‹ Le Vignoble Nord-AfricainChapitre 127 sur 216 · I. — OBSERVATIONS GENERALES · texte numérisé non relu

I. — OBSERVATIONS GENERALES

A peu près toutes les indications qui viennent d’être données sur la reconstitution du vignoble algérien valent pour cel'e du vignoble des deux propectorats voisins.

Dans les trois pays la psychologie du vigneron est sensiblement la même et la situation de fait, à laquelle il faut remédier est aussi la même, quoique n’étant pas issue exactement des mêmes causes. L’effort à faire est proportionnellement presque de même ordre. Enfin le sol et le climat sont suffisamment comparables pour que tous les détails techniques, qui ont été passés en revuc à l’occasion de la reconstitution algérienne, demeurent applicables à la reconstitution tunisienne ou marocaine. Il en est ainsi notamment pour le prix de la reconstitution; et les opinions qui ont été émises sur

l'emploi des hybrides en Algérie gardent toute leur valeur pour la Tunisie et le Maroc. Enfin le même effort s'impose aux trois pays pour se procurer les plants nécessaires et la même précaution est de mise dans le choix des cépages.

Il faut cependant noter ceci : la tâche tunisienne et la tâche marocaine seront, comme on va le voir, à peu près le sixième chacune de la tâche algérienne en ce qui concerne la reconstitution d'urgence. Pour l’effectuer Tunisie et Maroc peuvent, en une certaine mesure, demander aide à l'Algérie, au lieu que l’Algérie ne peut pas compter sur les deux pays qui l’encadrent.

Ces observations générales faites, nous allons examiner successivement pour la Tunisie et pour le Maroc :

1° Quelle est la situation de leur vignoble fin 1948 et quelle est la surface à reconstituer sans tarder.

2° Quelles sont, pour chaque pays, les conditions particulières de la reconstitution.

IL. — LA SITUATION TUNISIENNE FIN 1948 ET LES CONDITIONS PARTICULIERES DE LA RECONSTITUTION TUNISIENNE

L'Office du Vin chiffre, nous l’avons vu, à 25.000 hectares la superficie du vignoble tunisien en production à la fin de l’année 1948. Certains documents parlent de 18.000 et même de 12.000 hectares. Comprenons que ces superficies s'entendent des vignes en bon état. C'est-à-dire de celles qui ont déjà été refaites ou qui n’ont pas à redouter une disparition prochaine. Prenons, pour ces vignes, destinées à durer, le chiffre bas, celui de 12.000, ce qui représente à peu près la moitié du vignoble existant présentement.

Par ailleurs nous savons que la superficie du vignoble reconstitué sera de 42.000 hectares, plafond accordé à la Tunisie par les lois douanières de 1933 et 1935. Il y a donc à reconstituer 30.000 hectares environ. Tâche qui semble devoir s’étaler sur huit à dix ans.

Si nous admettons pour la reconstitution tunisienne des frais comparables à ceux qui ont été calculés pour la reconstitution algérienne, nous arrivons au résultat suivant : somme totale à investir de 1948 à 1958, en supposant que le travail s’effectuera de manière régulière et en francs de notre époque : 3.000 hectares à 445.000 francs, soit 13.350 millions. L’annuité de reconstitution, en comptant dix années de travail, ressort à 1 milliard 335 millions.

La Tunisie a fait un double effort tres sérieux pour hâter la réussite de sa reconstitution : le premier en vue de se procurer les bois dont elle a besoin et äe choisir les meilleurs cépages, le scond, en vue de financer les dépenses des vignerons.

1° Comme l’Algérie, la Tunisie encourage la création de champs de pieds-mères et de pépinières. Le groupement obligatoire des

De

vignerons étudie dans un vignoble expérimental environ 150 cépages choisis parmi les plus intéressants que contenait la collection de l'Ecole coloniale d'Agriculture de Tunis.

Les cépages autorisés pour le remplacement préalable des vignes phylloxérées doivent être choisis sur la liste suivante (arrêté du 25 août 1938) :

a) Porte-greffes : Rupestris du Lot; Riparia X Berlandiéri 420 A, 161-49; Berlandiéri X Rupestris Richter 31, 57, 99, 110, 261-50; Berlandiéri X Chasselas 41 B; Berlandiéri X Aramon X Rupestris Ganzin 150-15; Solonis X Rupestris 216-3; Riparia X Rupestris 3306

et 3309.

b) Greffons : Carignan, Alicante, Grenache, Alicante Bousche!, Cinsaut, Mourvèdre, Moscatel, Petit Bouschet, Clairette pointué, Chasselas Beldi, Ugni blanc, Madeleine, Muscat, Panse musquée, or de Csaba, Ressegui, Rosaki, Reine des Vignes, Catarato, Nane, nsolia.

