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titution étaient coûteuses. Elles ne furent pas opérées avec la même vigueur dans les régions moins favorisées, soit que les frais à faire fussent jugés trop lourds, soit que d’autres cultures parussent pouvoir remplacer les vignes ruinées.
Cette localisation était bonne. Mais dans certains départements, tels que ceux du Midi, elle eut pour conséquence son propre excès, la monoculture. La « culture fascinatrice par excellence »,comme M. Paul Leroy-Beaulieu appelle la vigne, manifesta une fois de plus son pouvoir de séduction. Tout lui fut sacrifié dans les plaines méditerranéennes, que les ceps couvrirent en rangées infinies. Il y a dans cette plantation exclusive une imprévoyance et une imprudence qu’il est à peine besoin de signaler. Toutes les cultures sont sujettes aux maladies et soumises aux conditions climatériques, mais de toutes les cultures la vigne y est la plus exposée et la plus sensible. Et vraiment c’est tenter le hasard que renforcer les dangers de la viticulture par les inconvénients de la
monoculture.
B. — Les conséquences en Algérie :
Extension rapide du vignoble
a) Le vignoble algérien avant 1815. — Le développement du vignoble fut d'abord lent en Algérie. La production n’avait pour objet que d'alimenter la con-
sommation locale limitée aux seuls Européens, l’in-
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digène musulman ne buvant pas de vin. En 1864 l'Algérie produisait 65.000 hectolitres. Elle importait 300.000 hectolitres, dont les quatre cinquièmes de France. |
Il est à remarquer que les débuts de la viticulture algérienne furent favorisés par une sorte de protection douanière contre les vins de la métropole: Dès les premiers jours de la conquête avait été établi, par arrêté du maréchal Clauzel du 17 octobre 1830, l'octroi de mer, qui frappait une série de produits, quelle que fût leur origine, même française. Ce droit offrait, malgré son nom, et surtout depuis la loi du # août 1844, une différence essentielle avec l’octroi français. Ce dernier n’a aucun caractère protecteur, les produits sujets au droit y restent soumis même quand ils sont obtenus à l’intérieur du périmètre de l’octroi. Au contraire l’octroi de mer algérien, perçu dans les ports tant au bénélice de la colonie que des municipalités, grève les marchandises importées sans frapper les produits algériens similaires.
Vers 1864, les viticulteurs français se plaignirent de ce que le tarif de l’octroi de mer prévit un droit de à francs pour les vins en fûts, de 15 francs pour les vins en bouteilles, de 40 francs sur les eaux-devie et esprits (qui alors provenaient exclusivement du vin). Ils faisaient valoir que cette protection accordée aux producteurs algériens était de nature à fermer
aux vins françäis un débouché assez important. En
Algérie, les comices agricoles, les publicistes s’'émurent el réclamèrent le maintien du statu quo. Un vitieulteur algérien écrivait à l’Économiste français : « Il n’y a pas lieu de sacrifier le plus faible au plus fort, de compromettre en Algérie une culture dont on ne connaît pas encore l’avenir, qui peut enrichir les colons et surtout ouvrir de précieuses ressources au budget public. » Lors de la discussion de la loi du 17 juillet 1867, qui établissait les rapports douaniers de la France et de l’Algérie sur la base d’une franchise réciproque, M. Pagézy, député de l'Hérault, à la séance du 28 juin 1887, attira l'attention du Corps législatif sur cette question : « Les agriculteurs algériens, disait-il, n’ont pas besoin de la protection du droit de mer pour soutenir une industrie naissante. L'Algérie est un pays très favorable à la culture de la vigne. Nous ne sommes pas de ceux qui voudraient tuer toutes les industries rivales. Seulement nous demandons et nous avons le droit d’exiger l'égalité. » M. Pagézy demandait en conséquence la suppression de l’octroi de mer et son remplacement par une taxe d’entréeet de sortie frappant toutesles marchandises. La proposition fut écartée. La production algérienne de 65.000 hectolitres parut quantité négligeable. Ajoutons que l'octroi de mer ne frappe plus aujourd'hui les vins. Il était devenu improductif quand l'Algérie d'importatrice était devenue exportatrice.
