I. — SITUATION DE
Puisque la reconstitution du vignoble est une tâche normale et périodique, pourquoi paraît-elle présentement en Algérie, un problème délicat même un drame?
Il y a à cette situation trois raisons, qui ont été indiquées dans les pages qui précèdent et qu'il faut rappeller. Première raison l’Algérie est un pays neuf, qui a commencé à planter de la vigne dès l’arrivée des terriens français vers 1840 environ, mais qui n’a accompli son gros effort que lorsque les conditions d'adaptation de la plante au sol ont été bien connues et lorsque les premiers résultats ont été nettement encourageants. On à décrit la fièvre qui s’est emparée des vignerons &e 1900 à 1910. Le grand essor s'est déployé sur quelques années seulement, d’où résuite qu'une très grande partie du vignoble arrive à bout de souffle, à la même date et que chacun voulant refaire son vignoble sans tarder, la demande de machines, de main-d'œuvre, de plants, etc. est massive. Premier groupe de difficultés.
Deuxième ordre «idées. Ce vignoble est comme la génération humaine de l’époque, il a connu deux guerres. Sur 35 à 45 ans de sa vie, il a subi près de quinze années de misère, il a été mal soigné; les bras manquaient pour le travailler, les produits manquaient pour le défendre contre ses ennemis. Et l’on coit ajouter qu’une partie de ce vignoble avait été mal plantée. Il a donc vieilli prématurément : des pièces qui devaient pouvoir durer encore cinq ou dix ans Goivent être arrachées en même temps que leurs aînées. Ce qui augmente l’ampleur de la tâche à accomplir d'urgence. Quant aux propriétaires, ce vieillissement prématuré ne leur a pas laissé le temps normal d'amortissement. Au surplus beaucoup qui veulent reconstituer sans perte de temps, car il leur faut des revenus fonciers et leurs terres ne s’accommodent que de la vigne, n’ont pas la possibilité Ge laisser reposer leurs terres; deuxième groupe de difficultés. .
La troisième cause du drame est d’ordre financier : toui aujourd'hui est hors de prix. Le vigneron est effrayé par les sommes à mettre en œuvre. Nous aurons à les chiffrer aussi exactement que possible. Mais «’ores et déjà on peut affirmer qu’elles dépassent les possibilités de la plupart des propriétaires. Encore doit-on
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ajouter que l’effritement du franc fait naître des inquiétudes que chaque jour augmente, et que chacun se trouve ainsi poussé à reconstituer très vite.
Cette situation générale viticole de l'Algérie a été heureusement résumée dans un document déjà cité : le rapport lu à l’Assemblée générale des actionnaires du Crédit Foncier d'Algérie le 21 mai 1948.
« La culture de la vigne se trouve en Algérie, en pleine crise pathologique; dans les années qui ont précédé la période 1933-34, pendant laquelle le législateur devait en prohiber l'extension près de 256.000 hectares ont été plantés hâtivement et dans de mauvaises conditions; d'autre part la vigne plantée après la crise phylloxérique qui a sévi de 1912 à 1920, a vieilli et doit être remplacée. L’AIgérie a donc sensiblement 300.000 hectares de vignoble à reconstituer su: la base d’investissements, qui aux cours actuels, représentent un minimum de 300.000 francs par hectare. La reconstitution s'est faite cette année sur environ 15.000:hectares, limitée qu’elle a éte par l'insuffisance des plants. Mais l'extension Ges champs de piedsmères, rendue possible par ia modification de la législation viticole, va permettre dès l’an prochain, un essor nouveau des plantations ».
Ce texte appelle un certain nombre d'observations, notamment quant au coût de la reconstitution, nous les ferons dans les pages qui vont suivre.