‹ Le Vignoble Nord-AfricainChapitre 12 sur 216 · I — VIGNOBLE METROPOLITAIN ET VIGNOBLE NORD-AFRICAIN · texte numérisé non relu

I — VIGNOBLE METROPOLITAIN ET VIGNOBLE NORD-AFRICAIN

LEUR INTERDEPENDANCE ECONOMIQUE

On a montré dans l'introduction que si la zone méditerranéenne n’est pas la seule région viticole äu monde, tant s’en fant, elle est la plus anciennement connue comme telle et pour ainsi dire le lieu d'élection ce la vigne.

Or la majorité du vignoble métropolitain et la majorité du vignoble nord-africain sont situées dans la zone méditerranéenne; et ce fait leur confère une ressemblance certaine. Mais le vignoble métropolitain a aussi une zone atlantique et une zone rhénane. De même, le vignoble marocain a une zone atlantique. Il n’y a donc unité physique ni au nord, ni au sud de la Méditerranée. Cependant, au nord et au sud le vignoble parait homogène. Ce fait est dû, en Métropole, à la similitude de législation, de technique, d’habitudes, il est le résultat économique d’un long passé historique. En Afrique du Nord, il n'y a pas unité entre les vignobles, l’introduction a montré les différences, même les oppositions qui les séparent. Mais dans l’esprit des viticulteurs métropolitains, l'Afrique du Nord constitue un tout, un facteur de la production dont on a redouté l'efficience; et les vignerons algériens, tunisiens et marocains, pour si divisés qu'ils soient dans leurs espoirs et leurs actes, éprouvent néanmoins la sensation d’une certaine solidarité les unissant dans la conjoncture variable de campagne agrico'e à campagne agricole, on peut donc noter bien des nuances entre Algériens, Tunisiens et Marocains, mais on doit en même temps souligner de nombreuses façons communes de penser et d’agir.

Quoi qu'il en soit, de ces nuances entre les trois demaines viticoles de l’Afrique du Nord, comme des différences même des oppositions entre eux et le vignoble métropolitain, une constatation essentielle s'impose à l’observation même la plus partiale : viticulture métropolitaine et viticulture nord-africaine dépendent l’une de l’autre. Il est impossible Ge concevoir un vignoble nord-africain produisant sans l'existence de la Métropole qui est potentiel d’appui,

marché d'absorption, régulateur assuré. Et si théoriquement on peut concevoir l'existence d’une viticulture métropolitaine se passant de l'Afrique du Nord, il en fut ainsi jusqu'en 1830, on conçoit cifficilement que la Métropole puisse désormais nouer et denouer ses affaires viticoles, telles qu’on les conçoit et les réalise aujourd’hui, hors l’apport nord-africain.

Cette interdépendance est tellement dans la logique des faits que l’Algérie est, depuis juillet 1946 — l'introduction l’a indiqué — intégrée sous le titre de zone n° I dans le vignoble métropolitain.

Cette nécessité de collaboration est si impérieuse qu’elle à fait disparaître presque totalement les divergences de pensée, encore qu'il faille toujours compter avec les retours offensifs ce l’esprit particulariste et les diversités de technique (main-d'œuvre, cépages, vinification, ete.).

II. — CONDITIONS GENERALES DE LA PRODUCTION VITICOLE EN METROPOLE ET EN AFRIQUE DU NORD

Cette interdépendance s’affirme dans tous les domaines de l’économie : production, consommation, échange. Pour nous en tenir au domaine Ge la production, notons quelques traits essentiels.

Le premier trait frappant est la disproportion entre la productien viticole de la Métropole et celle de l’Afrique du Nord. En ce qui concerne le vin, la Métropole produit quatre fois plus que l'Afrique du Nord. S'il s’agit des autres produits du vignob’e, a.cools, raisins frais, bois de vigne, par exemple, la suprématie de la Métropole est encore plus nette. Il suit de là que c’est la Métropole qui impose le cours des produits-et la pression exercée par la viticulture métropolitaine sur la viticulture nord-africaine apparaîtra encore bien plus forte si l’on ajoute cette particularité valable dans les trois domaines, production, consommation, échange : la population musulmane ne buvant pas de vin, l'Afrique äu Nord a.un énorme surplus de production à exporter, et pour cette exportation, il n’existe pratiquement qu’un marché, la Métropole.

Le deuxième trait à souligner n’est plus de quantité, mais de qualité : les vins nord-africains sont des vins à degré alcoolique assez élevé, de 11° à 13°, dans l’ensemble; ils sont donc très utiles, sinon indispensables, pour relever par coupage les vins du Midi, du Centre et de l’Est qui titrent généralement de 8 à 10°. Ce pourquoi on dit souvent que les vins nord-africains sont des vins médecins.

Le troisième trait résulte de la situation géographique de l’AIgérie : les vendanges sont de deux à trois semaines en avance sur celles du Midi métropolitain. Aussi les années de faible récolte,

PNR; dre

quané en fin de campagne les stocks du commerce ou de Ia propriété sont au plus bas, ce sont les vins primeurs d'Algérie, de Tunisie et du Maroc, qui assurent la soudure (consommation du 5 août au 1°” octobre) entre deux campagnes viticoles.

On pourrait citer d’autres exemples de linterdépendance de la viticulture métropolitaine et de la viticulture nord-africaine; mais on a suffisamment insisté pour que soit évidente cette affirmation : toute crise atteignant Pun des vignobles a son effet sur Pautre. L’introduction a fait état de la première de ces crises qui éclata sous le règne de Domitien. Franchissons dix-neuf siècles d'histoire et étudions la erise de 1930.

Car c’est cette crise qui a entraîné l'intervention du législateur; c’est à elle que la viticulture doit son statut présent.

B. — Les Crises viticoles et l’Intervention du Législateur

I. — LA CRISE VITICOLE DE 1930 LES LOIS-DU #4 JUILLET 1951 ET DU 6 JUILLET 1955

On a eu tendance à appeler statut viticole deux lois générales sur le sujet, celle du 4 juillet 1931'et celle du 6 juillet 1933.

La loi du 4 juillet 1931 a été votée sous La pression des circonstances. La surproduction avait conduit le vigneron français à faire appel à l’Etat-Provitence. Au début de 1930 le législateur envisageait des mesures sévères pour parer au danger et le 19 août il prescrivait une distillation obligatoire importante. Mais entre temps, le mildiou ravageait ie vignoble : c'était la sous-production et dès Ia vendange, les récoltants n’avaient plus qu’un désir : éloigner d’eux les mesures restrictives de la liberté dans lesquelles ils avaient vu le salut.

En vérité, il ne s’agissait que d’un répit Ra LU ent demeurait menaçant, le législateur devait intervenir. Au Parlement, MM. Barthe, Castel, Roustan, le Président Tardieu apportaient des précisions : « II faut, disait le Président Tardieu, s'attaquer aux causes du malaise »; et non comme on l’avait fait jusqu’aiors à ses effets : de cet ensemble de travaux, sortit le projet de Ioi &u 3 juin 1930, rapporté à la Chambre des Députés par M. Labroue.

La plupart des viticulteurs s’accordent à reconnaître que le texte primitif était susceptible de donner satisfaction à tous les intérêts en présence. Ce fut notamment l’avis algérien.

« Mais par le jeu &es amendements d'inspiration démagogique, politique, électorale, de fortes &rèches furent faites au projet; le principe posé disparut sous le nombre des exceptions et pratique-

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