthousiasme lui eussent inspirée ces coursiers, plus superbes, plus impétueux, de race plus divine que les chevaux d'Achille et ceux de Diomède, qui vomissaient la flamme par les naseaux, que le Encéphale d'Alexandre ou l'attelage bouilhuit du char de Phœbus; cette foule de cent mille hommes entassés sur radmiral)le pelouse qui s'étend entre le bois de Boulogne et la Seine, et que domine le Mont-Valérien du haut de son amphithéâtre de collines; ces toilettes, ces équipages, ce bruit, ce mouvement, ces cris, cette fièvre! Je suis tenté, quand j'y songe, de pleurer, comme le poète Chapelle avec M"e Chouars, la mort de Pindare si méchamment tué par les médecins.
Qu'on me permette de compléter cette notice sur les courses de chevaux par un rapide appendice sur les courses à pied.
Les courses à pied étaient en honneur chez les Grecs, comme on sait, et on les cultive encore chez les Anglais, grands amateurs de tous les exercices dû corps. Eti France, on ne les rencontre plus guère à Tétat d'institution que dans le pays basque ou les jours de certaines fêtes pul)liques, concurremment avec la course en sac et Tescalade du mat de cocagne.
Mais le Directoire, en essayant de ressusciter les fêtes olympiques, n'avait eu garde de les oublier. On ne saurait croire tout le mal qu'il se donna pour les faire refleurir parmi nous. Les Archives nationales conservent dans une douzaine de cartons des liasses énormes de projets, de rapports, d'instructions, de règlements relatifs à l'in-
CIRQUES ET COURSES /i3u
stitution de ces jeux gymniques, qui se célébraient principalement au Champ -de -Mars, les jours de fêtes décadaires, et dont les vainqueurs obtenaient pour récompense, comme les athlètes antiques, une couronne de laurier, d'olivier ou de chêne, avec le droit d'occuper pendant un an, au cirque, au théâtre et dans les temples, des places réservées.
Les courses à pied se faisaient en veste et culotte blanches, dans une enceinte dessinée par des piquets et des cordons tricolores. Les concurrents arrivaient, divisés par pelotons, précédés d'un héraut et d'une musique militaire. Chaque peloton partait au troisième roulement de tambour. Les exercices s'ouvraient par une course d'essai, et les deux premiers de chaque peloton recevaient une plume qu'ils attachaient à leur chapeau. Puis venait la course décisive entre ces premiers vainqueurs.
Deux citoyens surtout, les sieurs Cosme et Villemereux, s'acquirent une réputation hors ligne dans la course à pied. Ils étaient devenus la terreur de tous les concurrents, qui obsédaient le ministre de l'intérieur, François de Neufchàteau , et spécialement le bureau des fêtes nationales, dirigé par Amaury Duval, avec Félix Nogaret pour sous-chef, de pétitions ayant pour but d'éliminer des jeux ces accapareurs. J'ai trouvé dans les cartons des Archives toute une correspondance naïvement solennelle et pleine d'une emphase réjouissante sur ce grand sujet. Cosme et Villemereux défendaient leurs droits avec une éloquence chaleureuse et républicaine, en rappelant tous les souvenirs de l'antiquité classique. On finit par les déclarer hors concours.
Un jour Carie Vernet, à la suite d'un pari, se présenta lui-même pour disputer le prix de la course au Champ -de -Mars, et il le gagna. Svelte, élégant et leste, très lancé dans la vie mondaine, très adroit à tous les exercices physiques, Carie Vernet était aussi intrépide marcheur qu'habile cavalier.
<r Monsieur Vernet, lui dit gracieusement le sensible la Réveillère- Lepeaux en lui remettant sa couronne, votre nom est habitué à tous les triomphes. i>
Il y avait aussi des luttes de force, où l'un des plus brillants vainqueurs fut le citoyen Pierre Oriot, boucher, demeurant rue de la Grande- Truanderie, auquel il n'a manqué également qu'un Pindare pour devenir aussi célèbre que Diagoras. 11 y avait en outre des courses de char dans le stade. On voulait ressusciter la Grèce et Rome ; le paganisme du temps aboutissait à une sorte de divinisation de la vigueur physique : a Ce monde vit ravalé à ses sens, animalisé, si l'on
peut dire. Il s'est mis à adorer le corps et à le cultiver... La mode est aux crotoniates, et les générations du Directoire ne gi^andissent et ne vivent que dans la dépense et l'exercice de leurs muscles *. » Aux fêtes publiques, où Ton couronne dans le Cliamp-de-Mars les Villemereux, les Gosme, les Tourton, les Constantin, les C. Vernet; aux jeux gymniques de Thôtel d'Orsay, aux courses à cheval de Bagatelle, aux courses à pied du jardin Monceaux, aux palestres, aux luttes à mains plates, se joignent les grandes parties de paume et de barres du bois de Boulogne, organisées sur une large échelle, où Mme Tallien et ses amies ne dédaignent pas de figurer parmi les spectatrices, et où, comme dans les tournois du vieux temps, ces chevaliers dégénérés combattent sous les yeux des dames dont ils portent les couleurs.
