S 2. — LES CAUSES PROCHAINES
La crise phylloxérique française
A. — Les conséquences en France :
Localisation et monoculture.
La zone de la vigne, nous l’avons déjà indiqué, comprend, sauf les régions d’une trop grande altitude, les parties méridionales et centrales de la France. La limite septentrionale de cette culture est à peu près marquée par une ligne menée des bouches de la Loire au point où la Meuse sort de France. Dans nos départemenis méditerranéens, Pyrénées Orientales, Aude, Gard, Hérault, Var, la vigne est dans son domaine naturel. Doux hivers, fortes chaleurs, humidité médiocre, toutes les qualités climatériques requises sont réunies. La Bourgogne, la Champagne, la Lorraine forment d'heureases et célèbres exceptions végétales, car on sait que dans aucun pays d'Europe, sauf l'Allemagne rhénane, la vigne ne prospère sous upe latitude aussi septentrionale qu’en France. En Normandie et en Bretagne, où le climat est d’ailleurs
aussi chaud en moyenne et plus doux que dans le
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centre, l’excès des pluies est un obstacle à la culture de la vigne.
On peut distinguer en France quatre régions viticoles :
1° Une région méditerranéenne, qui est par excellence la zone de la vigne ;
2° Une région du sud-ouest, où la chaleur est suffisante et, malgré le voisinage de l’océan, l’humidité assez tempérée ; |
3° Une région du centre et de l’ouest, qui est déjà une exception de la végétation et comprend des plaines et des coteaux. Le climat y est assez doux, précisément à cause du voisinage de la mer. Il est encore empreint du caractère océanique, mais pas au point d’être humide à l'excès ;
4° Une région de l’est, d’un relief assez remarquable, comprenant la Bourgogne, la Champagne et la Lorraine. La Lorraine est l’extrème limite septentrionale de la culture de la vigne sur de vastes étendues.
Nous ne citerons que pour mémoire l’opinion souvent émise d’un changement de climat qui aurait eu pour résultat de faire reculer vers le sud la culture de la vigne. En effet, certains cantons de Lorraine, par.exemple, comptaient jadis des vignobles rémunérateurs pour leurs propriétaires. Le fait est certain, mais l’explication généralement admise fort contestable. Il y a lieu, au contraire, de noter là une
vérification remarquable des lois géographiques. A
mesure que les voies de communication se développent, les cultures exceptionnelles tendent à disparaître. Il est possible que, si les vignobles de l'Afrique du Nord poursuivent leur développement, il se produise une nouvelle rétrogradation vers le sud.
Des événements tels qu’une crise agricole peuvent précipiter ce mouvement naturel de localisation. La fameuse crise phylloxérique française en est la preuve. En 1875, il y avait en France 2.246.963 hectares de vigne, produisant 82.727.000 hectolitres. Survint le phylloxéra, qui avait été observé dès 1863 (1) mais dont les grands ravages ne se manifestèrent que dix ans après sa première apparition. En 1888, il n’y avait plus que 1.843.000 hectares, fournissant 23.224.000 hectolitres.
Les vignerons engagèrentune lutte vigoureuse contre le fléau, et contre l’oïdium, le mildew (mildiou), le blackrot, qui attaquaient aussi les vignes, desservies encore par les rigueurs de plusieurs années d’une température anormale et irrégulière. La moyenne de la production par hectare, comprise jadis entre 35 et 15 hectolitres, s'était plusieurs fois abaissée jusqu’à 12 et 11 seulement. Contre le mildiou et l’oïdium, le sulfatage, contre le phylloxéra, l’immersion, et surtout le remplacement des ceps affaiblis par des plants américains plus résistants, donnèrent les bons résul-
tats que l’on connaît. Mais cette lutte et cette recons-
1. Dans le Gard, à Pujault, et en 1865 à Roquemaure (Vaucluse),