II. — DES CONDITIONS TECHNIQUES DE LA RECONSTITUTION
Une œuvre qui vaudra pour trente à quarante ans, mérite d'être étudiée en ses moindres détails avant d’être entreprise. Il est encore des vignerons qui ne s’entourent pas de toutes les garanties nécessaires; mais dans l’ensemble les viticulteurs algériens connaissent bien la tâche qui s'impose à eux.
Dans cette étude purement technique nous examinerons successivement les points suivants
1° Possibilités légales, dans le äernier état de la législation viticole.
2° Formalités administratives.
3° Principes directeurs Ge la reconstitution. C’est äe beaucoup le point le plus important et le plus délicat, car il y a quelques
principes très généraux qu'on ne saurait vio'er sans danger; mais
leur application varie dans chaque cas particulier, suivant la région, la nature du sol, les désirs et les habitudes du propriétaire, sa
technique personnelle, l’étendue de son vignoble, les ressources
financières, la durée prévue, etc. Nous nous bornerons à l'exposé des principes généraux, ce qui est déjà tâche lourde, car se présente là le problème des hybrides.
4° Formules d’encépagement. Nous indiquerons celles du professeur Aldebert et diverses solutions &e propriétaires.
5° Questions diverses. Sous chapitre dans lequel seront groupées plusieurs observations, suggestions, etc. qui ne s’inscrivent pas sous les rubriques précédentes et qu’on ne peut cependant négliger.
Mais avant d’entrer dans le détail des divers points qu'on vient d’énumérer une question préalable se pose et elle est importante : le propriétaire qui arrache de la vigne doit-il replanter obligatoirement de la vigne?
« La question est superflue pour plus d’un vigneron, répond M. Gouailhardou, Délégué permanent à Alger des groupements viticoles d’Oranie, car plus d’un ne peut cultiver autre chose. » Et s’il fallait essayer de dire combien sont ceux-là en Algérie, sans doute pourrait-on hasarder le chiffre de un dixième; mais les neuf autres dixièmes? Ne peuvent-ils accorder à d’autres cultures la terre libérée? Excluons la culture des céréales et l’élevage qui ne conviennent pas sur les terrains généralement plantés en vigne. Excluons également les cultures maraîchères qui exigent une maind'œuvre spécialisée et des procédés quotidiens auxquels répugnent la plupart des vignerons. Restent les arbres fruitiers, notamment les orangers, et certaines cultures industrielles (lin, betterave, tabac, plantes à parfum, etc.). Ces dernières ne sont le fait que de rares colons et dans des cantons déterminés, de sorte que la seule concurrence possible à la vigne est dans les arbres fruitiers. Maïs on craint déjà la surproduction des agrumes, certains arbres, pommiers, poiriers ne sont indiqués que dans des périmètres rares et étroits, les nèfles sont difficilement exportables et l’on pourrait trouver un inconvénient grave à chaque culiure arbustive; tant et si bien que la vigne paraît en fin de compte la culture la mieux indiquée pour ceux qui l’ont pratiquée de tout temps.
Toutefois, ne pensera-t-on pas que le vigneron ayant arraché sa vigne, effrayé par les difficultés de la reconstitution, pourrait ne replanter que les trois quarts ou les quatre cinquièmes de son ancien vignoble? Mais il faut compter avec les diminutions déjà subies du fait des arrachages obligatoires ou encouragés (amendement Brière, engagement quindécennal, etc.), il faut compter surtout avec la psychologie du vigneron qui aime la vigne. Aussi on ne se trompera guère si l’on admet que la presque totalité du vignoble algérien restera vignoble.
Cette certitude acquise, examinons les conditions techniques de Ja reconstitution en 1948 du vignoble algérien.