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La foire Saint -Laurent. ( Reiiroduction d'unu pièce lniul'k de lo collection Bonaardui publiée dans le livre de M. Heulhard, La Foire Saint- Laureni).
jours de janvier, durant la neiivaine do Sain le- Geneviève. On y vendait des images et tableaux de sainteté, des chapelets, des bouquets, des heures et livres de piété, des objets de dévotion, et aossi toutes sortes de babioles pour les enfants , pain d'épice et pain mouton (c'est-
à- dire du pain mollet doré avec du jaune d'œuf et mélangé de sucre et d'anis), oublies et gaufres historiées de sujets pieux. Une des plus renommées parmi ces petites foires était celle qui revenait le 24 août, devant l'église Saint-Barthélémy, située vis-à-vis des galeries du palais de justice. Le premier jour de Tan était aussi précédé, accompagné et suivi d'une grande exhibition de baraques foraines, où les friandises, les jouets et les almanachs remplissaient un rôle important*. Une plus longue description de cette foire aux étrennes, qui autrefois s étalait sur le Pont- Neuf, et qui aujourd'hui occupe surtout la ligne des grands boulevards, serait parfaitement inutile.
La foire Saint- Laurent a été rejetée dans l'ombre par la foire Saint- Germain, dont elle n'égala jamais ni la gloire ni les magnificences, mais à côté de laquelle néanmoins elle mérite une histoire spéciale. C'était une foire d'été, et l'autre une foire d'hiver. Elle se tenait à l'extrémité opposée de Paris, dans un enclos dont le boulevard de Strasbourg traverse aujourd'hui l'emplacement, et sa durée, d'abord d'un seul jour, finit par s'élever jusqu'à trois mois, du 28 juin au 30 septembre.
Elle était issue de la foire Saint-Lazare ou Saint-Ladre, concédée par Louis le Gros, dans les premières années du xii^ siècle, aux reUgieux de la léproserie de Saint- Lazare, et qui s'étendait d'abord dans des terrains vagues sur la roule de Saint-Denis, puis qui se rapprocha peu à peu des faubourgs. En la rachetant au prieuré de Saint- I^azare (1I8I) i^our la transférer aux Halles, Philippe -Auguste constitua à ce prieuré, en guise d'indemnité, une renie perpétuelle de trois cents livres, que le domaine royal acquittait encore au xvii© siècle. De là naquit la foire Saint- Ladre en Paris, qui végéta à la pointe Saint- Eustache jusqu'à la fin du xvi^ siècle. Mais l'ancienne foire, un moment interrompue, ne fut cependant point définitivement supprimée, et ne tarda même pas à reprendre l'avantage sur celle qui devait la remplacer.
Nous ne pouvons la suivre dans toutes ses péripéties originelles. 11 suffit de dire que c'est en 4003 qu'elle se fixa enfin, entre les faubourgs Saint-Denis et Saint- Martin, au-dessus de l'église Saint-I^urent, sur un emplacement invariable disposé tout exprès pour elle, et couvert de constructions définitives. Jusque-là elle n'avait occupé que des échoppes faites à la haie, des établis découverts et des parcs jonchés de paille. En 1003, les prêtres de Saint -Lazare, à qui elle appartenait, firent bâtir dans un enclos l'espèce de petite ville foraine
* Fr. CoUelet, 7e« Tracas de Paris.
que Ton voit figurer, avec ses divisions par quartiers, rues et préaux, dans les plans de Paris postérieurs à cette date. On y pénétrait par quatre portes, qui s'élevèrent par la suite au nombre de six. A l'enclos proprement dit s'adjoignaient deux importantes dépendances : le préau des Carrosses et le préau des Spectacles. Les rues bien pavées de cette ville de bois étaient plantées de beaux arbres, acacias et marronniers, qui leur donnaient un aspect riant et champêtre. Elle avait la forme d'un échiquier coupé par dix rues transversales, dont chacune portait un nom. Le quartier du commerce comprenait douze carrés de corps de boutiques, où s'ouvraient environ deux cents soixante loges, sans compter les nombreux appentis adossés au mur d'enceinte. La poterie, qui était à la foire Saint -Laurent, avec la faïence, Tobjet d'un commerce très étendu, se vendait à part. En 1678, la duchesse de Cleveland y lit exposer et mettre en vente sa magnifique collection de porcelaines chinoises , et ('e fut un événement dont tout Paris s'occupa beaucoup.
A peine la nouvelle foire Saint-Laurent était- elle inaugurée, que Loret se hâta d'en donner une description dans sa Muse historique, en faisant ressortir le contraste qu'elle présentait avec l'ancienne :
Cette foire n'étoit jadis Qirnn assez mal-plaizant taudis, Où les patins, robes et cottes Aniassoient souvent bien des crottes:
Mais on y voit présentement, Par un grand accommodemenl .
Avec des structures égales.
Quatre assez spacieuses halles K
Deux ans après, François CoUetet en donnait une description burlesque, mais peu précise, dans son Tracas de Paris ^, Tous les chroniqueurs contemporains appuient sur le caractère populaire de cette foire, sur le tapage, et particulièrement sur le bruit des tambourins et des sifflets qui en remplissaient l'enceinte. Les sifflets étaient pour la foire Saint-I^urent ce que furent plus tard les mirlitons pour celle de Saint-Cloud. « Il n'est fils de bon père et de bonne mère à qui on n'en achète, » dit Sauvai.
Sa position presque suburbaine en faisait le rendez-vous des paysans de la banlieue, comme des gens de moyenne et basse condition. Le public brillant et spécial de la foire Saint -Germain, les grands sei-
1 Lettre du 25 août 1663.
* On peut parcourir aussi, pour le commencement du xviii* siècle, la Foire Saint-' Laurent , comédie de Legrand.
gneurs et les gnindes clames, les petits maîtres, les pages, les écoliers, les laquais, ne venaient là que par accident, et le genre des transac^ tions s'y ressentait naturellement de la différence du public. Cependant au commerce primitif s'adjoignit par degrés un commerce plus relevé, à mesure que TimporUnice de la foire augmentait et qu'elle se peuplait de spectacles plus nombreux et plus variés, qui y attiraient les amis du plaisir. Les orfèvres, bijoutiers, peintres, tabletiei^s, ébénistes, marchands de cabinets et d'objets curieux s'y établirent peu à peu auprès des forains primitifs.
Rien n'égalait donc, en son beau temps, la joyeuse et bruyante animation de ce rendez- vous populaire. Tandis que les faïenciers, potiers, vanniers, miroitiers, merciers, carrossiers, lingères, modistes, épiciers, couteliers, quincailliers, servaient leui's clients, les montreurs de raretés et de curiosilcs, les figures de cire, les sauteurs, les singes et chiens savants, Thomme sans bras, les femmes fortes et rinnombrable variété des spectacles forains attiraient la foule des désœuvrés. On se groupait devant les parades, on entrait dans les cafés et cabarets, la plupart doublés de jardins, et, jusque bien avant dans la nuit, on s'attardait chez les montreurs de marionnettes, les limonadiers, les marchands de Tnpieurs, les pâtissiers, et le long des boutiques brillamment illuminées.