Paris a vu de nos jours, à plusieurs reprises, des courses à pial très intéressantes. En 1855 ou 56, un Espagnol nommé Genaro porta un défi à tous les chevaux des hippodromes parisiens, se faisant fort de courir plus longtemps qu'eux. L'expérience eut lieu dans la plaine de Longchamp , où les tribunes étaient aussi bien garnies qu'aux jours des solennités hippiques. Genaro parut sur la piste vêtu d'un costume élégant, mais sommaire; on vit un homme de trente-cinq ans, mince, nerveux, trapu, légèrement grêlé. Le signal du départ fut donné vers trois heures. Deux heures après, trois chevaux se retiraient successivement de la lice. A six heures, Genaro courait toujours; chaque fois qu'il passait devant la tribune, il était salué par des hourras et des applaudissements frénétiques. Les chevaux et les jockeys haletaient. 11 en restait cinq. Bientôt trois autres se déclarèrent encore vaincus. Enfin, à huit heures, Genaro tomba évanoui : il ne restait plus que deux chevaux, dont les propriétaii^es se partagèrent le prix.
Le G mai 1874, un guide des Pyrénées, Orteig, portant le nom d'une source et d'un établissement des Eaux-Bonnes, où il exerçait habituellement son industrie, fut le héros de luttes et d'épreuves mémorables dans l'exercice de la course à pied. Ces épreuves avaient lieu dans la plaine située en dehors des fortifications, entre les portes de Courbevoie et d'Asnières, et les jeunes gens des clubs parisiens avaient été particulièrement convoqués. Dans l'une, Orteig lassa trois rivaux et parcourut dix kilomètres en vingt-quatre minutes, ce qui eut été fort digne de considération même de la part d'un cheval. Puis vint le tour des œufs. A partir du but choisi, on disposa quarante
* E. et J. de Concourt, Société française soils le Directoire, ch. iv.
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œufs sur une seule ligne, en mettant entre chacun un intervalle d'un mètre. Alors Orteig, après s'être préalablement imposé une charge de quarante kilos, s'en alla les ramasser Fun après lautre, en les rapportant successivement à son point de départ.
Cette course n'a pas seulement le mérite d'être un tour de force ; elle oiïre ce double intérêt d'un exercice historique de la plus haute antiquité, puisque, suivant Tacite, c'était un des divertissements favoris des Germains, et d'un problème mathématique très curieux, analogue à celui que contient l'historiette si connue du brahmine, inventeur du jeu d'échecs, demandant pour récompense au roi indien Schéram un grain de blé pour la première case de son échiquier, deux pour la suivante, quatre pour la troisième et ainsi de suite, en doublant toujours jusqu'à la soixante -(juatrième. On connaît la suite de cette histoire, qui fera éternellement Tadmiration des lycéens à leurs débuts dans Tétude de l'arithmétique. La demande parut plus (jue modeste et lui fut immédiatement accordée; les courtisans raillèrent beaucoup l'innocent brahmine, et ils riaient encore quand le mathématicien de la cour, tout efTaré, vint annoncer que, après calcul, le nombre total des grains nécessaires pour remplir les conditions de cette humble requête s'élèverait à quatie- vingt- sept quatrilUons, en négligeant les millions, les milliards et les trillions comme des fractions insignifiantes.
Sans produire des résultats aussi foudroyants, le calcul des distances dans le tour des œufs, tel qu'il a été exécuté par Orteig, n'en est pas moins un exemple fort curieux aussi de ce qu'on appelle en arithmétique la puissance du nombre. Montucla raconte, dans ses Récréations malhémaUqucs, un pari engagé, vers la fin du règne de Louis XV, entre deux individus sur les bases suivantes : on plaça un panier à un endroit déterminé, et cent cailloux furent rangés, perpendiculairement à ce panier, à une toise l'un de l'autre. L'un des deux individus gagea (ju'il irait du Lu.xembourg à la grille du château de Meudon, et vice versa , en moins de temps qu'il n'en faudrait à l'autre pour ramasser les cent cailloux et les apporter un par un dans le panier. Celui-ci accepta le déli avec empressement, mais il n'en était encore (ju'au quatre-vingt-cinciuième quand son partenaire arriva au but après avoir accompli sa double course. En effet, pour faire le trajet, aller et retour, du panier au premier caillou, il fallait déjà parcourir deux toises, quatre pour le second, et ainsi de suite, ce qui finissait par fournir un total de dix mille cent toises. Or c'est justement l'étendue qu'avait à franchir le second, puisqu'il y a cinq mille cinquante toises de distance entre le château de Meudon et le
Luxembourg, et il avait en moins l'énorme fatigue de se baisser et de se relever cent fois de suite.
Plus récemment encore, nous avons vu les expériences de l'hommecheval, de l'homme -vapeur, de l'homme -éclair, des gaillards qui ont eu bien tort de ne pas naître aux temps héroïques de la Grèce, à l'époque d'Atalante ou d'Achille aux pieds légers, tout au moins à celle où l'on élevait une statue au coureur Ladas. Mais combien de ces demi -dieux d'autrefois ne seraient plus que des saltimbanques aujourd'hui ! Les coureurs chantés sur la lyre dans les Olympiques se verraient réduits à se faire facteurs de la poste, et si Hercule luimême revenait en ce monde, ce qu'il pourrait espérer de plus avantageux, ce serait un engagement dans la bamque de Marseille jeune, à moins que ce ne fût une médaille de fort de la halle.