b) Les conséquences de la crise phylloxérique fran-
ENT aise. — « Conformément, dit M. Paul Leroy-Beaulieu, à la grande loi qui veut que des colonies naissantes ou adolescentes tirent en général un bénéfice des fléaux économiques comme des perturbations politiques qui frappent la métropole, le phylloxéra, qui a dévasté nos départements du Midi, a précipité vers l’Algérie un très grand nombre de vignerons méridionaux. »
Le gouvernement constatait chaque jour la diminution du vignoble. La reconstitution ne donnait pas toujours de bons résultats et n’arrivait pas à combler les vides produits par le phylloxéra. Le mildiou, contre lequel on n'avait pas encore de remède, apparaissait. Les récoltes déficitaires forçaient chaque année le commerce à faire venir d'Espagne et d’Italie, avec des droits d’entrée très réduits, la moitié des vins nécessaires à la consommation. C’est alors qu’au ministère de l'Agriculture on songea à l’Algérie. Sans aller jusqu'aux encouragements directs, comme il l'avait fait pour le tabac et le coton,le gouvernement organisa une campagne en faveur de la vigne. Ilenvoya des professeurs d'agriculture, M. Dejernon, M. Viala, prècher en Algérie la bonne parole. Encouragés par ces conseils, alléchés par les prix élevés de l’époque, soutenus par la Banque d’Algérie et le Crédit Foncier
et Agricole d'Algérie (1), les planteurs de vignes
1. Le Gouvernement engagea la Banque d'Algérie à se montrer très
large dans l'attribution de crédits aux agriculteurs, afin que fût rapi-
affluèrent dans la colonie. Ils attendaient des bénéfices fantastiques. Dans la première édition (1887) de l'Algérie et la Tunisie, de M. Paul Leroy-Beaulieu, on lit : « La grande séduction... reste la vigne. Cette plante, comme le jus qu’on en tire, a le don d’échauffer les cerveaux... Parlez à un planteur de vignes d'un revenu de 10, 12, ou 15 */ du capital qu'il engage, 1l lèvera les épaules et ne se tiendra pas pour satisfait du double... En passant en Afrique,les Gascons ou les Provençaux se sont encore exaltés ; ils voient double ou triple. >» L'Algérie délaissa les autres cultures.
Grâce au régime douanier dont elle jouissait, elle avait un avantage marqué sur l'étranger : ses produits nous arrivaient en franchise. Il n’en avait pas toujours été ainsi. Jusqu'à la loi du 9 juin 1845, les produits algériens étaient soumis en France au tarif général, Cette loi accorda le demi-tarif à quelques produits,spécialement ceux que la métropole tirait de l'étranger. Ainsi il n’était pas question des bestiaux, encore moins des vins. La loi du 11 janvier 1851 admit la franchise réciproque, sauf quelques exceptions insignifiantes. Enfin la loi du 17 juillet 1867 établit un système de franchise, absolu en ce qui
dement créé un vaste vignoble. Les prêts accordés dans de semblables conditions étaient évidemment antistatutaires, puisqu'ils ne pouvaient êlre consentis qu’à long terme et à des échéances qui tacitement se-
raient renouvelables pendant plusieurs années.
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concerne les importations algériennes en France, contenant une réserve à l’égard des sucres en ce qui concerne les importations françaises en Algérie (art.2).
Sous ce régime, les vins algériens importés en France avaient déjà un avantage appréciable sur les vins espagnols soumis à un droit de 2 francs. Cet avantage s’accusa lorsque le tarif de 1892 releva les droits à un minimum de 12 francs sur les vins étrangers.
Aussiles plantations del’Algériese multiplient-elles. En 1878, elle produit 1.000.000 d’hectolitres, sur lesquels 320.000 sont expédiés en France. En 1898, elle atteint une production de 5.000.000 et nous en livre 3.300.000. Ce mouvement fut ralenti par la crise de 1900-1901.L’encombrement du marché en France provoqua en Algérie une grave perturbation, dont témoignent ces chiffres.
Production Importation en France
En 1902, les prix se relèvent en France. L'Algérie, dont la production était tombée à 3.666.000 hectolitres, puise dans le stock des années précédentes et nous envoie 3.897.000 hectolitres. En 1903,la marche ascensionnelle de la production et de l'importation en France ne s'arrête plus, malgré la mévente qui repa-
raît en 1904 et persiste jusqu'à la fin de 1909, malgré le
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phylloxéra, qui détruit le vignoble de Constantine où
la reconstitution commence immédiatement.
Production Importation en France
19040=%:, 17-900 000 9.200.000 1009 au 87200:000 6.140.000
Avec le retour des prix élevés en 1910 et 1911 le
mouvement ne fait que s'accentuer.