La réunion de rOpéra-Clomique à la Comédie itaUenne en 1762, puis l'impoilance croissante du boulevard du Temple, cetle foire perpétuelle ouverte à sa porte, frappèient d'un coup mortel la foii'e Saint- Laurent. Elle fut même entièrement [)i'ivée de représentations en 1773, et ne lit plus guère que languir, avec d(»s alternatives diverses, jusqu'à sa mort définitive. Pourtant l'incendie de la foire Saint-Ovide, en 1778, et, deux ou trois ans après, la fondation de la Redoute chinoise, où l'on avait réuni tous les genres de divertissements, et qui e.xcita d'abord une vive curiosité, lui donnèrent un j*egain de succès. Mais ce ne fut qu'un temps d'arrêt dans uncî déca<lence tellement précipitée, que la Révolution n'eut même pas la peine de la tuer : elle n'existait plus depuis deux à trois ans. D'une requête adi'cssée par Nicolet au lieutenant de police, en 1784*, il l'essoit que généralement les directeurs des si)ectacles du boulevard étaient libres de se transférer à la foire, au moment où elle s'ouvrait, ou bien de rester sur les reniparls. Nicolet avait reçu Tordre, qu'il considérait comme ruineux, de formel' son spectacle du boulevard pour se rendre à la foire Saint- Laurent, et son désespoir prouve quelle était la décadence de celle-ci.
' Catalogue [/>on Sapin, n« 26^.
Le grand concerl dea Aveuglée, i la foire Saiol-Ovids, d'aprèB une gravure du tempi,
En 1815, le vieil enclos servit Je l'efuge aux habitants de la Chapelle et (le la Villette, fuyant devant les troupes alliées. En 1820, on ouvrit deux rues sur cet ennplacement, et en 18135 on construisit un marché, qui a été détruit par le percement du boulevard de Sti'asbourg, de sorte «lui! ne reste plus aujourd'hui aucun vestige de la vieille foire ^
Nous voici arrivés maintenant à la foire Saint-Germain, Tarchétype de toutes ces grandes réunions d'affaires et de plaisirs, celle qui en résumait les splendeurs en elle seule, et pour laquelle nous avons dû reserver une foule de détails qui lui sont communs avec toutes les autres, afm d'éviter les répétitions.
Ia foire Saint-Geiinain était sous la dépendance de Tabbaye de Saint- (lermuin-des-Prés, comme la foire Saint- Laurent relevait des reli- 'r'ieiix de Saint -Lazare. Quoique i)ostérieure à la première forme de celle-ci d'environ quatre siècles, elle rcMnjJorta bien vite sur elle, grâce à sa position plus centrale, à ses [)lns vastes aménagements, à ses galeries cou vei'les, qui [)rotégeaient visiteui's et marchands contre 1 intempérie des saisons.
Sous Louis XI, vers 148(), les religieux à (pii le terrain et le privilège de la foire avaient été concédés quatre années aupai*avanl y firent kitir trois cent quanmte loges. Elle s'ouvrait alors le l^^ octobre et durait huit jours; mais les moines de Saint-Denis prétendirent qu'elle ferait tort à la leur, qui commençait le 0 du même mois, et réussirent à eh faire reporter la date au mois de février. En 1511, les loges primitives furent remplacées par des constructions plus régulières. Dès 11)30, elle durait six semaines. Plus tard, elle fut étendue du 3 février à la veille du dimanche des Rameaux, ce qui, en certaines années, lui donnait une existence de deux mois et demi, partagée entre le carnaval et le carême, sans compter qu'elle était assez souvent prolongée par ordonnance du roi*. C'était réi)oque où la cour, et avec elle les gens riches et de qualité, se trouvaient à Paris. Au xvii^ siècle, elle se tenait à peu près où l'on voit aujourd'hui le marché Saint- Germain, mais sur une plus large échelle, entre les rues Guisarde, du Four, des Boucheries, des Quatre- Vents, de Tournon et des Aveugles.
' M. Heulhard a publié en 1878 une très intéreàsante monographie de la Foire Saint- LaurefU , 1 vol. in-18, où nous avons beaucoup puisé. > L*E8toile, Journal de Henri IV, en 1607, 23 février.
Elle comprenait deux halles d'une longueur de cent trente pas, sur une largeur de cent environ, recouvertes d'une toiture fort exhaussée, dont on regardait l'immense charpente comme un chef-d'œuvre, et percées de neuf voies tirées au cordeau qui les partageaient en vingt-quatre portions, t sans autre pavé que la terre, qui est aussi inégale que possihle : on aurait peine à y marcher si on n'était porté par la foule... C'est un vrai trou au milieu du faubourg. Vous y descendez de tous côtes, et en certains endroits il y a jusqu'à douze marches, en sorte que le sol est de six à huit pieds plus bas que celui de la ville *. > Çà et là étaient ménagés des cours et des puits pour le feu*. Dans l'inteiTalle des foires, les loges et boutiques étaient louées par des ouvriers qui en faisaient des magasins.
L'Estoile parle très fréquemment de la foire Saint- Germain. Scarron nous en a laissé une description burlesque, un peu avant le milieu du xvijc siècle. Sauvai et I.oret s'en sont occupés au long. Regnard et Dancourt donnèrent, en 1095 et 1090, des comédies sur le même sujet'. Grâce à ces documents originaux et à beaucoup d'auti'es du môme genre, parmi lesquels nous citerons nombre de mazarinades et de plaquelles sur les plaisirs du carnaval et des jours gras, il est possible de reconstituer, sans trop de peine, la physionomie de ce marché célèbre.
Pendant toute la durée de la foire, que venaient ouvrir solennellement le prévôt de la ville et le lieutenant général de police, une foule immense s'y pressait de tous les coins de Paris et des environs. C'était, entre les boutiques, dans les ruelles débordant de boue et de crotte, un effroyable tohu-bohu, un va-et-vient incessant de cavaliers à moustaches en crocs et à larges panaches, de belles dames étalant le fard de leurs joues et le luxe de leurs déshabillés galants, de soldats à la longue rapière, de pages à l'affût d'une niche, de laquais courant après les querelles, de filous, de mendiants, de badauds et de filles. Les équipages se croisaient, les vinaigrettes renversaient les chaises à porteurs, les cochers se dispuUiient de là voix, du geste et du fouet, et il fallait quelque bravoure ix)ur s'engager résolument
* Lister, Voyage à Paris, en 1698, édit. de la société des Bibliophiles, 1873, in -8», p. 161. M. Clément de Ris commet une grosse erreur dans sa note sur ce passage, où il dit que la foire Saint-Germain fut supprimée en 1736.
* Ces précautions n*empêchèrent pas la foire Saint -Germain d'être consumée, le 17 mars 1762, par un terrible incendie qui porta un coup mortel à sa prospérité. G. de Saint-Aubin a gravé cet incendie et ses suites dans une série de six estampes.
