T ALGERIE
On admet assez généralement que l’hectare de vigne fait vivre > personnes. Ce chiffre plusieurs fois cité pour la Métropole, doit être un peu diminué en Afrique du Nord, où la propriété est en général plus étendue et où les moyens de culture mécanique sont re répandus.
La déclaration des récoltes Ge 1947 indiquant l'existence de 527.397 hectares de vigne en Algérie, la population qui vivait de Ia
vigne pourrait osciller entre 1.309.588 personnes et 1.636.985, soit un mälion et demi d'habitants, tant européens qu'indigènes, soit le sixième de la population totale. C’est à peu de chose près la même proportion qu’en Métropole.
Le chiffre que nous venons d'indiquer est-il recoupé? C'est exactement celui qu’indiquait le Gouverneur Général Le Beau au cours de son proconsulat (1938).
En Algérie, la primauté de la vigne est incontestable. En nous basant pour 1948, sur une production d'environ 11 millions et demi d’hectolitres et en supposant que 3.800 francs sera le prix moyen de l’hectolitre, si la monnaie française reste à sa valeur de septembre 1948, nous obtenons pour le vin algérien de la récolte le chiffre de 43 milliards 700 millions. Si nous ajoutons les raisins exportés (100.000 quintaux) et ceux consommés sur place par vente (environ 100.000 quintaux) et ceux qui sont consommés sans achat (consommation familiale, consommation des vendanges) qui peuvent représenter encore 100.000 quintaux et si nous adoptons le chiffre de 50 francs pour le kilo, nous obtenons le chiffre de 1 milliard et demi. Au total pour le vin et les raisins frais 45 milliards 200 millions.
Ce sont les céréales auxquelles on pense de suite quand on veut établir une comparaison avec ie vignoble. La récolte algérienne de céréale 1948 est de l’ordre de 20 millions de quintaux, et si l’on prend une moyenne entre le prix au quintal le plus bas, avoine, et le pius haut, blé dur, on peut baser les calculs sur un taux de 2.000 francs le quintal. La production céréalifère de l'Algérie ressort donc en 1948 à 40 milliards.
On pourrait de même adopter pour la récolte d’agrumes (20 millions de quintaux probables à 25 francs le kilo) le chiffre de 5 mil- Hards de francs. Les produits miniers, les dattes, les figues, le Hège donnent des chiffres très inférieurs à ceux du vignoble. Quant au cheptel vif, l’exportation &e moutons fut régulièrement pendant de longues années de 700.000 têtes; au prix de 10.000 francs le mouton, on arrive au chiffre de 7 milliards de francs, la consommation locale devant être ajoutée, on peut estimer aux environs de 12 à 15 milliards la valeur des ovins abattus chaque année.
Mais ces indications ne suffisent pas à donner une idée exacte de la primauté annoncée du rôle du vignoble; en effet, si la production des céréales approche Ge la production viticole, il ne faut pas oublier qu'’eile est à peu près tout entière consommée sur place, elle ne fait pas entrer d'argent en Algérie, alors que la très grosse majorité de la récolte du vignoble s’exporte en France et fera entrer en Algérie, en 1948-49, près de 40 milliards de francs.
40 milliards de francs entrant en Algérie pour une production de l'ordre de 45 à 46 : quelle activité agricole, industrielle ou commerciale peut à ce point de vue s’égaler à l’activité viticole? Et cet argent entrant en Algérie roule largement. Nous noterons que les seuls salaires agricoles dus à la vigne s'élèvent à 12 mil-
liards; 3 milliards environ sont la part des cadres de direction : 3 autres milliards constituent un bénéfice en grande partie rempioyé en amélioration dans les domaïnes eux-mêmes; 27 milliards constituent tous les autres frais d'exploitation, achats de matières premères, force motrice, renouvellement de l'outillage, réparations, frais d'administration, charges sociales, amortissements, etc. Si l’on songe que l'Algérie s’industrialise, on peut estimer qu’une part importante de ces 27 milliards reste dans le pays, sous la forme ce bâtiments, machines, etc, sources de travaux et de bénéfises nouveaux.