HOMME DE LETTRES
L'amî.
As-tu fini de faire des mots âmes dépens?
Élol Gesse d'abord d'être ridicule.
L\mi.
Je t9 confie un secret et, dès que je me tourne, tu Técrissurton calepin.
Éloi.
Je n'ai pas la mémoire des secrets.
L'ami.
Puis je le retrouve dans quelque conte
signé : Eloi.
Eloi.
Jeta remercie de ta collaboration.
L'ami.
Tu m'exposes nu sur ta fenêtre.
Éloi.
Va changer de chemise ailleurs.
L'ami.
Adieu! Tous tes amis te lâchent.
Eloi»
Il m'en reste une pleine bibliothèque. Vous n'étiez qu'une dizaine, aux plus beaux de mes jours. Mes livres fidèles sont déjà trois mille.
L'ami.
Je suis homme de lettres aussi, mais je me pi(Ç^ue de délicatesse.
TABLETTES DELOI lV'9
Si tu étais un véritable homme de lettres, tu agirais comme moi, sans scrupule.
Le chœur des amis.
11 ne s'épargne pas lui-même.
Éloi.
Précaution. Je devance tous ceux qui seraient tentés de barbouiller mon âme à leur caprice, mon âme de mauvais fils, de mauvais époux, de mauvais frère, etc., etc. Ecoutez :
La mère.
Va, je me suis reconnue dans le livre où tu déshonores ta mère I
Éloi.
C'est toî qui as commencé! Deir^ande à papa.
Le père.
On ne peut rien dire devant lui. Si tu ne
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respectes pas ta mère, respecte au moins ton père qui gagne honnêtement sa fortune.
Éloi.
On ne peut rien voler devant moi.
Le père et la. mère.
Nous te déshéritons.
Je sais encore un crime de famille qui me rapportera beaucoup d'argent.
Le pèbe et la mère Nous te maudissons.
Éloi.
Faites!... Pas si vite, ma plume ne peut plus suivre votre torrent d'injures.
Les frères.
Si tu ne te tais, nous te flanquerons des calottes.
Éloi.
J'accepte tout. Donnez. J'en ferai un roman de cape et d'épée.
Le
s SŒURS.
Pourquoi chagrines-tu tes sœurs si douces, si bonnes et qui t'aiment tant ?
Eloi.
Parce que j'ai besoin de personnages sympathiques.
Le vieux- domestique.
Il se paye aussi ma tête.
Je te considère comme un membre de la famille.
Les parents.
Il se moque à présent de nous qui Tavons vu tout petit.
Eloi.
Espériez-vous que j'allais rester pas plus haut que ça?
Les voisins.
Ahî le sournois! Il venait veiller à la maison. Il nous aidait à tailler le chanvre. Silencieux, il laissait les autres parler. On disait de lui : « C'est un brave garçon, naïf, incapable d'une méchanceté... j>
Éloi.
Un serin, quoi! Je me venge.
Les compatriotes d'Eloi.
Le médecin, le notaire et la directrice des postes et télégraphes, qu'il a mis dans ses livres", sont furieux et le menacent d'un procès,
Éloi.
Veine! quelle réclame.
Le pharmacien.
En ce qui me concerne, Monsieur Éloi, vous pouvez m'y mettre tant que vous voudrez, dans vos livres. Ça m'est égal.
TABLETTES DELOI 183
Eloi.
Je regrette, Homais ! vous n'êtes pas ma spécialité. Voyez plus haut, chez Flaubert.
Un YA.GABOND.
J'ai aperçu quelqu'un, la nuit, aucimetière, qui violait une sépulture.
Éloi.
C'était moi. Je reprenais au cadavre un paquet de lettres enterrées avec lui, et que je me propose de publier.