' En 1607, on dansa au Louvre un ballet intitulé : l'Accouchement de la foire Saini-Germain. ~~ De Beauchamps mentionne, en 1606, un Ballet de la foire Saint- Germain, qui est peut-être le même.
dans cette marée humaine, où parfois un mouvement de reflux et d'irrésistibles poussées produisaient des catastrophes tour à tour grotesques et terribles. Joignez-y le concert des sonnettes, des flûtes, dos mirlitons, des sifflets, des tambourins et des trompettes; le vacarme des industries tapageuses qui encombraient les abords du marché, les cris des oublieux, des limonadiers et des marchands de tout genre, le bruit infernal des conversations, des discussions, des injures, des rixes, des mousquetaires voulant entrer dans les loges sans payer, des provinciaux criant au voleur, des infirmes solHcitant la charité publique, des jeunes seigneurs rossant la garde et de la gîirde rossée par les jeunes seigneurs, et vous aurez une très légère idée de ce qu'on entendait à la foire Saint -Germain.
Le jour était surtout réservé au peuple; mais la nuit, après la comédie et Topera, amenait avec elle une assemblée plus brillante, (l'était le moment choisi i)ar la noblesse et les grandes dames pour faire leur apparition au milieu des mei-v(Mlles du marché, et le roi lui-même ne dédaignait pas de s'y montrer souvent. Henri III y vint à plusieurs rei)rises. Henri IV et la reine n'y manquèrent pas un seul jour, nous apprend l'Estoile, en l'année 1()()8, et ils avaient une loge où étaient dressés la table et le tapis pour jouer au brelan, f^e petit Dauphin, leur fds, y fut conduit trois fois en KKH) et s'y amusa fort. Interdite en 1011 par suite de l'assassinat du roi, elle fut suppléée par une foire qui s'ouvrit au jardin des Tuileries pour les marchands de Flandre et d'Allemagne, qu'on ne voulut point condamnera avoir lait un vova<(e inutile'. A la clarté des milliers de flamljcaux allumés à chaque boutiquQ et qui transformaient la foire en une sorte de palais enchanté, allait lentement de long en large, comme au Cours, cette foule bariolée d'éclatants costumes, les dames couvertes du masque de velours noir. Alors surtout les tiie-laines et les coupebourses faisaient leur office; alors aussi se nouaient les intrigues. Si Ton voulait tracer une histoire complète de la célèbre foire, il y aurait là tout un chapitre scabreux que je laisse écrire à d'autres.
La foire Saint-Germain était un lieu de rixes et de combats non moins que de plaisirs et d'affaires. Les désordres de tout génie y étaient incessants, et les arrêts de police pour les prévenir ou les réprimer sont innombrables'. J'en ai déjà touché un mot; quelcpies extraits de l'Estoile montreront que je suis loin d'avoir exagéré.
« En 1579, le roi fut insulté à la foire par une troupe de jeunes
1 Héroard, Journal, t. II, 52-3.
* V. Léon Roulland, la Foire Saint- Germain, dans les Mémoires de la Société de T/ns-
toire de Parii, t. 111.
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gens qui, le croyant à Chartres, singeoient son costume avec de longues fmises de papier, en criant : c A la fraise on connoit le « veau. »
En 1587, le duc de Mayenne et la duchesse de Montpensier avaient formé le projet de l'enlever pendant qu'il s'y promèneroit, après avoir dîné à l'abbaye Saint- Germain. Prévenu du complot, il envoya à sa place le duc d'Épernon, qui fut insulté et obligé de fuir.
« Le iO février 1597, le duc de Nemours et le comte d'Auvergne allèrent à la foire, où ils commirent dix mille insolences : un avocat y perdit son chapeau, et fut bien battu par les gens du comte d'Auvergne... »
<r Pendant la foire Saint- Germain de cette année (16(fô), où le roi alloit ordinairement se pourmencr, se commirent à Paris des meurtres et excès infinis, procédant des débauches de la foire, dans laquelle les pages, les laquais, écoliers et soldats des gardes firent des insolences non accoutumées, se balUuit dedans et dehors comme en petites batailles rangées, sans qu'on y pût ou voulut donner autrement d'ordre. Un laquais coupa les deux oreilles à un écolier et les lui mit dans sa pochette, dont les écoliers mutinés, se ruant sur tous les laquais qu'ils rencontroient, en tuèrent et blessèrent beaucoup. Un soldat des gardes ayant été attaqué desdits laquais au sortir de la foire, et atterré par eux de coups de bâton sur les fossés de Saint- Germain, s'étant enfin relevé, en tua deux et les jeta tout morts dans les fossés, puis s'en alla et se sauva. Voilà comme les débauches, qui sont assez communes en matière de foire, furent extraordinaires en icelle. »
Au siècle suivant, les choses n'avaient pas changé. Barbier, dans son Journal (mars 1721), nous laconte en détail une lutte terrible entre les pages du roi et des princes du sang et les pages des seigneurs et ambassadeurs étrangers, à (jui les premiers voulaient interdire l'entrée sur la scène dans la loge de je ne sais quel bateleur. Cette rixe sanglante se prolongea trois jours, et il fallut pour y mettre lin la sérieuse intervention de la force armée.
Les accidents n'étaient guère moins rares au milieu de cette foule immense et tumultueuse, pressée en tous sens dans les rues innombrables du champ forain. L entrée, du côté de la rue de Tournon en particulier, était une gorge étroite, à pente rapide, où les piétons ne trouvaient ni recoin ni allée pour se garer des voitures dont les roues eflleuraient les murailles.
Je ne vois pas que Louis XIV ni Louis XV se soient rendus à la foire, comme avaient fait leurs prédécesseurs; mais le Dauphin, Mon-
sieur el les iiutres princes du sang ne manquaient guère de s'y montrer. Cela était indigne de la majesté du premier. Le second n'eût pas mieux demandé, seulement il n'osait. On y suppléait en organisant des foires à la cour; ce fut même là un divertissement à la mode sous son règne. Le 7 septembre 1750, Collé donna dans le jardin d'Etiolés, c pour le bouquet de Mn^c de Meulan, » la Foire du Parnasse, et il ijécrit longuement dans son Journal cette fête, en vue de laquelle le jardin avait été arrangé en véritable foire, avec parades, loges de danseurs de cordes, spectacles, curiosités, magasins, cabarets. En 1775, pour fêter le jeune archiduc Maximilien, on disposa à Versailles, sur le terrain du Manège, une foire, avec sept rues couvertes, bordées (le boutiques, cafés, baraques de saltimbancpies, y ('(>mi)ris la salle de Xicolet, où Ton joua devant Leurs Majestés un opéra-comique spécialement arrangé par Gluck pour la circonstance'.