On trouve dans cette liste, à côté des variétés courantes en Algérie, des cépages métropolitains, assez peu usités en Algérie, des variétés spécifiquement tunisiennes et des greffons italiens.

2° Comment la Tunisie compte-t-elle financer sa reconstitution?

Un décret du 19 septembre 1946 a autorisé la Caisse foncière de Tunisie et la Caisse régionale de Crédit mutuel agricole à consentir des prêts aux viticulteurs. Ces prêts varient de 40.000 francs par hectare pour les reconstitutions importantes, à 70.000 francs l’hectare pour les reconstitutions ne dépassant pas 20 hectares. Chaque emprunteur ne peut recevoir au total plus de 5.050.000 francs. Ces prêts sont consentis au maximum pour quinze ans. Ils sont sans intérêt pendant les cinq premières années, à 4 % pour le surplus. Les emprunteurs acceptent une hypothèque générale de premier rang sur l’ensemble du domaine portant le vignoble à reconstituer. Ils s'engagent également à se conformer à certaines clauses de surveillance et de contrôle. Ils reçoivent les fonds, au fur et à mesure des besoins constatés et doivent rembourser le prêt en capital et intérêt, à partir de la cinquième année par annuités égales.

Cette reconstitution doit se faire suivant certaines règles. Notamment, il y a une proportion à observer dans les plantations. Rappelons que dans les 20 hectares de vignoble que tout vigneron peut posséder en Tunisie, la répartition suivante a été faite, depuis le 17 avril 1947, entre les diverses natures de cépages à planter désormais : 15 en raisins ce cuve et 5 en cépages nobles ou raisins de table ou raisins à sécher. Ce faisant la Tunisie a-t-elle voulu se conformer à l’esprit &e la législation métropolitaine, qui cherche à éviter la surproduction des vins courants, sans toucher aux vins fins et sans porter atteinte à la production des raisins à consommer comme tels? C’est très certain. Mais n’y a-t-il pas aussi dans cette

décision tunisienne une indication sur l'orientation à donner demain à la viticulture de la Régence?

Les tendances tunisiennes sont nettes et se résument d’un mot : la recherche de la qualité. Tout l’indique : les opinions des auteurs, des viticulteurs, de l'Office du Vin (4), le desideratum exprimé par les récoltants voulant exporter en France des vins de fort degré (supérieur à 14°) et l’un des tout derniers textes réglementaires, le décret du 1” avril 1948 dont l’article premier est ainsi conçu : « Le droit de bénéficier de licences de fabrication de mistelles et vins de liqueur appartient à tous les viticulteurs ».

C'est chaque viticulteur de la Régence qui est invité à produire des vins &e classe et tout spécialement des vins de liqueur. Depuis de longues années la Tunisie produit des vins de choix, ayant acquis une clientèie fidèle, Les conditions sont favorab'es. « La Tunisie, écrit M. Chedeville, est particulièrement bien placée par son sol, son climat et son encépagement Grenache Muscat pour prerûäre une grande place sur le marché des vins de liqueur naturels. La fabrication de ces vins peut y être conduite sans aucun adjuvant étranger, sans qu'il soit besoin de recourir à la concentration, les moûts ayant en Tunisie une richesse saccharinée très élevée. Le vieillissement naturel des vins &’Alicante Grenache est très rapide. Enfin, les produits à base de Muscat ne nécessitent pas de vieillissement, Farome du Muscat ne peut que diminuer et se transformer avec Pâge alors qu’il a toute sa faicheur et sa plénitude pendant les premiers temps Ge sa fabrication. »

La Tunisie doit pouvoir faire des Xérès et des Porto. Le nouvtau vignoble greffé donnera de meilleurs rendements que l’ancien sans que la qualité en souffre.

3° Formules d’'encépagement.

Donnons un pendant tunisien aux formules algériennes @’encépagement de M. Aldebert, nous emprunterons ce schéma à M. Chedeville (5) qui l’a établi pour un vignoble en cours de reconstitution : vignoble de 40 hectares de bonnes terres à vigne, produisant 90 hectolitres à l’hectare.

Principe de le reconstitution :

1° On réserve 2/3 de la surface aux vins rouges et rosés, et 1/3 aux vins blancs où au Muscat, si le terrain est situé à proximité de la mer et comporte des terres sablonneuses ou légères.

2° On réservera 5 hectares aux cépages nobles pour bouqueter le vin provenant des cépages traditionnels.

3° Le popriétaire sélectionnera chaque année le quart de sa production pour la faire classer.

(4) Chedeville : Traité d''Œnologie, déjà cité. La situation du marché des vins tunisiens, déjà cité. Les vins supérieurs de Tunisie (1944).

(5) Chedeville : Les vins supérieurs de Tunisie.

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