Paul Leroy-Beaulieu, l'Algérie et la Tunisie
militaires restèrent au premier plan, tandis que l’évolution économique de la colonie nouvelle sollicitait moins impérieusement l’attention des pouvoirs publics. Dans cet ordre de choses notre nation n’apportait pas d'idées claires. (On l’a vu, pour citer un exemple, par les multiples variations successives du régime des terres.) Et cependant, là aussi, notre colonisation était grosse de nombreuses difficultés. Une des premières, ce fut l'absence, en Algérie, d’un de ces produits spéciaux qui permettent à une colonie de se développer spontanément par le commerce. « En Algérie, écrivait M.de Broglie, point de cultures tropicales, point d’épices, point de mines d’or, partant point d'échanges préexistant entre la métropole et le territoire destiné à porter une colonie nouvelle, point de flux naturel des capitaux vers ce territoire.» Donc la colonisation devait être agricole. Et vers quelles branches de l’agriculture l’Algérie, si elle n’était pas intelligemment et fermement conseillée, devait-elle se tourner ? Vers celles de la France, et spécialement du sud de la France, la quasi-parité de latitude le rendait facile à prévoir.
Quand les Espagnols prirent possession de l’Amérique, un historien du temps, Pierre le Martyr, blämait en ces termes l'expédition pour la Floride : « Quel besoin avons-nous de contrées dont les productions sont les mêmes que celles du sud de l’'Eu-
rope ? >» Nous n'avons aucun désir de manifester une
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Se pareille indifférence pour notre belle colonie algérienne, quoique ses productions soient en ce moment les mêmes que celles du sud de la France. Mais de cette identité va naître un péril qu’il n’est pas sans intérêt d'étudier d’un peu près.
b). — Le régime douanier. — Les lois douanières ont accru et consolidé ce péril. En vertu de la loi du 17 juillet 1867, article premier, les échanges entre la France et l'Algérie s'effectuent sous un régime d'union douanière complète.
Au sujet de ce régime, notons que :
1) Il est durable, Loin de revenir aux anciennes barrières, c’est d’après lui qu’on réglera peu à peu l’ensemble des relations de la métropole et des colonies. Dans une lettre du 7 février 1912 à M. Emmanuel Brousse, député, M. Klotz, ministre des Finances, constate que « les tendances générales sont pour la réalisation de l’union douanière intégrale ».
2) Ses avantages ne sont pas assez appréciés par tous les Algériens. L'’andernier, à la session des Délégations financières, il fat proposé d’affranchir la colonie à l'égard de la métropole et d'instituer au profit de l'Algérie l'autonomie douanière. L'auteur de la proposition estimait que le nouveau régime procurerait au budget de l’Algérie un supplément de ressources de 40 millions de francs par an. Cette manifestation d’un certain esprit séparatiste resta vaine.
3) Il soulève d'autre part en France, le conflit actuel
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mis à part, d'assez vives critiques. En 1907, dans un discours à la Chambre des députés, M. Caillaux, depuis président du Conseil des ministres, disait : « La politique qui a prévalu dans le tarif de 1892 s’est inspirée vis-à-vis de nos colonies du vieux pacte colonial. Elle a pour objet de donner libre accès aux colonies sur les marchés de la métropole pour leurs produits agricoles, et en revanche de leur imposer nos produits industriels. Cette politique me semble mauvaise. En outre, elle présente, au point de vue pratique, les conséquences suivantes: L'Algérie prend bien nos produits industriels, mais elle nous envoie ses vins obtenus dans de tout autres conditions que les nôtres et qui viennent concurrencer nos propres vins... Pour ma part, je n'hésite pas à dire que cette politique a été un peu imprévoyante. Je demande même à ceux demes collègues qui n’appartiennent pas à la minorité économique de cette Chambre de réfléchir sur ce que je viens de dire. Croient-ils qu’une politique qui a consisté à favoriser la production du vin, qui en même temps restreignaitles débouchés et qui préparait par une politique similaire vis-à-vis de nos colonies une invasion du vin colonial sur le marché français, croient-ils, dis-je, que cette politique soit tout à fait logique ? »
Du.moins elle avait ses dangers.