Que vendait-on à la foire Saint-Germain? On y vendait de tout. Les commerçants sérieux y accouraient de toutes les villes de France. Quant à Paris, il fournissait surtout les bouti(pies de luxe, de modes, de jeux et de rafraîcliiss(Mnents. Cliacjue objet de commerce avait son quartier distinct, et cliaciue carré était consacré à la même industrie-. Les robes de chambre de ^larseille, les draps de Rouen, de Gournay, de Darnetal, les chemises de toile de Hollande, les bonnets à la siamoise, les points-coupés de Gênes, les diamants d'Alençon, les peintures de Flandre s'étalaient à tous les yeux. Ici, c'était un Portugais vendant des chinoiseries, de l'ambre gris, de la porcelaine fine; là, un Provençal débitant des oranges et des citrons; de ce côté, un Turc, vrai ou postiche, avec son baume de Perse, ses marchandises du Levant, ses eaux de senteur de Constantinople; plus loin, un Arménien annonçant à grands cris qu'il tenait boutique de thé, chocolat et café ^. Lingers, épiciers, merciers, bijoutiers, orfèvres, chapehers, bottiers, armuriers, couteliers, quincailliers, oiseliers, pai*chemiiiiers, marchands de jouets, peintres surtout (comme on appelait les marchands de tableaux), ébénistes et sculpteurs s'y succédaient en ordre méthodique et classés par groupes. Les barbiers, chirurgiens et arracheurs de dents n'y manquaient pas non plus. Dieu sait tout ce
' Journal de Collé, à la dale. — Spectacles des foires, pour rannée 1777.
' Entre les rues Garancicre el do Tournon se trouvait le Champ crotlé, destiné à la vente des bestiaux.
' Le premier café de Paris fut établi à la foire Saint-Germain par TArménien Pascal, qui alla se fixer ensuite quai de rEcoIe. Plus tard, au moment où la mode du café commençait à se passer, suivant la prédiction de M»* de Sévigné, le Sicilien I^rocope s'établit à la môme l'oire, et le remit en vogue par la magnificence de sa boutique et la bonne qualité de la liqueur qu'il servait.
qui s'y vendait de fromages de Milan, de petits chiens de Bologne, de vins d'Espagne, de rosolio, d'oranges de Portugal, de sucreries coloriées et de dragées de Verdun! On y coudoyait à chaque pas les gaufriers, confituriers % pâtissiers français et limonadiers iUdiens. On y trouvait à foison les jeux de dés (qui y furent interdits peu d'années après la mort de Louis XIV), vrais coupe-gorge où trônaient les chevaliers d'industrie, — et les blanqiies^, logées dans le pavillon des marionnettes, des voUigeurs, des marchands d'orviétan, et amassant la foule au son retentissant de la trompette. Les salles de bal n'y manquaient pas non plus, comme on peut croii*e.
Quant aux cabarets, richement tapissés, ornés de glaces, de tableaux et de lustres, ils écoulaient des centaines de tonnes de ratafia, hypocras, aigre de cèdre, muscat, vins de Saint- Laurent, de la Verdée, de Rivesaltes, de Malvoisie, eau de cannelle, eau de Forges et de Bourbon, etc. Dans les premièies années du xvii^ siècle, lorsque le tabac commença à se répandre, la foire Saint- Germain lui fit grande fête, et les amateurs entraient aux cabarets, rien que pour priser et fumer la nicoline, servie des mains de l'hôte.
A défaut des descriptions ultra-familières de Scarron et de François Colletet, le poète crotté, — trop longues pour trouver place ici, — nous croyons devoir reproduire le léger croquis que Loret a laissé de ce lieu de délices, à la date du 22 février 1664 :
On y voit de tous les côtés
Cent plaisantes diversités;
Car, outre les orfèvreries,
Outre les riches pierreries.
Quantité de bijoux fort beaux
Qui brillent, le soir, aux flambeaux;
Outre mainte belle marchande.
Outre les toiles de Hollande,
Les beaux rubans, les fins mouchoirs.
Les porcelaines, les miroirs,
1 Chez lesquels on faisait souvent la partie d'aller manger des confitures tout son eoûI. { Boursault , LeUres à Babel.)
2 Les blanques étaient des loteries où le billet blanc perdait : les billets gagnants portaient la désignation de leurs gains. (Recherches de Pasquier, liv. VII, ch. xl.) Ce fut une des grandes modes du xvu* siècle. I^'Esloile et le Mercure de France nous apprennent qu^un nommé Jonas avait loué jusqu'à l/iOO livres pour quinze jours une maison où il voulait installer une blanque, pendant la foire Saint- Germain (1609). L'année précédente , un arrêt du Parlement avait défendu à cette foire les jeux de cartes, dés, quilles et tourniquets. Cette mesure était urgente, car tout le monde, depuis le plus petit bourgeois jusqu'aux plus grands seigneurs, venait risquer sa fortune dans les académies de jeu qui y fourmillaient, et, le 23 février 1607, Henri IV lui-même, le roi économe qui marchandait si âproment les boutiquiers de la foire, et leur offrait dix- huit livres quand ils en demandaient soixante, y avait perdu sept cents écus contre M. de Villars.
^l^ife^/
Les tableaux et les antiquailles Qui ne sont pas pour des canailles.
Les confitures et douceurs, Marionnettes et danseurs:
Outre les animaux sauvapres.
Outre cent et cent batelagcs.
Les P'ajrotins et les Guenons, Les miprnonnes et les nûfrnons.
On voit un certain liabile homme ( Je ne sais pas comme on le nomme ) Dont le travail industrieux- Fait voir à tous les curieux Non pas la fijzure (rilôrodes.
Mais du «jrrand cnlosso de Rhodes , Qu'à faire on a bien du temps mis:
Les hauts murs de Sémirainis, Où celte reine fait la rondo :
Bref, les sept merveilles du mond»-.
Dont très bien des yeux sont surpris.
Et que Ton voit à juste prix.
Ces dei'iiiers vers nous servent de transition naturelle pour passer 'les baji^atelles de la porte, (lue nous avons examinées juscpi'à présent, ;m principal attirait de cette bienheureuse foire, « raccourci de toutes les merveilles et délices du monde, » comme la qualifie la légende d'une grande esUmipe du xviiic siècle. Elle était naturellement le paradis des saltimbanques, farceurs, oi)érateurs, bateleurs, montreurs de raretés et de curiosités ^^ diseurs de bonne aventure, et de toute la confrérie de Bohême. Ah! les belles choses qui sollicitaient de toutes parts, dans ce joyeux quartier qu'on trouvait tout à Feutrée, les regards et l'argent du badaud! Aimait- il le merveilleux, il avait le choix entre maître Gonin avec ses tours de gibecière, et rÉgyptienne qui 1 attii-ait en un coin pour lui prédire, d'après Tinspeclion de sa ligne de vie, qu'il mourrait centenaire; il marchait entre une double nmgée de sanctuaires magiques, décorés de crapauds, de chats noirs, (\e squelettes, de grands lézards empaillés, où, moyennant un sou, le sorcier en chapeau pointu lui faisait prédire l'avenir i)ar des Bouches <le Vérité en carton. Aimait-il les monstruosités de la nature, dès lors comme aujourd'hui il ne manquait pas de veaux à deux tètes, de nains et de géants*. S'il avait du goût pour l'histoire et pour les arts, il allait voir les momies, les automates ou les figures de cire, ce que l'on
^ On donnait plus spécialement alors le nom de curiosités à des questions adressées à un prétendu sorcier, pour connaître l'avenir.
