S 1. — LA FERTILITÉ NATURELLE
Le climat de l’Algérie est éminemment propre à la culture de la vigne. Dans son traité de la Viticulture en Algérie et en Tunisie, paru en 1911, M. Farges, professeur de viticulture à l’École de Philippeville, conclut par ces mots:« L'Algérie est le paradis de la viticulture. »
De toutes les cultures possibles dans le nord de l'Afrique, celle de la vigne est peut-être en effet la mieux appropriée aux conditions agricoles et culturales. Nulle autre plante n’est susceptible de donner sur de plus grandes étendues territoriales une récolte plus régulièrement abondante, et nulle autre production n’est plus favorisée par les conditions climatériques, et, nous le verrons, économiques et fiscales.
La vigne peut résister victorieusement à la sècheresse, le principal fléau de l’Afrique du Nord. Il suffit qu’il pleuve en hiver (et la tranche d’eau est toujours suffisante dans les régions viticoles), pour que pendant tout l’été elle prospère, suffisamment alimentée par les réserves d’eau du sol, surtout si celles-ci sont aménagées par un travail judicieux de la surface du sol.
Les accidents météorologiques ne sont guère à redouter, et, en tous cas, sont toujours localisés.
Les gelées du printemps n’ont jamais le caractère
se général et la puissance de destruction que l’on observe trop souvent dans la métropole.
Dans son Livre du Colon algérien, édition de 1911, ouvrage subventionné par le Gouvernement général de l'Algérie, M. Farges, professeur de viticulture à l'Ecole d'agriculture et de viticulture de Philippeville, écrit à ce sujet: « En Algérie la culture de la vigne n’est possible économiquement que dans les régions où il tombe plus de 500 millimètres de pluie et dans la zone maritime où les gelées ne sont pas à craindre. Au delà de 60 kilomètres du littoral, elle devient exposée aux gelées de printemps, et elle ne doit alors être cultivée qu’à des altitudes assez élevées, qui retardent le débourrement et la soustraient aux gelées printanières.. » Dans la zone privilégiée du littoral les gelées ne sont donc pas à craindre, situation qui n'existe dans aucun vignoble français.
Le siroco n’est néfaste que dans les terres peu profondes et insuffisamment ameublies de coteaux, et souvent même il devient un auxiliaire précieux dans la lutte anticryptogamique, en dispensant des traitements ou en permettant d'en réduire le nombre. Grâce à l’absence de pluie en été, le parasitisme végétal ou animal n’a jamais, mème sur le littoral, une intensité comparable, mème de loin, à celle observée en France, particulièrement en 1910. Et il est toujours aisé pour un vigneron avisé et vigilant de
le combattre victorieusement sans dépenses élevées.
gr
Maintes régions viticoles un peu éloignées de la mer ignorent le sulfatage et pratiquent à peine les soufrages. Pendant longtemps les ravages de l’altise ont été le mal le plus redoutable. Mais,actuellement, avec les insecticides dont on dispose, il n’est dommageable que dans la mesure de l’impéritie ou de la négligence du vigneron. Quant à la fabrication du vin, grâce aux progrès réalisés en œnologie,elle n’est guère plus difficile pour les vignerons expérimentés que sur l’autre rive française de la Méditerranée.
La moyenne de la production à l’hectare égale et dépasse celle des quatre départements gros producteurs du Midi, qui ont le rendement le plus élevé, mais aussi la culture la plus soignée et la plus coûteuse parmi tous les départements produisant les vins ordinaires. Pour les cinq dernières années, cette production oscille autour d’une moyenne de 60 hectolitres à l’hectare, un peu plus pour l'Algérie, un peu moins pour l’ensemble des quatre départements méridionaux. Cependant en Algérie les souches sont plantées à une distance de 2 m. 50 sur { m, 50, tandis qu’en France la distance est de 1 m. 50 dans les deux sens.
Un producteur algérien de 15.000 hectolitres a déclaré que cette année sa moyenne à l'hectare dépassait 85 hectolitres.
Au point de vue de la qualité des vins, nous lisons
dans une notice publiée en 1906 par le Syndicat pro-
Re
fessionnel agricole et viticole de l’arrondissement de Mascara : « Les variétés de cépages et la nature différente du sol et du climat, suivant les régions, permettent d'obtenir en Algérie les qualités de vins les plus diverses... Les vins de Mascara sont en majeure partie achetés pour le compte de maisons de Bordeaux ou de Bourgogne. Grâce au commerce bordelais et au commerce bourguignon, le prix de ces vins, quoique bien bas pendant les crises de mévente, ne s’est jamais avili comme dans la majorité des régions viticoles.. On trouve dans la région de Mascara les installations les plus diverses, depuis le simple cellier jusqu'aux chais pourvus de l’outillage moderne. »
Au point de vue géologique, M. Farges écrit dans le Livre du Colon algérien déjà cité, qu’en Algérie, pour la culture de la vigne, « tous les terrains sont favorables, sauf les argiles calcaires du crétacé et du miocène. Mais les véritables terres à vigne sont les terres de plaine, formées d’alluvions anciennes ou récentes.ÆElles sont généralement riches en éléments fertilisants, profondes, meubles et fraiches, et les rendements avec des cépages producteurs peuvent facilement y atteindre de 100 à 200 hectolitres à l’hectare…. Toutes les « situations » et toutes les « expositions » permettent la culture de la vigne dans le Nord de l’Afrique. »
Entin, dans ce temps de reconstitution, il n’est
pas sans intérêt de marquer, d’après M. Farges, que
Ho grâce à l'emploi de plants greffés-soudés et aux procédés actuels de stratification, on obtient « dès la deuxième année de plantation, une bonne demi-récolte, qui paie les frais d'exploitation » et d’après M. Bertrand qu’ « en choisissant de bons terrains, sans qu'ils soient cependant de qualitéexceptionnelle, on arrive certainement à une production de 50 hectolitres à l’hectare à la troisième feuille, de 80 hectolitres à la quatrième, et à partir de la cinquième, c’est-à-dire après quatre ans et demi de plantation, la production moyenne peut être estimée à 120 hectolitres à l’hectare. En vendant le vin à 12 francs l’hectolitre on amortit en dix ans toutes les dépenses de création du vignoble, y compris le prix d'achat du terrain.» (La Viticulture et la Vinification en Algérie, 1900, J. Bertrand, président de la Société des Agri-
* culteurs d'Algérie.)