B. — Ze vignoble français
a) La production.— La vigne est proverbialement une culture française. Au-dessous dela ligne qui joint Saint-Nazaire et Mézières, la vigne est cultivée dans tous les départements. Le vin industriel est produit pour la plus grande partie parles régions du Bas-Languedoc, du Roussillon, et du Sud-Est, les autres fractions du vignoble français visant seulement à assurer pour partie la consommation locale. C’est la production du Midi qui règle le marché des vins, c'est la baisse des vins du Midi qui précède et entraîne la baisse des vins dans les autres régions. L'expérience de la dernière crise est concluante à ce sujet. Les vins fins de la Bourgogne et du Bordelais, si distincts qu'ils paraissent, au point de vue du marché, des vins de consommation courante, ont eux-mèmes,pendant la dernière crise, subi une baisse considérable. Un raisonnement fait sur le vignoble méridional, comme on pourra en trouver dans cette étude, sera donc valable pour l’ensemble du vignoble français.
1 Conditions naturelles de la production. — Les viticulteurs ont trois espèces d’éennemis: les fléaux climatériques, les maladies de la vigne, les maladies du vin.
«) Les fléaux climatériques. — Les accidents les
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plus dangereux sont, outre les orages, les gelées et la grêle.
L'étude de ces phénomènes est encore peu avancée, quoique des efforts intéressants aient été tentés. Il existe au ministère de l’Agriculture un Bureau central de météorologie, dont le comité directeur a pour chef M. Angot. Ce Bureau publie chaque jour un bulletin. Il doit recevoir dans le courant de 1913 une organisation généraleetse trouvera relié aux stations régionales et aux postes locaux d’observation. Parmi ces postes et stations, signalons, outre celui de Paris, ceux qui existent déjà à Condom, Chälons-sur-Marne, Montpellier, Carcassonne, Narbonne et Perpignan. En outre, plusieurs stations sans caractère officiel ont été fondées par différentes associations viticoles, elles sont en correspondance avec les établissements publics, et transmettent à leurs adhérents toutes indications utiles et tous avis techniques sur les traitement et opérations agricoles à effectuer.
Les phénomènes météorologiques sont encore étudiés par les professeurs d'agriculture, les directeurs des stations œnologiques, ils font fréquemment l’objet de conférences et d’articles de presse.
Les associations syndicales de submersion et d'irrigation, intelligemment organisées et administrées, luttent avec efficacité contre les fléaux naturels.
Les orages peuvent être prévus piusieurs heures à
l'avance grâce à l'appareil électrique imaginé par
M. Turpain, professeur à la Faculté des Sciences de Poitiers. M. Turpain exposait récemment, au Congrès pour l’avancement des Sciences,les résultats obtenus. Dès 1901, à Saint-Emilion lappareil put prévoir à Château-Pavie, dès onze heures du matin, alors que le ciel était sans nuage, un orage qui ne s’abattit sur cette commune de la Gironde qu’entre 4 et 5 heures du soir. Depuis, l’usage du dispositif de M. Turpain s’est répandu. Un poste fonctionne à l'Observatoire du Puy-de-Dôme. Des appareils d'enregistrement des orages sont installés à Paris, depuis deux ans, place de la Nation. De la place de la Nation on peut par téléphone avertir les viticulteurs de la région de Montreuil, qui possèdent un parc paragrèle. Pendant l'été de 1911 on a pu ainsi économiser plus de six ürs au parc paragrèle de Montreuil, en interprétant les indications du téléphone ou de la T. S. F., qui prévoyaient que les orages probablement ne se dirigeaient pas sur Montreuil.
Pour Les gelées, on sait qu’elles peuvent être évitées grâce aux nuages artificiels faits des fumées épaisses que dégagent les sarments et les herbes sèches imbibées de goudron. C’est là une opération de quelque envergure, qui doit être organisée et surveillée par les associations agricoles agissant de concert.
La grêle peut être utilement combattue. Ne citons que pour mémoire l'emploi des canons paragrèles,
dangereux surtout pour les servants et dont l’effet fré-