* M'»* de Sévigné n'a pas dédaigné de mentionner la grande diablesse de femme qu'on y montrait en 1671 (lettre du 13 mars).
appelait le Cercle, c'est-à-dire une réunion de personnages groupés en rond, d'une fa^on vivante et expressive. Préférait-il les tours de force ou d adresse, cinq cents loges se disputaient l'honneur de sa présence au son du clairon, du tambour et du tambourin à sonnettes. Bon Dieu! que de sauteurs! que d'hommes grimpés sur des ochasses! que d'animau.\ savants! que de meneurs d'éléphants, d'ours et de lions! que de danseurs de corde!
Et n'allez pas croire que les saltimbanques du xvii© siècle fussent de petits garçons à coté des noires! Non, en vérité : ils auraient pu sans crainte atlronter le public blasé du Cirque ou de l'Hippodrome. Il y avait bien quelques fraudes, et les saltimbanques du temps passé n'étaient pas plus scrupuleux que les nôtres en fait de phénomènes. Mercier nous apprend, dans son Tableau de Paris \ qu'en plein xviiic siècle, on y créait des géants à l'aide d'un ingénieux système de coilTure et de brodequins au talon élevé; des animaux extraordinaires et uniques, avec des ourses rasées, épilées, auxquelles on avait passé des chemises, vestes et culottes; des colosses de bois qui parlaient, giàce à un petit garçon caché dans leur ventre. Si nous connaissions les secrets des baraques foraines du xviP siècle, nous y trouverions sans doute nombre de tours analogues; mais il resterait pourtant bien des choses vraiment singulières.
Ainsi, que dites- vous de l'industriel qui avalait un seau d'eau claire tout entier, puis le rendait par la bouche en lui donnant la couleur demandée? Que dites -vous des rats qui dansaient sur la corde, et de la guenon qui signait son nom? L'acrobatie et les animaux savants étaient alors, comme aujourd'hui, le spectacle classique de la foire, et la danse de corde surtout persista toujours, en se perfectionnant sans relâche , môme après l'établissement des théâtres réguliers.
C'est aussi à la foire Saint- Germain que le rhinocéros apparut pour la première fois en France (1749), et le naïf Barbier nous a conservé dans son Journal ^ le souvenir de l'impression produite par cet animal, qui rapporta une petite fortune à l'heureux propriétaire de la loge où on le montrait.
Tous ces spectacles étaient, bien entendu, — comme ceux que Ton voit encore aujourd'liui sur certaines places, les jours de fêtes publiques, — précédés de parades à la porte; et ces parades, destinées à allécher la foule, n'en formaient point la partie la moins divertissante. On y voyait des sauteurs, des jongleurs, des équilibristes.
^ Tome Uî, ch. lxxx (Amsierdam, 1782, in-12). * Édit. Charpentier, t. IV, p. 356.
Sur le (levant des théâtres de marionnettes, Polichinelle, avec sa pratique j con\iait le public à la représentation; ou bien de grands gaillards, habillés en arlequins, agaçaient un singe, lui faisaient exécuter mille grimaces et mille cabrioles autour d'un bâton. Devant les théâtres plus relevés, Gilles, Scaramouche et Colombine se livraient à lies dialogues bouffons, entremêlés de claques et de coups de pied, au milieu desquels éclataient les rugissements du porte- voix, proclamant à la foule ébahie les splendeurs du spectacle et le prix des places ^
A mesure qu'on avance vers la fin du siècle, le théâtre se ftiit de plus en plus sa place à la foire. 11 est loujoui's mêlé de danses, de sauts, de tours de force, de parades; mais on ne se borne i)lus à ces exercices physiques : on abandoime les spectacles cragilité, d'adi^esse et de dislocation pures aux loges de saltimbanques; on montre l'ambition de s élever au-dessus par une action qui se déroule dans une pantomime, ou même dans un vau<leville, dans une pièce mêlée de chants. Les simples baladins avaient conservé leur royauté à la foire Saint- Ovide, ou à quelque autre d'aussi mince valeur; mais, relégués à Tairière-plan sur ce teirain plus illusti'e, ils s'y étaient elïiicés devant de vrais comédiens des théâtres réguliers, qui i)0ss('Mlaient leurs troupes, leur répertoire, leurs auteurs.
Comment cette transformation s'était-elle opéive? Il est facile de le comprendre. On avait débuté par les marionnettes, et d'un tlu^âtre de marionnettes à un théâtre d'acteurs en chair et en os il n'y a qu'un pas, assez large, il est vrai. Aussi fut-on longlemi)s à le faire. C'est à raiHiée 1595, autîmt qu'il est j)0ssible de lixer une date, qu'on peut nipporter la première origine du spectacle d(î la foire; mais quel théâtre! un véritable spectacle forain dans toute la rigueur du terme. Quoi qu'il en soit, les comédiens de pi'ovince (pii s'y étaient éhiblis s'y maintinrent, en dépit des Confrères de la Passion et de l'hùtel de Bourgogne, auquel on les ol)ligea seulement, par sentence du 5 février 159G, â payer une i*edevance annuelle de deux écus. Sous Henri IV, nombre de troupes ambulantes profitèrent aussi des franchises de la foire Saint- Germain pour s'y établir.
En 1G50, par suite de la permission du lieutenant civil, le fameux Brioché, premier du nom, qui avait le siège principal de ses exei'cices à la porte de Nesle, s'y installa avec ses acteui's de bois et y fit merveille. Mais il y avait déjà des marionnettes auparavant, nous l'avons
* Tout cela menait tel tapage et chômait si peu d'un bout à rautre do la foire , que les voisins avaient beaucoup à en souffrir. Dans la seconde moitié du xvii» siècle, le curé de Saint- Sulpice obtint un moment la cessation des jeux et spectacles forains les dimanches et jours de fête.
dit, et Scarron en parle dans sa Dcscriplion burlesque. Bientôt les saltimbanques, pour varier leur spectacle, avaient mêlé timidement à leurs exercices quelques farces au gros sel, puis des fragments de vieilles pièces italiennes. Loret nous apprend* qu'on voyait, à la foire Saint- Laurent, à côté des arlequins, des géants et des sauteurs ordinaires, d'agréables ballets et même de petites comédies. Dès 1GG1 , le sieur Raisin, organiste de Troyes, y était venu montrer une épinette à trois claviers, dont l'un paraissait répéter tout seul les airs que Ion jouait sur les deux autres. Le roi, charmé et effrayé, voulut savoir le secret de ce prodige, qui s'accomplissait par le moyen du fils cadet de Raisin, caché dans l'intérieur de l'épinette. Non content de le combler de présents, Louis XIV accorda au père la permission de jouer la comédie avec une troupe désignée sous le nom de troupe du Dauphin. Au jeu de l'épinette. Raisin joignait une sarabande exécutée par ses trois enfants, et la représentation à tour de rôle de deux petites pièces : Tricassin Rival et VAndouille de Troyes. On sait que ce théâtre, après avoir eu un succès extraordinaire, fut feimé quelques années après, lorsque Molière obtint un ordre du roi pour enlever le jeune Baron «à la veuve Raisin , qui , du reste, ne s'était pas maintenue à la foire.
Enfin, en 1078, la troupe d'Allard et de Maurice, logée dans le jeu de paume d'Orléans, à la foire Saint- Germain, exécutait un divertissement comique à trois intermèdes : les Forces de V Amour et de la Magie, bizarre assemblage de dialogues plus ou moins plaisants, de sauts périlleux, de machines et de danses. C'étiiit une pièce assez singulière, mais enfin c'était une pièce. La troupe, qui se composait de vingt-quatre sauteurs de tous les pays et des plus habiles, trouvait presque entièrement son emploi, soit dans le cours, soit dans les intermèdes de cette comédie bouffonne, mêlée d'apparitions de crapauds, de démons, de magiciens, qui fournissaient une occasion naturelle d'y intercaler les exercices les plus variés et les plus périlleux.
A la fin du \\u^ siècle, les troupes d'Allard, de Maurice et de Bertrand étaient définitivement établies aux foires Saint-Laurent et Saint- Germain, où, conjointement à leurs tours de force et d'agilité, qu'elles n'abandonnèrent jamais et qui faisaient le fond de leurs représentations, elles jouaient les pièces des anciens comédiens italiens, avec les types de Gilles, Scaramouche, Arlequin et autres, qui se prêtaient si bien à la pantomime. Un détail indiqueia de quelle façon était alors composé leur personnel d'acteurs : ceux d'Alexandre Bertrand recevaient vingt sous par jour, et la soupe lorsqu'ils jouaient.
' Muse historique, lettre du 27 août 1663.
LES FOIRES DE PAHlS 97
A partir de ce moment, le lliéâli'e de la Foire est constitué. 11 eut à supporter sans doute beaucoup de luttes et de vexations de tout [fenre. Il eut à se défendre successivement contre la tyiimnie de l'Opéra , qui exigeait de lui des redevances exorbitantes, et contre les réclamations Je h Comédie fi"jnçaise, qui , après avoir fait inteidire la parole à ses
Théâtre de la foire Saint-Lourent au xvm" siècle, — Une scène du Moitiie renwrié, d'après une gravure du Tliéûlre de la Foire, par Le Sage (1737).
acteurs, obtint, en 1719, la suppression (instantant«) de tous les spectacles forains, sauf les montreurs de marionnettes et les danseurs de corde ' , très souvent confondus ensemble ; enfin contre les rifïueurs de l'administration, les interdictions, les saisies, la censure, les démoli- Uons par ordre. Et cependant, à force de [irudence, d'adresse et
' L'Opéra -Comique, comme on l'appelait, Tut rétabli en iTiA, aprëe un inlerrègoe que la Comédie italienne STail vainement essayé d'exploiter à son profit, et où avaient eu lieu diverses tentatives de réBUirectiou ; et il dura ainsi, sauf une nouTelle suspension (de l7iS i I7S!), jusqu'en 1762, époque de sa réunion à la Comédie italienne.
d'audace combinées, en sachant céder à propos pour se redresser ensuite, en trouvant sans cesse de nouvelles ressources et des expédients ingénieux dans les moments les plus désespérés, il en vint peu à peu à un état de prospérité remarquable, surtout vers le milieu du xviii» siècle, après l'avènement de Monnet. Dès 1741, on voyait à
La danse dea bouquelièree, dena l'Impromplu du Pont-Neuf, d'après une gravure dn Théâtre de la Foire, par Le Sage (1737).
la foire Saint -Laurent une ancienne actrice de la Comédie française, Mme d'Arimath, qui fut la mère de M"o Duroncy. Sophie Arnould débuta à la foire Saint-Germain de 1758. Le théâtre de la Foire avait dès lors non seulement de belles salles et des décors où Servandoni mettait quelquefois la main, mais des ballets splendides, des pièces régulières et des auteurs illustres. C'est lui qui a donné naissance à la fois à rOpéra-Comique et aux spectacles des boulevards. Quand la foire se fermait, il émigmit aux remparts; dès qu'elle se rouvrait, il revenait à la foire. Au fond, foire et boulevard étaient la même chose :
pas un petit théâtre d'ici qu'on ne retrouve là à son jour, depuis Curtius jusqu'à Nicolet'.
Avec tant d'agréments divers , on comprend sans peine la passion du peuple de Paris pour la foire Saint- Germain. Cependant elle chômait quelquefois dans les temps difficiles. Elle ne fut pas tenue pen-
Thédtre de la foire Saint-Laurent au xviii* biècIo.
Une scène du Bapptl de la foire à la vie,
d'aprts uoe gravure du Thédlre de la Foire, par Le Sage [1TJ7).
liant une grande partie de la Ligue, de 1500 à I57i, et on ne la rétablit qu'en prenant les précautions les plus minutieuses contre les désordres qui pourraient s'y pmduirc. Les troubles de la Fronde en occasionnèrent la suppression en 1C49. Ce fut un gnmd deuil, qui fit explosion dans plusieurs mazaiinades*. Je ne sais si la privation
< Le* TrËres Parfiicl, des Boulmiere, Monnei, etc., onl écrit l'histoire du Théâtre de la Foire. II faut parcourir aussi le recueil de documeots publiés par M. Campardon, cous le litre de Speelaekt de la Foire, 2 vol. in -8*.
> Notammeot dans les Plainitt du eamaval el de la foire Sainl'Oermain.
même du pain de Goiiesse fut plus sensible aux Parisiens. En 1068 aussi, la peste en empêclia l'ouverture, comme déjà en 1580. Toutes ces dates restèrent marquées de noir dans les annales de la ville.
BoulTonnerie de Toire, parTaunay.
Cibinel des Ealampee. (CoaturneB et Mœura Louia XVI, Ob34.)
L'importance croissante des boulevards eut pour conséquence naturelle de diminuei- d'autant celle des tliéàtres forains. La suppression ie rOpëra- Comique et l'incendie de la foire Saint-Germain, en 1762,
LES FOIRES DE PARIS iOI
leur avaient déjà porté un grand coup sans doute. Les parades à la porte des baladins, clières aux filous et aux libertins, furent supprimées très peu de temps après par la police, suivant Restif de la Bretonne, qui nous a donné, sur les abus favorisés par ces grossiers spectacles de la porte et la cohue qu'ils amassaient, des détails cyniquement indignés; la dernière eut lieu à la foire Saint -Ovide, en 1777. La Révolution , cette grande fosse commune de toutes les anciennes institutions de la monarchie, supprima les foires : elle avait supprimé bien autre chose! -Mais, pour ne pas aggraver ses torts, il convient de faire remarquer que celle de Saint- Geiniain, comme si elle eût prévu ce qui devait arriver, s'était éteinte dès Tannée 178(), à peu près en même temps que la foire Saint -Laurent.
complétons ce chapitre par un coup d'œil sur quelques foires aujourd'hui subsistantes, soit dans les environs de Paiis, soit à Paris même.
Il n*est pas un des innombrables villagcîs faisant à l'immense capitale une ceinture d'ombrages, de llours et de guinguettes, qui n ait sa foire annuelle, dont la fête de son patron donne généralement le signal. Nous ne nous arrêterons cpTaux deux plus célèbres : à la fête des Loges et à celle de Saint- Cloud.
La foire des Loges se tient pendant tiois jours, à partir du premier dimanche de septembre, dans la forêt de Saint-Geimain-en-Laye, sur la vaste pelouse qui précède la maison d'éducation des Loges, destinée aux filles des membres de la Légion d'honneur. Elle a pour origine y (îomme tant d'autres, et comme la promenad(î de Longchamp, un pèlerinage auquel elle a survécu.
Il y avait là jadis un monastère de religieux, fondé en 1323, et reconstiniit en 1644 par les libéralités d'Anne d'Autriche. Cette faveur de la reine lui avait déjà valu une certaine célébrité, quand, le 9 janvier 1002, à la demande des habitants de Saint-Germain, la confrérie de Saint-Fiacre, patron des jardiniers, qui venait d'être instituée par le pape Innocent X, fut établie dans l'église placée sous le patronage de Notre-Dame de Grâce, mais habituellement désignée, ainsi que le couvent lui-même, sous le nom de Loges, à cause des loges ou cabanes de bûcherons qui s'élevaient de temps immémorial sur ce point de la forêt. 11 s'ensuivit un beau pèlerinage, où l'on
venait en foule de Paris et des alentours. Les pèlerins campaient sous les arbres du bois et dînaient sur l'herbe, avec les provisions qu'ils avaient emportées. De là l'origine des rôtisseurs en plein vent et marchands de victuailles qui constituent aujourd'hui encore le côté caractéristique de la foire des Loges : l'effet a survécu à la cause. La Révolution même ne put interrompre l'habitude prise par la population parisienne depuis plus d'un siècle; seulement le pèlerinage devint une simple fête champêtre, comme le rendez- vous aux Ténèbres de Longchamp était devenu un simple défilé d'équipages et de toilettes.
Un historien de Saint -Germain- en -Laye comptait dans la foire des Loges, en 1829, dix bals à grand orchestre, douze spectacles variés, dix jeux de bagues et cent quatre-vingts marchands de jouets d'enfants, de pain d'épices, de menue mercerie; il y ajoute cinquante restaurants et marchands de vin. La statistique établissait qu'on buvait pendant la fête, rien que dans les établissements ci-dessus, dix-huit mille deux cents bouteilles de vin, dix-huit cents bouteilles de bière, cent trente bouteilles d'eau-de-vie, — et cela indépendamment des bouteilles apportées par les promeneurs dans leurs voitures et dans leurs paniers.
« De tous les villages environnants, et même de la capitale , on y accourt avec l'empressement que donne l'espoir du plaisir. Deux cents à deux cent cinquante fiacres, cabriolets de place, voitures et charrettes conduisent la petite propriété de Saint- Germain au lieu du rassemblement, pendant que plus de trois cents voitures de maîtres, attelées de coursiers fringants, y portent avec rapidité la classe distinguée. Sur des tapis de mousse et de gazon et sous des ormes et des chênes antiques, s'élèvent une multitude de tentes, qui donnent à la fête l'aspect d'un campement militaire. Devant des feux allumés sur la terre tournent le gigot, la pièce de bœuf ou de veau que fera bientôt disparaître l'appétit des amateurs. De tous les côtés, des tables, dressées en plein vent, appellent les buveurs. Leurs saillies, leurs prétendus bons mots, lair d'hilarité répandu sur leur figure, leurs poses grotesques, amusent l'observateur qui vient tourner autour de leurs groupes, et qui y trouve mille sujets de tiibleaux pour le pinceau d'un nouveau Téniers. D'un autre côté, tous les saltimbanques et les farceurs des places de Paris s'y trouvent réunis pour lever un impôt sur la curiosité publique et la badauderie '. »
Je n'ai pas cité cette description pour la richesse ou la nouveauté de son coloris, mais parce qu'elle se trouve encore exacte aujourd'hui :
^ Goujon, Histoire de la ville et du château de Saint- Germain -en- Laye.
la foire des Loges n'a pas changé de caractère; seulement elle est déchue. Il y a un demi-siècle, il n'en était pas de plus fameuse, do plus bmyante et de plus connue dans les environs de Paris. Ah! les belles parties qu'on faisait aux Loges sous le règne de Louis-Philippe! On arrivait par longs et folâtres corlèges, d'une gaieté résolue, d'une
La foire des Loges au siËcle doroier, d'après Jean-Michel Moreau.
eïpansion turbulente. Les chevauc liées sur les rosses des loueurs d'alentour, les cavalcades à dos d'àne rivalisaient avec les classiques lapissières. Par l'avenue qui conduit du château de Saint Germain aux Loges roulait impétueusement, comme le Rhùne au sortir du lac de Genève, un flot continu d'omnibus, de coucous, de piitaclies, de chars à bancs, de cabriolets détraqués, de citatlines dépenaillées, de berlingots remontant aux croisades, dans un tourbillon de cris, de chansons, de disputes, de coups de fouet, de rixes joyeuses, quelquefois de culbutes dans les fossés de la route. Les tables des cabarets et des
restaurants en plein air étaient prises d assaut. On allait décrocher son poulet à la broche, qui tournait du matin au soir devant le grand mur en briques ou en terre sèche élevé pour lui servir de foyer. On choisissait laborieusement, sur Tétagère décorée de feuillage, son cantaloup, que les membres de la société venaient flairer tour à tour. I^s raflinés mangeaient, en guise de pain, de la galette toute chaude, fabriquée sans interruption par les pâtissiers voisins, et qui donnait un goût exquis au suresnes du restaurant.
Après le dîner, le champ de foire était envahi : on cassait une poupée au tir, on gagnait une douzaine de macarons, une demi-douzaine de salières et de coquetiers au jeu du tourniquet ou de la toupie hollandaise, quelquefois un lapin au jeu de boule, ce qui mettait le comble à la belle humeur. On allait dire bonjour à la femme colosse, — la plus belle créature de Tunivers, — voir travailler Téquilibriste sans pareil, écouter la harangue de M"c Eloa, dentiste-pédicure brevetée par S. M. Tempereur du Maroc et du Congo. On contemplait les illuminations, on se répandait sous les arbres, et jusqu'au matin, dans la forêt changée en campement, retentissait derrière la charrette du bohème, ou sous la tente des nomades, le bruit des rires et des chants, des libations et des danses.
Voilà du moins ce que racontent les anciens, laudalores temporis acli. On entrevoit un tout petit coin de cette fête légendaire des Loges dans le Lion amoureux de Frédéric Soulié ; on la retrouverait au long en feuilletant les œuvres complètes de Paul de Kock et autres romanciers populaires, ses émules. Nos pères étaient plus gais que leurs neveux. Nous sommes une génération mélancolique. La politique est sombre; le monde et les foires deviennent ternes. Impossible de se le dissimuler: la fête des Loges est en pleine décadence, quoique les morceaux en soient encore bons, et qu'elle ait des restes dont se contenterait mainte fête des environs de Paris, parmi les plus huppées.
L'aspect général est resté le même. Devant la gare de Saint- Germain, à la grille du château, sur tous les chemins de la forêt, deux "^ents véhicules des formes les plus bizarres, parfois conduits par des postillons à gilets rouges, se disputent les visiteurs. I^ foire se tient toujours dans son cadre incomparable, autour du vénérable chêne de Diane de Poitiers, et vous y pourrez saluer au passage la bannière du Grand-Fiacre, ressouvenir des origines religieuses de la fête. Le quartier des victuailles, les fabricants de gaufres et galettes, les broches à contrepoids tournant devant la flamme qui dore les flancs du poulet, les étalages formés de draps et de rideaux de lit où s'entrelacent des guirlandes de gipots et de fleurs, de branchages et de
longes de veau ; les piles de saucissons, de jambonneaux et de langues fourrées ; les rangées de tables blanches avec Thôtelier rubicond de Maisons, de Conflans ou de Poissy trônant près du comptoir, réjouissent Toeil et Todorat. Mais, hélas! malgré la colonie parisienne qui a pris depuis quelques années Saint -Germain et ses alentours pour lieux favoris de villégiature, les tables sont trop souvent vides et les poulets tournent mélancoliquement dans la solitude, surtout en dehors du dimanche et si le temps est douteux.
Le cadre de la fête de Saint- Cloud, qui a lieu à la même époque sous les arbres du parc, et se prolonge pendant tout le mois de septembre, n'est pas moins admirable. Grâce à la facilité des moyens do communication, elle est toujours fréquentée et n'a rien perdu de sa vogue. Les Parisiens y vont en partie de plaisir manger de la galette, voir les parades et acheter de gigantesques mirlitons, sur lesquels ils exécutent en chœur, lorsqu'ils reviennent par le chemin de fer, des concertos à faire aboyer tous les cl i ions au [)assage. J.a foire de Saint-Cloud est la plus brillante et la phis populaire qui se tienne autour de la grande ville pendant la belle saison; mais elle n'a pas les origines historiques de celle dont nous venons de parler et ne se rattache guère à l'histoire du vieux Paris.
La foire au jambon se tenait au moyen âge sur le parvis Notre- Dame, le mardi saint; elle a passé de là au cpiai des Aiigustins, puis au boulevard Bourdon, où elle est restée longtemps. Elle s'établit aujourd'hui, depuis quelcpies années, sur le boulevard Richard- I^noir, pendant les premiers jours de la semaine sainte, et elle se complète par un bazar aux vieilles ferrailles qui n'offre aucun intérêt.
Il n'en est pas de même de la foire au pain d'épice, dont la place du Trône et les avenues voisines sont le théâtre pendant la quinzaine de Pâques. Par la place énorme qu'y occupe sous toutes ses formes, — en carrés, en rectangles, en losanges, en pavés, en couronnes, en bonshommes, à l'angéhque, au citron, aux amandes, — la pâtisserie po[)ulaire dont elle a pris son nom, et aussi par la variété de ses amusements, par le nombre de ses charlatans et de ses saltimbanques, elle est la véritable héritière de la foire Saint- Ovide, qu'on appela souvent d'ailleurs la foire au pain d'épice lorsqu'elle se fut transportée place Louis XV. C'est, en réahté, la seule qui, dans l'intérieur de Paris, présente une certaine image, au point de vue pittoresque, des grandes foires du temps pass<\
Qui n'a pas vu, qui n'a pas entendu la foire au pain d'épice par une belle journée de Pâques, ou le lendemain lundi, n'a rien vu ni rien entendu. On en sort le tympan brisé, la tête rompue par le
vacarme infernal où se réunissent, sans se confondre, les deux ou trois douzaines d'orgues de Barbarie, jouant à la fois, qui la Marseillaise, qui Tair des Cloches de Corneville, qui Tout à la joie; les orchestres vertigineux de cinquante baraques de saltimbanques, la sonorité déchirante des cuivres, le nasillement enragé de la clarinette, les roulements des tambours, les interjections de la grosse caisse, les rugissements du porte- voix, les cymbales, les cloches, les boniments, les cris d'ai)pel et les décharges des carabines dans trois ou quatre douzaines de tir; énervé, ahuri, ivre de couleurs et de mouvements, roulé par la foule comme un grain de sable dans les vagues de l'Océan, et voyant flotter, virer, bondir devant ses yeux un chaos tourbillonnant de chevaux de bois, de manèges décorés de flammes, de vélocipèdes, de chemins de fer, de balançoires, de gondoles, de montagnes russes, de toupies hoflandaises, de tourniquets.
A défaut de la foire elle-même, le public est à lui seul un spectacle. Aux grands jours, on peut suivre, depuis Neuilly et Chaillot, ses courants qui convergent de toutes parts vers le vaste champ forain : par la rue Saint- Honoré, par la rue de Rivoli, par le boulevard, par les quais, le flot coule dans le même sens, en remontant le cours de la Seine. Le faubourg Saint-Antoine est noir comme une fourmilière. Deux mille personnes s'agitent sur la place Saint- Germain-l'Auxerrois derrière les tramways du cours de Vincennes. C'est ce public populaire des dimanches de printemps et d'été qui prend possession de Paris, qui envahit les fêtes de la banlieue, qui sort des boutiques, des bureaux, des administrations, des loges de concierges, des ateliers, avec l'intention formelle de s'amuser, de s'amuser jusqu'à extinction de forces vitales.
Le trait qui caractérise cette héritière de la foire Saint- Ovide est le luxe de plus en plus effréné des grands établissements de saltimbanques, car nous ne pouvons plus nous permettre de les qualifier de baraques. Cocherie jette l'argent par les fenêtres. Becker et les frères Legoix luttent de prodigahtés pour leurs pièces, comme l'Opéra et le Chàtelet : ils exhibent dans les parades de la porte des rangées de guerriers, des bayadères, des casques, des bouchers, des lances, des hallebardes, des manteaux de velours brodés d'or, dignes de Michel Strogoff et des Mille et une Nuits.
Aucune industrie ambulante ne s'est plus transformée que celle des théâtres forains. Quelques-uns représentent des mises de fonds considérables. Le saltimbanque qui les dirige n'est plus le bohème famélique d'autrefois; c'est un capitaliste, un entrepreneur, un gros commerçant, qui fait des frais considéi^ables, ne recule pas devant
1 électricité et la vapeur, réalise des recettes énormes et parfois édifie une grosse fortune.
Les chevaux de bois eux-mêmes semblent saisis de vertige et pitinnent le moi's aux dents. Qu'y avait- il jadis de plus modeste, de plus humble que le cheval de bois? Cet honnête coursier, toujours Uiillé par des artistes primitifs suivant des formes consacrées, presque hiératiques, tournait au moyen d'une manivelle élémentaire et au son d'un orgue de Barbarie, dans un manège d'une simplicité Spartiate. Aujourd'hui les chevaux de bois sont remplacés par des sirènes, des lions, des hippogriffes et autres animaux fantastiques, étages sur trois rangs ; les petites voitures ont des airs de gala qui intimident la couturière ; l'intérieur du manège est tapissé de glaces , de draperies , de velours et de soie; la manivelle est remplacée par une locomotive dont les flots de vapeur, au lieu de se rabattre sur la tète des clients, sont expulsés au moyen d*un long tuyau, et Torgue de Barbarie par un orchestre complet, qui joue la Marseillaise dans les entr'actes.
Devant ce faste asiatique je regrette la sim[)licité de nos pères; mais il était écrit que rien n'échapperait à la funeste passion du luxe, pas plus les chevaux de bois que les alnianachs el les poupées.